Le procès en cours empuantait le tribunal improvisé d'une odeur de marée. L'arrière-salle du Geyser évoquait - au choix - une poissonnerie ou un dancing en faillite. Depuis quelques semaines (et l'affreuse affaire Julie Van Espen), le café vivait au rythme d'audiences clandestines, d'appels nocturnes, d'imprévisibles dossiers déposés devant la porte et d'un chassé-croisé alambiqué de coups de sonnette suivis de galopades fuyardes d'individus masqués. Deux fois par semaine, le procureur du roi, un juge et des avocats, faute de place, faute de moyens, faute de tout, annexaient le Geyser, pour y tenir audience. Cl...