Traquer la grande fraude et passer sa semaine de carnaval dans un paradis fiscal ? C'est, apparemment, le grand écart pratiqué par le député fédéral flamand Dirk Van der Maelen (SPA, opposition). Sauf qu'ici il ne s'agit pas de Monaco ou des îles Vierges, mais bien de... Coxyde. Son appartement, qui n'a rien d'hollywoodien, est taxé en bonne et due forme, car seconde résidence. Mais les résidents, eux, sont exemptés des centimes additionnels à l'impôt des personnes physiques. Le député n'y voit qu'un dispositif pour " attirer les riches mais aussi les fraudeurs ". Fils et petit-fils de syndicaliste, membre de la commission des finances depuis 2003, ce socialiste de Grammont est depuis longtemps persuadé que la Belgique est une terre d'injustice fiscale.
...

Traquer la grande fraude et passer sa semaine de carnaval dans un paradis fiscal ? C'est, apparemment, le grand écart pratiqué par le député fédéral flamand Dirk Van der Maelen (SPA, opposition). Sauf qu'ici il ne s'agit pas de Monaco ou des îles Vierges, mais bien de... Coxyde. Son appartement, qui n'a rien d'hollywoodien, est taxé en bonne et due forme, car seconde résidence. Mais les résidents, eux, sont exemptés des centimes additionnels à l'impôt des personnes physiques. Le député n'y voit qu'un dispositif pour " attirer les riches mais aussi les fraudeurs ". Fils et petit-fils de syndicaliste, membre de la commission des finances depuis 2003, ce socialiste de Grammont est depuis longtemps persuadé que la Belgique est une terre d'injustice fiscale. Sur tous les sujets financiers, le ministre des Finances Didier Reynders (MR) est dans son collimateur : la fiscalité, mais aussi Fortis (" qu'on n'aurait jamais dû vendre "), les intérêts notionnels (" Le ministre s'est trompé "), la gestion du service public fédéral Finances... La semaine dernière, le député s'est empressé de glisser au Morgen l'arrêt du Conseil d'Etat qui annule la composition du comité de direction du SPF Finances, le plus important du royaume, rendant caduques toutes ses décisions. " Une bombe ", titrait le quotidien. Car c'est toute la gestion du SPF qui est épinglée : " Cela fait six ans qu'on attend la réforme Coperfin, pointe le député. Annoncée à grand bruit, elle devait notamment mener à une informatisation de toutes les données fiscales d'un contribuable, comme aux Pays-Bas, et permettre de traquer les fraudeurs. Mais on ne voit toujours rien. " L'arrivée de managers ? " Recrutés à grands frais pour diriger des services qui n'existent pas, bref, des généraux sans troupes. " Et les services existants ? " Des troupes sans chefs ! " Selon lui, c'est le chaos qui prédomine aux Finances, " mais Reynders minimise et dit "pas de problème, on va arranger ça", alors qu'il y a le feu ! ". Pour Didier Reynders, il s'agit-là d'un non-événement. " Nous nous attendions à cet arrêt qui ne porte que sur la forme, sur la composition d'une partie du comité de direction et ne touche absolument pas aux personnes qui restent bien évidemment, a-t-il confié à La Libre. Nous allons d'ailleurs en profiter pour modifier cette structure et donner à certaines entités - les Douanes et le Recouvrement - plus d'autonomie. " Mais Van der Maelen va plus loin : " Reynders ne s'intéresse pas à son département. C'est stratégique. Une administration peu efficace contrôlera moins les revenus du capital. Les Finances continueront donc de prélever l'argent là où c'est le plus facile : auprès des salariés. " Aux francophones qui voient en chaque parlementaire flamand une torpille du sous-marin nationaliste, le Grammontois apporte un vigoureux démenti : " Je suis un ferme partisan d'un Etat fédéral fort, dit-il sans hésiter. Le fisc, par exemple, doit rester une compétence fédérale autant que possible. Mieux, européenne. Aujourd'hui, le risque de compétition fiscale entre Etats membres reste grand, inutile d'en rajouter en Belgique ! " La grille de lecture communautaire, très peu pour lui. Il préférera toujours Reynders à Jean-Marie Dedecker, " ce populiste sans fond idéologique qui ne cherche qu'à caresser ses électeurs dans le sens du poil ". De même, il opte pour Herman Van Rompuy au détriment d'Yves Leterme, car le nouveau Premier ministre " a beaucoup plus le sens de l'Etat et cherche à aplanir les antagonismes ". Son message aux francophones : " De grâce, ne bloquez pas toute réforme ! Et sachez que, du côté flamand, il existe aussi des gens raisonnables qui veulent débattre. " Y compris de la nomination des bourgmestres francophones dans la périphérie ? Là, ça coince un peu... Le dossier BHV est devenu tel un Mikado : le premier qui bouge a perdu. Mieux vaut donc se taire. Mais, sur l'international, il est loin d'être silencieux. Membre depuis une vingtaine d'années de la commission des Affaires étrangères, il a suivi tous les dossiers, même si ceux-ci lui amènent peu d'électeurs. Son rêve reste de devenir ministre de la Coopération. " Il en a toutes les compétences, mais il lui manque un atout majeur : il n'est pas un BV, un Bekende Vlaming (Flamand connu), raconte un membre d'ONG qui le connaît bien. Il est un politicien de l'ancienne génération : bûcheur, sans esbroufe et peu sensible aux paillettes de la télé. " Seules ses convictions le guident. Il est monté au créneau pour l'interdiction en Belgique des mines, des armes à sous-munitions et des armes à uranium appauvri. Il a aussi contribué à l'adoption de la taxe Tobin, qui permettra de tracer les transactions monétaires internationales pour contrer la spéculation. " Mais, par manque de volonté politique, elle n'est toujours pas entrée en vigueur, alors qu'elle est d'une actualité brûlante ! " regrette Van der Maelen. Au Parlement, il est un des rares Flamands à suivre les dossiers du Congo. Il n'hésite pas à approuver Karel De Gucht dans sa ligne abrupte à l'égard de Kabila. " Mais si c'est pour reprendre les relations comme avant, je me demande à quoi a pu servir la crise qu'il a déclenchée, ajoute-t-il. Ce ne sont pas nos 300 millions d'euros qui vont sauver le Congo, mais nos exigences de bonne gouvernance. "Par contre, avec le ministre de la Défense Pieter De Crem, ce n'est pas le grand amour. Le député l'accuse d'être un dangereux va-t-en-guerre, " encore plus aligné sur les Etats-Unis que le secrétaire général de l'Otan ". Lors d'une séance au Parlement, il a reproché à " Crembo " d'engager la Belgique dans une " guerre coûteuse et sans issue " en Afghanistan. Réplique du ministre : " Et vous, vous êtes dans le camp d'Oussama ben Laden et de ses amis poseurs de bombes et violeurs. " Ce qui est excessif est insignifiant, disait Talleyrand. Cela pourrait être la devise du député, véritable fourmi ouvrière du Parlement. François Janne d'Othée