En octobre 1945, le Congrès national wallon rassemble à Liège un bon millier de personnalités politiques et autres (dont de nombreux dirigeants de la Résistance). Le Congrès se prononce pour la réunion de la Wallonie à la France à une majorité de 486 voix, tandis que 391 participants votent pour le fédéralisme, 154 pour l'indépendance et 17 pour une simple décentralisation. Le lendemain toutefois, le Congrès fait marche arrière, et se rallie majoritairement au texte proposant l'autonomie de la Wallonie dans le cadre de la Belgique.
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En octobre 1945, le Congrès national wallon rassemble à Liège un bon millier de personnalités politiques et autres (dont de nombreux dirigeants de la Résistance). Le Congrès se prononce pour la réunion de la Wallonie à la France à une majorité de 486 voix, tandis que 391 participants votent pour le fédéralisme, 154 pour l'indépendance et 17 pour une simple décentralisation. Le lendemain toutefois, le Congrès fait marche arrière, et se rallie majoritairement au texte proposant l'autonomie de la Wallonie dans le cadre de la Belgique. Aujourd'hui, la question ne se posera même plus. Le 9 mai prochain, les Etats généraux de Wallonie partiront du postulat que la Belgique n'existe plus, que la Flandre a largué les amarres. Les participants auront dès lors à se prononcer sur trois options : un Etat wallon indépendant ; un Etat " Wallonie-Bruxelles " ; la réunion de la Wallonie à la France. Pas question donc de la Belgique dans sa forme actuelle. Pour Jules Gheude, initiateur de ces Etats généraux de Wallonie, ancien collaborateur de François Perin (qui lui a légué sa bibliothèque !), de Jean Gol et de Louis Michel, il s'agit exclusivement de la décision que les francophones doivent se préparer à prendre le jour où... Qu'il voit très proche. " Aux élections de juin, la Flandre va se prononcer majoritairement pour son autonomie, note-t-il : le Vlaams Belang, la N-VA et la Lijst Dedecker représentent déjà plus de 38 % des intentions de vote. Si on y ajoute les plus radicaux du CD&V ou de l'Open VLD, on approche les 80 %. Et le CD&V, qui doit son succès électoral fédéral de 2007 à des promesses qu'il a été incapable de tenir, doit se refaire une virginité... "Et Gheude d'accuser, en face, les francophones de rester amorphes. " Si la Flandre veut mettre fin à l'Etat belge, on ne voit pas ce qui pourrait l'en empêcher ", écrivait-il déjà dans Le Monde du 17 mai 2006, sept mois avant la diffusion du docu-fiction Bye-bye Belgium de la RTBF. " Si, par la seule volonté flamande, un démantèlement de l'Etat belge devait intervenir à court terme, la Wallonie se retrouverait dans une situation désastreuse, aucunement préparée à prendre son destin en main. Les Wallons apparaissent aujourd'hui apathiques et résignés, poursuivait-il. Et cela me peine, car j'ai beau chercher, je ne trouve actuellement aucun dirigeant politique wallon actuel capable de mobiliser le peuple pour opérer le sursaut salvateur. " Aucun Zorro, aucun Tarzan ne s'est fait connaître depuis lors. Le thème n'est plus du tout tendance, et ne suscite que sarcasmes dans les travées de plus en plus disciplinées des parlements fédérés, dans les rangs éteints des partis démocratiques. Cela n'a pas empêché Jules Gheude et quelques amis de lancer malgré tout, il y a un peu plus d'un an, les premières invitations pour leurs Etats généraux de Wallonie. Tous azimuts, à tous les parlementaires, fédéraux et régionaux, aux gouverneurs de province, aux syndicats, au monde académique, au milieu judiciaire, aux service-clubs, aux enseignants, aux étudiants, aux médecins, aux artistes, aux agriculteurs... Appelés à voir la réalité en face, et à préparer une réponse. " Les politiques francophones se refusent à admettre que la Belgique peut finir, dit-il, ils ne voient l'avenir que dans le cadre d'une Belgique dont, il n'y a pas de doute, la Flandre va faire sécession. "Il n'est pas sûr toutefois que, le 9 mai, l'assemblée sera invitée à se prononcer. Les organisateurs ne se font en effet pas trop d'illusions quant à la participation à leurs travaux, et craignent le ridicule d'un vote trop peu représentatif. En outre, ils ne sont nullement favorables aux options indépendantistes, et signeraient immédiatement des deux mains pour la troisième option, l'union avec la France. Des rattachistes, donc. Quel vilain mot, presque une injure, pour définir ceux qui font le choix d'une communauté de langue et de culture. Le premier d'entre eux est Paul-Henry Gendebien, fondateur du RWF, le Rassemblement Wallonie-France, créé il y a une dizaine d'années, qui envisage à terme l'assimilation pure et simple de la Wallonie (et de Bruxelles) à la France. Une 23e région métropolitaine, composée de cinq départements. Le deuxième est Daniel Ducarme, fondateur du MR, qui s'est prononcé l'été dernier pour une " Belgique française ", composée de la Wallonie, de Bruxelles, des communes de l'arrondissement de Hal-Vilvorde et des provinces flamandes qui en émettraient le souhait. Cette Belgique française jouirait au sein de la République d'un statut particulier d'autonomie, se choisirait un président et un gouvernement, et garderait le roi, mais uniquement pour le protocole. Une troisième formule pointe aussi son nez. Elle est présentée par un haut fonctionnaire... français, Jacques Lenain, qui s'est piqué au jeu et qui, connaissant parfaitement les arcanes du fonctionnement de la République, est en train de rédiger un essai sur " les conditions et modalités de rattachement de la Belgique française à la France ". Il sera à Liège le 9 mai pour expliquer quel pourrait être, en cas d'union à la France, le sort du Wallon ou du Bruxellois comme citoyen, parent, salarié, retraité, chef d'entreprise, malade, contribuable, élu... Très schématiquement, son modèle prévoit que la Wallonie et Bruxelles conservent leurs compétences, leurs parlements et leurs gouvernements, et que les matières fédérales, comme l'armée, la politique étrangère, les impôts et la sécurité sociale, soient confiées à l'Etat français. Qui prendrait alors en charge les besoins de financement de la Wallonie et de Bruxelles, correspondant aux fameux transferts Nord-Sud. " Ce travail, explique Jacques Lenain, est une sorte de mode d'emploi, à destination des Belges, mais aussi des Français qui ne connaissent rien de la situation belge, et qu'il s'agit de rassurer, notamment sur le coût financier de l'opération. Il suffit de leur dire que les Wallons sont des Français. "MICHEL DELWICHE