Elle l'a dit et répété pendant la campagne : avec elle, le PS sera une " ruche " où l'on aura " envie de travailler ", de débattre, de discuter. Elle a du pain sur la planche ! A son arrivée, au siège de la rue de Solferino, Martine Aubry découvre un lieu désert. A l'étage, les placards de la direction ont été vidés. La passation de pouvoirs a été escamotée. " La nouvelle direction n'a pas cherché à me rencontrer pour discuter des dossiers en cours, s'étonne Stéphane Le Foll, ancien directeur du cabinet de François Hollande. Au contraire, on m'a fait comprendre : "Tu prends tes affaires et tu t'en vas." " Ambiance.
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Elle l'a dit et répété pendant la campagne : avec elle, le PS sera une " ruche " où l'on aura " envie de travailler ", de débattre, de discuter. Elle a du pain sur la planche ! A son arrivée, au siège de la rue de Solferino, Martine Aubry découvre un lieu désert. A l'étage, les placards de la direction ont été vidés. La passation de pouvoirs a été escamotée. " La nouvelle direction n'a pas cherché à me rencontrer pour discuter des dossiers en cours, s'étonne Stéphane Le Foll, ancien directeur du cabinet de François Hollande. Au contraire, on m'a fait comprendre : "Tu prends tes affaires et tu t'en vas." " Ambiance. C'est au conseil national, le 6 décembre, que les premiers bourdonnements se font entendre. Et ce ne sont pas ceux qu'escomptait Martine Aubry. Ce jour-là, les royalistes décident de troubler son entrée en fonctions et pilonnent son texte d'orientation politique. A la tribune, Julien Dray défend des amendements. François Rebsamen s'enflamme, interpelle, polémique. Tout est fait pour retarder la prise de parole d'Aubry. Au premier rang, elle presse Michel Destot, président du parlement du parti, de rappeler à l'ordre les orateurs. On se croirait à l'Assemblée nationale. Aubry veut s'exprimer avant les journaux télévisés de 13 heures. Peine perdue. Les JT ont démarré depuis belle lurette quand elle dévoile enfin son organigramme. C'est dans ce PS coupé en deux, laminé par les animosités, que Martine Aubry doit asseoir son autorité. Elle connaît mal les rouages de l'appareil et a pourtant décidé de consacrer seulement deux jours pleins par semaine à Paris, en raison de ses responsabilités à la mairie et à la communauté urbaine de Lille. Rue de Solferino, la reine des abeilles ne dispose que d'un petit essaim de soutiens historiques, qui composent une partie de son cabinet (Jean-Marc Germain, François Lamy, David Lebon). Et d'une colonie d'alliés - de Claude Bartolone à Jean-Christophe Cambadélis, de Benoît Hamon à Bertrand Delanoë - qui la poussent à radicaliser son attitude à l'égard de Ségolène Royal. Ainsi, quand Aubry leur soumet son programme politique, le 2 décembre, certains d'entre eux butent sur cette phrase : " S'agissant des alliances, nous devons marquer clairement les différences entre la gauche et la droite. " La récrivent. Trois jours plus tard, cela devient : " Nous refusons toute alliance avec le MoDem. " Une formule qui ferme la porte à un partage du pouvoir avec les royalistes. Ces alliés, aussi indispensables qu'embarrassants, il faut les remercier. Fabiusiens et strauss-kahniens, qui ont cru en elle après les municipales, obtiennent les postes clefs de l'appareil. Les premiers contrôlent les adhésions. Les seconds verrouillent les fédérations et les élections. Ils pèseront sur les listes aux européennes. Les amis de Bertrand Delanoë, moins bien lotis, se voient attribuer la " coordination ". Les hamonistes décrochent la trésorerie du PS. La patronne, que l'on décrivait comme autoritaire, est condamnée à la diplomatie. " Martine ne décide rien toute seule, commente l'un des membres de cette coalition hétéroclite. Elle appelle les différents responsables. Du coup, la décision prend plus de temps. Ce qui peut donner l'impression qu'elle hésite. " Voire qu'elle improvise. Ses mesures pour reconstruire le PS ? Elles dépendront de " conventions ", d'" assises de la rénovation " ou d'une " commission d'organisation des scrutins internes ". Seule retouche, subtile et discrète : Aubry ne fait plus du bureau national, où chaque motion est représentée, l'instance centrale de direction. On ne le convoquera qu'une semaine sur deux. Le vrai exécutif sera désormais le peu médiatique secrétariat national. Petit détail : ses membres ont été choisis par Aubry. Aucun n'est royaliste. Pas folle, la guêpe ! Marcelo Wesfreid