S£ur Emmanuelle est décédée, le 20 octobre dernier, en pleine crise financière. Comme si elle avait voulu jouer, une ultime fois, son rôle de poil à gratter et d'éveilleuse de consciences. Au niveau international, une union sacrée se forme pour " sauver le capitalisme " du chaos ? La chiffonnière du Caire a choisi ce moment-là pour disparaître et rendre dérisoire cette course au profit qui a causé la crise actuelle. A la télévision et dans les journaux, les images sont passées sans transition de la misère crue des bidonvilles au luxe feutré des institutions bancaires. Tout était dit.
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S£ur Emmanuelle est décédée, le 20 octobre dernier, en pleine crise financière. Comme si elle avait voulu jouer, une ultime fois, son rôle de poil à gratter et d'éveilleuse de consciences. Au niveau international, une union sacrée se forme pour " sauver le capitalisme " du chaos ? La chiffonnière du Caire a choisi ce moment-là pour disparaître et rendre dérisoire cette course au profit qui a causé la crise actuelle. A la télévision et dans les journaux, les images sont passées sans transition de la misère crue des bidonvilles au luxe feutré des institutions bancaires. Tout était dit. Car le pire est arrivé. Les politiques et les médias ont beau annoncer les mauvaises nouvelles avec les précautions d'usage, les citoyens l'ont compris : la débâcle financière a contaminé l'économie réelle. La récession, dont les experts ne savent si elle va durer un ou dix ans, ne fait plus aucun doute. Selon le Bureau international du travail (BIT), la crise pourrait se traduire par 20 millions de chômeurs en plus, d'ici à la fin de 2009. D'après le journal De Standaard, elle serait déjà responsable de la perte de 200 emplois par jour en Flandre, dont une grande partie dans l'industrie automobile qui, aux Etats-Unis, est au bord de la faillite. A l'été 2007, personne n'avait imaginé que les défaillances du seul marché des crédits immobiliers américains allaient provoquer l'une des plus grandes crises financières de l'histoire. De même, voici quelques mois, qui eût cru que les grands de ce monde, parmi les plus conservateurs, auraient remis en question les parachutes dorés, les paradis fiscaux, le secret bancaire, le système de rémunération des traders, etc. ? Pourtant, le 18 octobre dernier, Nicolas Sarkozy, président en exercice de l'Union européenne, et José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, ont convaincu George W. Bush de réunir les principales puissances économiques et les pays émergents pour fixer de nouvelles règles à la finance internationale. Le 21 octobre, la France et l'Allemagne ont aussi réuni dix-sept pays pour dénoncer les paradis fiscaux et l' offshore , accusés de favoriser l'instabilité, les circuits financiers opaques et clandestins. Cela dit, cette mobilisation nouvelle pour une " refondation du capitalisme mondial " laisse de marbre pas mal de sceptiques. L'Europe se targue d'en être le fer de lance. Mais elle n'est guère crédible en la matière. Jusqu'à présent, elle s'est montrée incapable d'élaborer un semblant de gouvernance financière commune ni de créer des institutions chargées de surveiller ses propres acteurs financiers. Si l'Europe n'arrive pas rapidement à donner l'exemple, quel sera son poids dans le concert des nations ? Toute cette mobilisation n'aura été qu'une agitation passagère. Ce serait le plus mauvais scénario. Si l'on se contente de mesurettes, d'emplâtres sur une jambe de bois, la prochaine crise risque d'intervenir plus vite et de faire plus mal, en creusant encore davantage les inégalités.Rédactrice en chef