Ce sont d'habitude les étudiants qui traînent les pieds à l'idée de reprendre les cours. Mais pour cette rentrée à la Haute Ecole Albert Jacquard, ce sont plutôt les professeurs qui n'ont pas le coeur à l'ouvrage, lassés que leur établissement fasse depuis plusieurs mois parler de lui non pas pour ses performances pédagogiques, mais pour ses démêlés avec la justice et le politique.
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Ce sont d'habitude les étudiants qui traînent les pieds à l'idée de reprendre les cours. Mais pour cette rentrée à la Haute Ecole Albert Jacquard, ce sont plutôt les professeurs qui n'ont pas le coeur à l'ouvrage, lassés que leur établissement fasse depuis plusieurs mois parler de lui non pas pour ses performances pédagogiques, mais pour ses démêlés avec la justice et le politique. Les (supposées) casseroles s'accumulent autour du président-directeur, Walter Benozzi. Une situation complexe ayant abouti au printemps dernier à l'intervention d'un comité d'accompagnement, soit d'une mise sous tutelle du cabinet du ministre de l'Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt (PS). Une mesure très inhabituelle. Tout comme ce dossier, qui fit pour la première fois parler de lui en mai 2012. A l'époque, un rapport de la Communauté française affirme que près de 25 000 euros ont disparu après avoir été retirés par Walter Benozzi d'un compte d'une ASBL liée à l'école. Egalement mises en question : l'existence d'une caisse noire liée à une cafétéria gérée par son épouse, ainsi que des cautions versées par des étudiants qui n'auraient pas été remboursées. Autant de faits qui finirent par faire l'objet d'une instruction judiciaire, toujours en cours. Dans la foulée, un second rapport de la Communauté française parle de pressions exercées lors de l'élection du directeur de la catégorie technique, de non-respect de la procédure de marché public, de gestion financière " folklorique ", de travaux payés au noir... Le cabinet Marcourt lancera par la suite une procédure disciplinaire à l'égard de Walter Benozzi, qui sera suspendu. Avant que cette décision ne soit annulée en mai dernier par le Conseil d'Etat. " Depuis, M. Benozzi affirme qu'il a été blanchi, alors qu'aucune décision n'a été prise sur le fond ", affirme un enseignant. Albert Jacquard a entre-temps présenté un budget en déficit d'un million d'euros. Depuis, le cabinet Marcourt a mis l'établissement au régime financier strict, imposant que certains cours soient dispensés à 140 étudiants en même temps, histoire d'économiser sur la main-d'oeuvre. " D'un point de vue pédagogique, c'est désolant, s'insurge un prof. Pourquoi le cabinet sacrifie-t-il la qualité de l'enseignement et ne ferme pas la cafétéria, qui est pourtant déficitaire ? " MR, Ecolo et CDH reprochent également au ministre son manque d'action. " Cette école est un bateau ivre. Quand on accumule un tel ensemble de difficultés, il ne faut pas tarder à prendre des mesures. M. Marcourt a les cartes en main ", juge Stéphane Hazée, parlementaire Ecolo. " Il faut une décision politique ferme et audacieuse, lance Jean-Luc Crucke, député MR. Si le dossier traîne, c'est parce que M. Benozzi est protégé par le cabinet. Quand on appartient au même microcosme socialiste... " Accointances politiques ? Le porte-parole du ministre réfute. " L'opposition MR joue son rôle. La procédure de suspension et la mise sous tutelle en témoignent : nous avons pris le dossier en main. " Walter Benozzi, quant à lui, n'a pas répondu à nos sollicitations. " Albert Jacquard est une école qui a un super projet pédagogique, conclut Jean-Paul Deweerdt, enseignant et délégué syndical. Il est regrettable que cette affaire nous fasse pâtir d'une image négative. " Sur ce point, au moins, tout le monde semble d'accord. M. Gs.