La Syrie est très métissée, elle se compose de musulmans sunnites, d'alaouites, de chrétiens de différents rites, de Turkmènes, d'Arméniens, de Kurdes, d'Araméens. La Syrie a aussi une culture de l'accueil des exclus et des réfugiés. Songeons aux Arméniens qui fuyaient les génocidaires turcs en 1915, aux chrétiens d'Irak ou aux Palestiniens. Le mouvement de révolte de la population a été exacerbé par les sécheresses consécutives, les mauvais rendements agricoles ainsi que par l'intégration difficilement soutenable d'un point de vue économique du million de réfugiés irakiens. Comme dans les autres pays arabes ayant connu la révolution, le mécontentement tient donc selon moi tant aux dif...

La Syrie est très métissée, elle se compose de musulmans sunnites, d'alaouites, de chrétiens de différents rites, de Turkmènes, d'Arméniens, de Kurdes, d'Araméens. La Syrie a aussi une culture de l'accueil des exclus et des réfugiés. Songeons aux Arméniens qui fuyaient les génocidaires turcs en 1915, aux chrétiens d'Irak ou aux Palestiniens. Le mouvement de révolte de la population a été exacerbé par les sécheresses consécutives, les mauvais rendements agricoles ainsi que par l'intégration difficilement soutenable d'un point de vue économique du million de réfugiés irakiens. Comme dans les autres pays arabes ayant connu la révolution, le mécontentement tient donc selon moi tant aux difficultés liées au coût de la vie qu'aux promesses non respectées de démocratisation du régime du parti Baath. Celui-ci est complètement sclérosé, corrompu et violent. Ayant vécu en Syrie, je pourrais ainsi parler longtemps des souffrances et des injustices endurées par mes concitoyens. Humiliations, disparitions, séquestrations, tortures, et j'en passe... Ce régime n'est pas réformable par nature, même s'il pourrait se permettre quelques changements cosmétiques. [...] Des combattants salafistes jordaniens, irakiens ou algériens sont également à pied d'£uvre. Leur tactique est simple : il faut terroriser la population et attribuer l'horreur des crimes au régime. Ainsi ces djihadistes enlèvent des civils, les découpent en morceaux et les abandonnent le long des chemins pour dresser les unes contre les autres les différentes communautés alaouites ou chrétiennes. Il y a des images que les médias occidentaux ne relaient pas, sûrement parce qu'elles contredisent l'image simple et médiatiquement efficace du dictateur contre son peuple. Elles montrent des tireurs embusqués visant indifféremment depuis les toits les civils qui manifestent et les soldats du régime. Le mot " terroriste " utilisé par les autorités n'est donc pas inapproprié. [...] Sur le front de la diplomatie, l'opposition syrienne se divise en trois grands courants idéologiques : les islamistes, les nationalistes et la gauche. Le mouvement le plus médiatique est le Conseil national syrien, CNS, soutenu entre autres par le régime islamiste turc de l'AKP. Cette opposition cherche à se présenter comme l'équivalent du Conseil national de transition en Libye. Elle espère une intervention militaire de l'Otan et attend l'embrasement du pays pour détruire l'Etat au lieu de le réformer. [...] L'autre mouvement d'opposition est celui du CNCD, Comité national pour le changement démocratique, dirigé par Aytham Manna, un intellectuel syrien réfugié à Paris. Totalement indépendant des puissances étrangères, il fédère la plupart des mouvements d'opposition qui souhaitent avant tout éviter le bain de sang et la guerre civile. Il s'oppose à toute forme d'intervention militaire étrangère et de confessionnalisation du conflit. [...] Je rêve que la Syrie reste ce pays si riche de sa diversité culturelle et ethnique. Un pays indépendant des puissances occidentales tout autant que de l'internationale islamiste qui se profile au Moyen-Orient. Un vivier d'artistes et d'intellectuels, d'hommes et de femmes libres, refusant le choix de la peste Baath ou du choléra des conservatismes religieux et économiques. Il n'est pas donné suite aux lettres ouvertes ou portant des adresses incomplètes. La rédaction raccourcit certaines lettres pour permettre un maximum d'opinions.MELLEK RHODI, PAR COURRIEL