L'invitation atterrit au début de chaque législature dans la boîte aux lettres des conseillers communaux de La Hulpe. Une réception dans l'univers caché des Janssen, l'un des plus grands propriétaires fonciers de l'entité. Le drink se veut convivial, la tradition perdure depuis quarante ans. " C'est une invitation qui ne se refuse pas, raconte ce conseiller communal. Ce n'est pas n'importe qui. Il s'agit de gens très ouverts, prévenants et accueillants. Bien loin de ce que certains pourraient imaginer. " Les amabilités fusent, quelques bons mots sont lâchés ici et là. Et au milieu de la réception, la famille n'oublie pas de glisser discrètement l'une ou l'autre suggestion, voire un souhait. Toujours de façon détournée. " Elle n'exerce pas cette influence de manière directe mais plutôt discrète et subtile, précise cet homme d'affaires brabançon. Tout est dans les non-dits. "
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L'invitation atterrit au début de chaque législature dans la boîte aux lettres des conseillers communaux de La Hulpe. Une réception dans l'univers caché des Janssen, l'un des plus grands propriétaires fonciers de l'entité. Le drink se veut convivial, la tradition perdure depuis quarante ans. " C'est une invitation qui ne se refuse pas, raconte ce conseiller communal. Ce n'est pas n'importe qui. Il s'agit de gens très ouverts, prévenants et accueillants. Bien loin de ce que certains pourraient imaginer. " Les amabilités fusent, quelques bons mots sont lâchés ici et là. Et au milieu de la réception, la famille n'oublie pas de glisser discrètement l'une ou l'autre suggestion, voire un souhait. Toujours de façon détournée. " Elle n'exerce pas cette influence de manière directe mais plutôt discrète et subtile, précise cet homme d'affaires brabançon. Tout est dans les non-dits. " Depuis son domaine de 205 hectares, la famille Janssen domine La Hulpe et le Brabant wallon. Il s'agit aujourd'hui de la famille la plus influente de la province. S'il doit y en avoir une. Car il faut démystifier cette " influence discrète " : elle n'est que minime et porte, éventuellement, sur l'un ou l'autre dossier urbanistique. Sans plus. La famille ne possède plus, du moins à La Hulpe, la même force de frappe qu'auparavant. Elle n'est pas la seule : la plupart des grandes familles du Brabant wallon ne pèsent plus grand-chose dans la vie économique et sociale. Seul le volet politique est encore un territoire d'expression qu'elles affectionnent. Qui pourrait aujourd'hui évoquer le poids des réseaux des Snoy et d'Oppuers, Delwart, Washer, Rotthier et autre Limauges ? Ils ne doivent être qu'une poignée, tant leur influence s'est effritée. Car si les grandes familles bruxelloises exercent la faible influence qu'il leur reste par le biais de leur réussite industrielle et/ou financière, celles du Brabant wallon sont davantage fondées sur le patrimoine foncier. Un acquis qui s'est effiloché au fil des années, tout comme le poids que certaines familles pouvaient avoir sur l'aménagement ou le devenir de l'une ou l'autre commune. De plus, on est ici bien loin des belles soirées bruxelloises. Pas de cercles d'affaires non plus où se rassembler et peser sur le cours des choses. " Aujourd'hui, la plupart de ces familles vivent d'une manière extrêmement discrète, explique l'historien et journaliste Eric Meuwissen, auteur d'un ouvrage sur les grandes fortunes du Brabant wallon. Elles ont, pour la plupart, vendu une bonne partie de leur patrimoine foncier, histoire de renflouer les caisses. Elles se sont séparées de leurs terrains pour y aménager des lotissements. C'est le cas notamment des Washer à Waterloo. Les Solvay ne possèdent plus que trente à quarante hectares. La fortune n'est plus aujourd'hui immobilière mais financière. Elle vient des revenus professionnels. " Dans cette optique, comment encore défendre les intérêts familiaux ? Il ne reste plus aujourd'hui que le mécénat et la politique pour peser quelque peu. Dans ce dernier cas, la situation existe depuis la nuit des temps (avec le suffrage censitaire, c'était facile), mais elle s'est renforcée ces dernières années. Avec des succès divers. " Il y a, au sein de ces grandes familles, une tradition de service qui est très présente, souligne Bernard Snoy et d'Oppuers, président de l'Association belge de la noblesse. Certains membres de la famille ont vocation à servir. Il est donc de coutume qu'un membre d'une génération se consacre à la politique et au travail en faveur des autres. " Qui a pris le relais aujourd'hui ? On songe, par exemple, à la députée fédérale Thérèse Snoy et d'Oppuers à Braine-l'Alleud, au conseiller provincial Nicolas Janssen à La Hulpe, à la bourgmestre de Lasne Laurence Rotthier. En allant un peu plus loin dans la province, on voit que Sybille de Coster-Bauchau à Grez-Doiceau (bourgmestre et députée régionale), Michael Goblet d'Alviella à Court-Saint-Etienne (bourgmestre), Cédric du Monceau de Bergendal à Ottignies (échevin), Ferdinand Jolly à Ittre (bourgmestre) sont également de la même veine. Sans parler de Bernard de Traux de Wardin (un grand ami du roi Albert II) ou de Baudouin le Hardy de Beaulieu qui ont aujourd'hui choisi une autre voie mais ont également actionné le levier de la politique à une époque de leur vie. " Il est remarquable de voir comment certaines familles parviennent à renouveler leur présence sur l'échiquier politique ", poursuit Eric Meuwissen. L'ancien gouverneur de la province du Brabant wallon, Valmy Feaux (PS), minimise toutefois le poids que pèsent encore ces familles : " Elles ont toujours une influence mais celle-ci n'est plus du tout du même ordre que ce qui existait au début du XXe siècle. La démocratisation de la vie politique a causé leur perte. Les fermiers et cultivateurs du Brabant wallon, dont les terres appartenaient à de grandes familles, étaient auparavant très dépendants et devaient voter comme on leur disait. Aujourd'hui, le nom pèse encore un peu mais n'influence plus rien, où à la marge. "Dossier coordonné par Philippe Berkenbaum, avec Xavier Attout et Marie-Eve Rebts