S'il fallait isoler un symbole du redéploiement du bassin liégeois, Mithra serait sans doute celui-là. L'entreprise pharmaceutique, spécialisée notamment dans la contraception féminine, annonçait, fin mars, son intention d'implanter une nouvelle usine à proximité de l'aéroport de Bierset. L'investissement, de l'ordre de 50 millions d'euros, devrait générer 160 emplois en plus de la cinquantaine de personnes déjà employées par l'entreprise à Liège.
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S'il fallait isoler un symbole du redéploiement du bassin liégeois, Mithra serait sans doute celui-là. L'entreprise pharmaceutique, spécialisée notamment dans la contraception féminine, annonçait, fin mars, son intention d'implanter une nouvelle usine à proximité de l'aéroport de Bierset. L'investissement, de l'ordre de 50 millions d'euros, devrait générer 160 emplois en plus de la cinquantaine de personnes déjà employées par l'entreprise à Liège. Un symbole ? D'abord, parce qu'il s'agit d'une PME née en terre liégeoise, spin-off de l'ULg, au développement de laquelle a contribué le holding Meusinvest. Lui-même soutient plus de 240 entreprises et entend, comme le dit son nouveau président Jean-Michel Javaux, diminuer l'" arcelodépendance " du tissu local en le dirigeant vers de nouveaux créneaux. Ensuite, parce que Mithra est précisément active dans un de ces secteurs porteurs, la santé, qui est l'un des axes de redéploiement identifié non seulement par la Région wallonne (Biowin est l'un des six pôles de compétitivité) mais aussi par les édiles locaux. Enfin et surtout, parce que Mithra n'est pas le fruit d'un investissement étranger, si difficile à attirer et à maintenir : l'entreprise, fondée et dirigée par François Fornieri, Manager de l'année 2011 de Trends-Tendances, n'est pas dépendante d'un centre de décision situé à des milliers de kilomètres. " Dans les périodes fastes, les grands groupes mondiaux sont intouchables, expliquait-il récemment en marge d'une mission économique en Asie. Mais quand ça va mal, ils sont très prudents et essaient de vivre sur leurs acquis. C'est à ce moment-là que les PME peuvent faire leur trou, leur prendre des parts de marché. Mais elles doivent être dirigées par de vrais entrepreneurs, qui savent prendre des risques, et non par des financiers. " A Liège comme ailleurs en Wallonie, commence à s'imposer l'idée que la dépendance aux grandes entreprises, bien que souvent qualifiées de " structurantes ", est dangereuse. Quand ArcelorMittal sabre dans ses outils, c'est tout le bassin liégeois qui courbe l'échine. Quand Caterpillar annonce son intention de restructurer son ex-usine modèle de Gosselies, ce sont tous ses sous-traitants du bassin carolo qui se préparent à vivre des années difficiles. En déduire que les grandes entreprises n'ont plus droit de cité en terres liégeoises n'aurait cependant aucun sens. Le motoriste Techspace Aero, spécialisé dans l'aéronautique, est un poids lourd incontournable dont les investissements en R&D tirent vers le haut de nombreuses PME - en particulier dans la maîtrise des matériaux composites. Mais l'heure, comme le souligne le GRE-Liège (lire l'encadré) est plus que jamais à la diversification... Liège Airport en constitue un bon exemple. Fortement dépendante du géant du fret aérien TNT, sa croissance passe aussi, désormais, par le tissu local. " Bon nombre d'entreprises exportatrices et importatrices wallonnes n'utilisent pas l'ensemble du potentiel de notre aéroport ", regrette Luc Partoune, son directeur général, qui souligne notamment les opportunités suscitées par deux secteurs-clés : la logistique et les sciences du vivant, appelées à se fédérer au sein d'un hub biologistique. L'idée est effectivement séduisante : tirée vers le haut par l'innovation liée aux biotechnologies, la reconversion bénéficierait alors aussi, par le biais de la logistique, aux personnes moins qualifiées. Qui, à Liège comme ailleurs en Wallonie, sont les principales victimes de la désertion des poids lourds industriels, incapables désormais de leur garantir un avenir. BENOÎT JULY