Le lieu n'est pas anodin : l'assemblée générale de la banque coopérative New B se déroulera, le 6 juillet prochain, dans le grand hall du Heysel. Là où, jadis, des actionnaires de Fortis, furieux d'avoir vu leurs économies partir en fumée, s'en étaient pris vertement à la direction. Cette fois, la salle abritera une partie des 40 000 particuliers qui soutiennent déjà la banque, ainsi que des représentants de la centaine d'organisations qui lui ont apporté leur appui.
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Le lieu n'est pas anodin : l'assemblée générale de la banque coopérative New B se déroulera, le 6 juillet prochain, dans le grand hall du Heysel. Là où, jadis, des actionnaires de Fortis, furieux d'avoir vu leurs économies partir en fumée, s'en étaient pris vertement à la direction. Cette fois, la salle abritera une partie des 40 000 particuliers qui soutiennent déjà la banque, ainsi que des représentants de la centaine d'organisations qui lui ont apporté leur appui. Ce vendredi 14 juin, une première assemblée générale se réunira pour approuver les comptes 2012 ainsi que le règlement d'ordre intérieur, et nommer cinq nouveaux administrateurs. Créée sur les cendres de la crise, en mai 2011, par 24 organisations (mutuelles, syndicats, associations environnementales et altermondialistes...), la coopérative prépare depuis lors le lancement de ce projet. Bernard Bayot : La première consistait à convaincre des acteurs, de toutes obédiences politiques, d'origines culturelles différentes, de tout positionnement syndical... de soutenir notre idée. Nous n'avions envie d'être ni une banque chrétienne gantoise, ni une banque socialiste verviétoise. Cela a demandé du temps, car jusqu'alors, toutes les banques coopératives nées en Belgique étaient rattachées à un pilier précis. Nous avons réussi à en convaincre 24 dans un premier temps, qui ont préfinancé le projet. La deuxième étape devait permettre de vérifier la faisabilité économique du projet, avec l'aide de professeurs d'université, d'experts et de consultants. Leur conclusion : il est réaliste. Nous avons procédé à des stress-tests pour voir comment notre modèle économique réagirait dans 8 types de scénarios différents. Et le modèle tient la route. Enfin, nous avons lancé une campagne, en avril, pour voir si la population était demandeuse et prête à nous suivre. Nous souhaitions convaincre 10 000 coopérateurs en cent jours, nous sommes déjà à plus de 40 000. Notre objectif reste de recenser environ 100 000 clients d'ici à trois ans. Notre plan d'affaires initial tablait sur un capital compris entre 50 et 70 millions d'euros. Mais il doit être réactualisé, vu le nombre de clients sur lesquels nous pourrions d'emblée compter, donc le volume d'affaires que nous pourrions rapidement enregistrer. Les règles prudentielles imposent en outre un certain ratio entre les crédits octroyés et le capital. Nous devons du coup revoir celui-ci à la hausse. D'où viendront les fonds ? D'abord des personnes physiques et des organisations qui soutiennent le projet. Jusqu'à présent, les premières ne pouvaient acheter qu'une seule part de 20 euros, dans le souci de limiter leur prise de risque, mais ce plafond va être revu à la hausse dès lors que le projet se concrétise. Notre idée est qu'une part substantielle du capital, 50 % minimum au départ, appartienne aux particuliers et aux organisations, le but étant d'arriver à 100 %. Les pouvoirs publics devront aussi décider s'ils investissent ou non dans cette banque. Enfin, les investisseurs privés devraient assurer le complément. Ils apportent à la fois des capitaux rapidement mobilisables en cas d'augmentation de capital nécessaire et de l'expertise. Avec les 260 000 euros investis par les 24 organisations de base, pour une participation de minimum 2 000 euros chacune. Ce capital a été largement mangé par nos coûts de fonctionnement jusqu'à présent. Nous avons également bénéficié de subsides de la part des trois Régions. Nous sommes toujours dans une activité de capital à risque pour l'instant : si le projet ne voit pas le jour, tout l'argent consacré à la recherche et au développement sera perdu. Il n'y a pas encore de date fixée. Fin 2014 ou début 2015, je dirais. Oui, et nous avons déjà des contacts en ce sens avec la BNB. Il n'y a pas de raisons de penser que nous nous heurterons à des difficultés majeures, mais il n'est pas sûr pour autant que ce soit simple. Nous devrons aussi engager du personnel et mettre en place toutes les ressources informatiques nécessaires. Il est prévu que la tension salariale soit de 5 maximum au sein de la coopérative, c'est-à-dire que le salaire le plus élevé ne soit pas plus de 5 fois supérieur au salaire le plus faible. Aucun bonus ne sera distribué. Nous nous concentrerons sur notre métier de base, c'est-à-dire la collecte de l'épargne nécessaire à l'octroi de crédits. Nos statuts interdisent toute spéculation. Notre but est aussi que New B puisse être la seule banque de nos clients. Ils pourront donc avoir chez nous un compte courant, une carte bancaire, un système de home-banking qui leur permettra de réaliser tout types d'opérations, etc. Va-t-on offrir aussi des produits d'assurance, en tant que courtiers ? Ou des Sicav, en proposant les meilleures du marché ? C'est possible. Nous devons encore interroger nos coopérateurs pour savoir quel type de services ils souhaitent. La loi limite les dividendes des coopératives à 6 %. Chez nous, ils seront raisonnables, mais modérés. Ils seront dans la moyenne du marché. En revanche, nous souhaitons être créatifs sur les services que nous proposerons. Nous avons, pour cela, déjà engrangé des idées de produits ou de services que personne n'offre actuellement. Nous allons essayer de créer des produits d'épargne dédiée, dont l'argent ira, selon le voeu du client, vers tel ou tel type de projet à soutenir. Nous sommes aussi en réflexion par rapport à la création de produits bancaires qui répondent à la question intergénérationnelle. Autre illustration très concrète : nous savons, par la Ligue Braille, qu'il est très difficile d'obtenir un crédit pour l'achat d'un chien-guide. Nous pourrions, nous, prendre en charge ce type de crédit... Non. Tous nos services seront bien sûr disponibles via Internet, avec des solutions neuves. Sur le terrain, nous travaillerons avec des coopérateurs ambassadeurs qui organiseront des réunions sur le plan local. Nous en avons actuellement 130 et nous en souhaitons beaucoup plus. Nous disposerons aussi d'agents ambulants qui iront partout au lieu de rester en agence : dans les lieux culturels, les mutuelles, les organisations syndicales, les magasins du monde, etc., avec des modalités de présence à discuter. Le but est de réduire au maximum la distance entre le client et son agent. Ce n'est pas encore décidé. La réflexion est encore en cours aussi pour arrêter le futur nom de la banque, son logo, etc. A vrai dire, New B était un nom de travail, qui convenait des deux côtés de la frontière linguistique. Mais au fil du temps, il est presque déjà devenu une marque. Non, et c'est une faiblesse. Mais le changement de statuts prévoit que l'on puisse refuser une candidature si le coopérateur adopte publiquement des attitudes ou des prises de position qui sont contraires aux valeurs de la banque.LAURENCE VAN RUYMBEKELaurence Van RuymbekeIl n'y aura pas d'agences, mais des coopérateurs ambassadeurs locaux