Le Vif/ L'Express : La Déclaration universelle n'a-t-elle pas mal vieilli ?

Benoît Van der Meerschen : Ce texte reste fondamental, car il fait le lien entre les droits civils et politiques, d'une part, et les droits économiques et sociaux, d'autre part. Cela signifie que notre sécurité d'existence n'est garantie que par le respect de tous les droits, individuels et collectifs.
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Benoît Van der Meerschen : Ce texte reste fondamental, car il fait le lien entre les droits civils et politiques, d'une part, et les droits économiques et sociaux, d'autre part. Cela signifie que notre sécurité d'existence n'est garantie que par le respect de tous les droits, individuels et collectifs. Je viens de visiter la prison centrale de Lomé, au Togo. Comparativement, les prisons belges sont loin d'être un enfer. Mais cela n'empêche pas d'améliorer la protection de nos détenus. Le danger est que certains droits deviennent à géométrie variable au nom d'impératifs sécuritaires. Pour mieux lutter contre l'immigration illégale, l'Union européenne permet d'enfermer un innocent pendant dix-huit mois. Effectivement. On voit aujourd'hui fleurir, en France comme au Togo, des ministères des Droits de l'homme. Or les droits fondamentaux ne peuvent se contenter d'une belle rhétorique... Cette critique, remise au goût du jour par Nicolas Sarkozy, provient, à l'origine, de l'extrême droiteà Nous vivons dans un monde de plus en plus incertain, avec, aujourd'hui, une crise financière globale. Dans ce contexte, les droits de l'homme constituent plus que jamais une boussole, sans qu'ils fassent forcément office de donneur de leçon. L'assistance contrainte cache d'inavouables calculs : dans le cas des sans-abri en France, c'est une manière pour les autorités publiques de se déresponsabiliser en rejetant la faute sur les plus fragiles. Cela dit, certains droits humains fondamentaux peuvent parfois être contradictoires. Ce discours me fait craindre que les devoirs ne soient avancés comme un prétexte pour atténuer les droits. On le voit surtout en matière de jeunesse. Cela dit, l'un n'exclut pas l'autre. Les droits de l'homme contiennent la notion du respect de l'autre. Voici deux siècles, Thomas Jefferson disait déjà que celui qui est prêt à sacrifier sa liberté pour un peu de sécurité provisoire perdra les deux. Nos politiques feraient bien de méditer cette pensée. Dans le plan de sécurité du ministre de la Justice, on retrouve huit fois le mot prévention, soixante fois le mot sécurité ! Bien sûr. La sécurité dépend avant tout du plein respect de nos libertés. Mais la sécurité ne doit pas être une fin en soi, il faut qu'elle soit plutôt un moyen pour préserver l'Etat de droit et le système démocratique. Le problème est que plus on surveille et analyse le comportement des gens, plus on finit par déterminer ce qu'est un comportement normal et ce qui ne l'est pas. C'est le début du totalitarisme. Dans le métro londonien aujourd'hui, des caméras zooment sur les navetteurs qui restent trop longtemps sur place. Inquiétant, non ? Pas du tout. Mais le progrès technologique est de plus en plus rapide. Il devient très difficile de l'encadrer au niveau de la loi, tant les changements sont fréquents. C'est le véritable enjeu de demain. (Lire aussi p. 87.) Entretien : Thierry Denoël