On la reconnaît de loin, Sandra Avila Beltran. Au pénitencier pour femmes de Santa Marta, dans la banlieue de Mexico, c'est la seule détenue vraiment sexy, avec ses jeans serrés, ses sandales à talons hauts et ses ongles vernis d'un rouge profond. Sophistiquée - quoiqu'un peu bling-bling - cette vénéneuse Latina de 48 ans possède, en outre, une manière " très VIP " de s'adresser aux surveillants, qu'elle traite comme du petit personnel de maison, avec courtoisie, fermeté et un zeste de condescendance. C'est que la " Reine du Pacifique ", la prisonnière la plus célèbre du pays, est décidée à tenir son rang. " J'aime que l'on m'appelle Reina, a-t-elle d'ailleurs avoué au journaliste Julio Scherer Garcia dans un livre d'entretiens devenu un best-seller au pays des narcos, les trafiquants de drogue.
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On la reconnaît de loin, Sandra Avila Beltran. Au pénitencier pour femmes de Santa Marta, dans la banlieue de Mexico, c'est la seule détenue vraiment sexy, avec ses jeans serrés, ses sandales à talons hauts et ses ongles vernis d'un rouge profond. Sophistiquée - quoiqu'un peu bling-bling - cette vénéneuse Latina de 48 ans possède, en outre, une manière " très VIP " de s'adresser aux surveillants, qu'elle traite comme du petit personnel de maison, avec courtoisie, fermeté et un zeste de condescendance. C'est que la " Reine du Pacifique ", la prisonnière la plus célèbre du pays, est décidée à tenir son rang. " J'aime que l'on m'appelle Reina, a-t-elle d'ailleurs avoué au journaliste Julio Scherer Garcia dans un livre d'entretiens devenu un best-seller au pays des narcos, les trafiquants de drogue. Sandra Avila Beltran est aujourd'hui une reine sans royaume. Déchue de son trône depuis sa capture par la police fédérale, le 28 septembre 2007, elle a aussi été dépossédée de son trésor : 14 comptes en banque, 225 propriétés immobilières, 6 voitures haut de gamme, 28 montres de luxe (Chopard, Cartier, Carrera, Piaget, etc.), sans oublier 151 colliers, bagues et bracelets, en or et en diamant, d'une valeur globale estimée à plusieurs millions de dollars. Un magot accumulé au cours d'une existence hors normes, jalonnée de conquêtes amoureuses, de fêtes éblouissantes et de règlements de comptes à l'arme automatique. Au moment de son arrestation, le président Felipe Calderon l'a qualifiée de " délinquante la plus dangereuse du pays ". La justice, elle, l'accuse d'avoir été la courroie de transmission entre deux cartels latino-américains : celui du Sinaloa (Mexique, côte Pacifique) et celui du Norte del Valle (Colombie, région de Cali). Sandra est notamment impliquée dans le transport de 9,7 tonnes de cocaïne, saisies en 2001, à bord d'un thonier intercepté entre la Colombie et la région de Sinaloa. La cargaison lui était destinée. " Cadre sup' " du cartel de Sinaloa, basé à Culiacán (la capitale régionale de cet Etat côtier), cette executive woman était responsable des transactions immobilières et des relations publiques de l'organisation. Dans l'univers macho du narco-business, rares sont les femmes à se hisser ainsi dans la hiérarchie. La plupart, au contraire, appartiennent à l'" infanterie " des cartels ; elles travaillent au ras du bitume en transportant des petites quantités de drogue, ou en dealant au coin des rues ou dans les boîtes de nuit. Quant aux plus jolies filles, par exemple les lauréates de concours de beauté, elles servent de trophées aux chefs mafieux, qui affichent ainsi leur puissance et leur pouvoir de séduction. L'une de ces belles, Laura Zuñiga, a d'ailleurs été déchue de son titre de Miss Amérique latine 2008 après avoir été arrêtée, le 29 décembre dernier, en compagnie d'hommes liés au cartel de Juarez. Si Sandra Avila Beltran est un cas à part dans ce monde encore très masculin, c'est en partie en raison de ses antécédents familiaux. Née à Tijuana, ville frontière célèbre pour ses casinos et ses bordels, elle est immergée dans la " culture narco " dès son plus jeune âge. Il faut dire que l'un de ses oncles n'est autre que Miguel Felix Gallardo, alias " el Padrino " (le Parrain), une figure du banditisme local, en prison depuis vingt ans. Un autre de ses oncles est Juan José Quintero Payan, chef du cartel de Juarez, extradé vers les Etats-Unis en 1999. Sandra a également de qui tenir du côté maternel : les Beltran prospèrent dans les stups depuis les années 1970. Devenue adulte, la belle multiplie les romances avec des trafiquants notoires, avant d'épouser un commandant de police ripou qui la couvre de bijoux. " Tu es une reine, tu mérites tout ", lui lance l'amoureux transi. Sandra ne dément pas. Victime des risques du métier, José Luis Fuentes est bientôt assassiné par d'anciens collègues, tout aussi ripoux que lui. La Reina n'a que 26 ans et un goût du luxe immodéré. Son second mariage, avec Rodolfo Lopez, un autre policier véreux, se termine, à son tour, dans une mare de sang : Rodolfo est poignardé par des tueurs à gages, en pleine nuit, dans une chambre d'hôtel. Trois ans plus tard, en 2002, Sandra est confrontée à une autre épreuve : son fils de 15 ans est kidnappé. Pendant dix-huit jours, elle négocie elle-même avec les ravisseurs. Et obtient sa libération contre une rançon de 1,5 million de dollars, payée cash. Seul problème : pour les besoins de l'enquête, la police a placé son téléphone sur écoute, et découvert ainsi l'étendue de ses relations dans le gotha de la coke. Dès lors, Sandra doit entrer dans la clandestinité, accompagnée de son nouvel amant, le Colombien Juan Espinoza Ramirez, alias " El Tigre ", chef du cartel du Norte del Valle (Colombie). En 2007, il sera interpellé le même jour qu'elle, au Mexique. " Je ne nie pas avoir côtoyé le monde des narcos, explique, pour sa défense, la Reine du Pacifique, mais cela ne fait pas de moi une délinquante. Je n'ai ni tué ni volé. Je n'appartiens pas au crime organisé et je n'ai pas blanchi d'argent. Je suis née riche et je n'y peux rien ", assène-t-elle avec son légendaire sourire ironique. Ces arguments ne convainquent pas la justice, qui menace de l'extrader vers les Etats-Unis. Ils n'ébranlent pas non plus Ricardo Ravelo, auteur de plusieurs ouvrages de référence sur le trafic de drogue : " La Reina est une séductrice qui a utilisé ses attributs physiques pour réaliser des affaires et nouer des alliances, y compris au niveau policier. Elle était violente, manipulatrice, dictatoriale. Elle aimait les fêtes, le luxe, les plaisirs. "En 2004, un groupe de chanteurs populaires, Los Tucanes de Tijuana, lui a même consacré une chanson : Reina del Pacifico. Elle raconte la fête d'anniversaire grandiose organisée par des narcos en l'honneur d'une belle et importante femme de leur organisation, dans un ranch isolé où les convives, armés jusqu'aux dents, arrivent en 4 x 4 Hummer, en hélicoptère, en avion privé. Toute ressemblance avec un personnage ayant existéàA. G.la reina s'entiche de trafiquants puis épouse un policier ripou