C'est le printemps. Les rayons du soleil font leurs premières percées, les oiseaux gazouillent, les bourgeons bourgeonnent, et les jardiniers jardinent. Le jardinage est en effet une activité à laquelle le Belge s'adonne, chaque année davantage. Dès le retour des beaux jours, il nettoie, plante, taille, arrose, embellit. Mais le Belge est aussi un rien paresseux: il veut un beau jardin, le plus vite possible et avec un minimum d'entretien.
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C'est le printemps. Les rayons du soleil font leurs premières percées, les oiseaux gazouillent, les bourgeons bourgeonnent, et les jardiniers jardinent. Le jardinage est en effet une activité à laquelle le Belge s'adonne, chaque année davantage. Dès le retour des beaux jours, il nettoie, plante, taille, arrose, embellit. Mais le Belge est aussi un rien paresseux: il veut un beau jardin, le plus vite possible et avec un minimum d'entretien.Depuis le début des années 1990, les dépenses des ménages en matière de jardinage ne cessent d'augmenter. D'abord, tout simplement parce que de plus en plus de Belges ont un jardin: selon une enquête réalisée par Oniflhor (Office français interprofessionnel des fruits, des légumes et de l'horticulture), en 2000, 82 % des ménages jouissent d'un petit poumon vert. En Europe, seuls les Irlandais font! En France, par exemple, où la densité de population est trois fois moins élevée qu'en Belgique, à peine 56 % des ménages disposent d'un jardin. Il y a d'autres raisons qui expliquent ce nouvel engouement. Selon la société d'études de marché Inra, l'augmentation des dépenses de jardinage n'est pas liée à un nombre d'acheteurs plus important. Mais ceux-ci achètent davantage, plus fréquemment, et exigent des produits toujours plus diversifiés. Actuellement, les arbres et arbustes fruitiers et d'ornement ont la cote. Pour ce qui est des fleurs et des plantes, le Belge a dépensé, en 2000, quelque 170 euros en moyenne. Mais le jardinage ne se réduit pas aux fleurs et aux plantes. Le jardin accueille parfois une pièce d'eau, une pergola, une terrasse, des jeux pour enfants, des meubles. Tout cela représente des dépenses supplémentaires qui ont, elles aussi augmenté ces dernières années. C'est donc un fait, le jardin occupe aujourd'hui une place de premier choix dans le temps de loisirs des Belges, soit pour y travailler, soit pour s'y relaxer. Qu'y a-t-il en effet de plus beau, dès le printemps, que d'admirer les arbres enfiler leur tenue d'été ou d'observer les premières couleurs vives apportées au terne tableau de l'hiver?Tous les sens en ébullitionEvidemment, pour pouvoir profiter des beautés et de l'apaisement qu'offre un jardin, l'amateur doit, inévitablement, se mettre au boulot, et brasser la terre de ses propres mains. Fatigant? Ennuyant? Pas pour tout le monde. Pour certains, travailler au jardin est un véritable bonheur parce que tous les sens sont en ébullition. Etre en contact étroit avec la nature, c'est la regarder, la toucher, l'écouter, la sentir, goûter ses fruits. Jardiner permet aussi de réduire le stress accumulé dans la vie active. C'est en même temps un bon exercice physique et un délassement pour l'esprit. Pour faire un ravissant jardin, il faut donner libre cours à sa fibre artistique. Avant de créer son oeuvre, le jardinier la conçoit, la dessine, se l'imagine de manière sobre ou extravagante. S'occuper de son jardin requiert aussi de la patience et, surtout, du temps, ce dont chacun ne dispose pas. C'est pour cette raison que certains ont fait de l'aménagement du jardin leur métier. Ces paysagistes, entrepreneurs, jardiniers et pépiniéristes profitent de la mini-révolution qui touche le secteur. Néanmoins, faire appel à un professionnel reste un luxe qui n'est pas à la portée de toutes les bourses. "Pour aménager entièrement un jardin de taille moyenne, il faut déjà compter environ 2 500 euros rien que pour les fleurs et les plantations!", explique Damien Buyse, architecte et entrepreneur de jardin, installé près de Namur. "Mais créer un jardin ne se limite pas y planter des fleurs. On s'occupe aussi des terrasses, des plans d'eau, des chemins... Un beau jardin de superficie moyenne coûte deentre 7 500 à 10 000 euros." Le prix variera en fonction de la grandeur du terrain, des matériaux utilisés et, surtout, de l'ampleur des travaux à effectuer. Comme cette activité exige un certain investissement en argent et en temps, c'est à l'approche de la quarantaine que les jardiniers amateurs se découvrent leur passion. Quand un ménage s'installe, le premier budget dans lequel on taille est souvent celui du jardin, qui se limite alors à une pelouse et à des haies.En Flandre, les entreprises de jardin sont plus nombreuses qu'en Wallonie, parce qu'elles y ont plus de succès. Selon une enquête sur les dépenses des ménages, réalisée par l'Institut national de statistique (INS), les Flamands dépensent quelque 50 euros de plus chaque année que leurs voisins wallons en plantes et en fleurs. Quelques entrepreneurs francophones se fournissent d'ailleurs se fournir au nord du pays. Les pépiniéristes flamands, deux fois plus nombreux que leurs collègues francophones, ont en outre réussi à développer le commerce de plantes rares et originales, adaptées à notre climat, et à moindre prix, comme Itea Virginica, un arbuste feuillu qui fleurit en épis blanchâtres et parfumés, en juin et en juillet. Mais le sud du pays ne manque pas pour autant de pépinières bien entretenues et fournies. Elles sont principalement situées dans le Hainaut, à Liège et dans le Brabant wallon. Cette différence d'investissement entre communautés s'observe également dans les dépenses en matière d'outillage et de matériaux d'aménagement. Les jardins flamands sont aussi plus kitsch: les nains de jardin et les moulins à vent miniatures y élisent plus volontiers domicile. L'originalité s'exprime jusque dans les motifs qui décorent des matériaux habituellement très classiques, tels que les pavés, les bordures et les statues. De multiples sources d'inspirationSouvent, avant de faire appel à un professionnel, les jardiniers en herbe essaient de se débrouiller seuls: une bêche dans une main et une revue spécialisée dans l'autre. La caricature est quelque peu poussée, et pourtant... Pratiques, pas chers, très illustrés, les magazines de jardinage sont aussi en plein essor. Ils ont d'ailleurs contribué au développement de ce mode de loisir en Belgique. Les livres pratiques foisonnent en librairie. En cette saison, ils s'octroient quasi un tiers des ventes au département loisirs de la FNAC à Bruxelles, indique sa responsable. Autre source d'inspiration de plus en plus prisée: le jardin des autres, accessibles aux visiteurs. Les associations qui organisent ce genre de visite, comme l'ASBL Jardins ouverts, à Bruxelles, ont connu leur véritable boom voici cinq ans. L'association propose aujourd'hui dans son catalogue la visite de 200 jardins privés répartis dans toute la Belgique. Un peu plus de 4 000 membres sont déjà inscrits pour y déambuler cette saison. "Katty et Olivier", eux, consacrent un site Internet à leur passion. Du potager à la pièce d'eau, en passant par la terrasse, users.swing.be/NotreJardin/ fait partager la découverte d'un petit coin de paradis en plein coeur de Bruxelles, fruit du travail de deux jardiniers amateurs. Mais reproduire chez soi les jardins de rêve des revues luxueuses n'est généralement pas réalisable. D'abord, parce que chaque jardin est unique: il possède son ensoleillement propre, sa terre, son orientation, sa superficie. Ensuite, parce que la plupart des réalisations présentées sont des jardins anglais. Même s'il pleut beaucoup en Grande-Bretagne, le climat n'est pas tout à fait identique au nôtre. On peut donc reproduire le style de ces jardins, mais à la mode de chez nous. Certaines plantations illustrées ne sont d'ailleurs pas disponibles en Belgique. Selon la plupart des commerçants, la revue de jardinage a, en tout cas, au moins deux mérites: celui d'avoir vulgarisé et encouragé une activité que l'on croyait réservée aux professionnels et celui d'avoir fait évoluer la mode des jardins chez nous. Dans les années 1960 et jusqu'il y a peu, la tendance était aux bouleaux, cyprès bleus, lauriers: beaucoup de vert et peu de couleurs vives. Mais depuis l'essor des magazines et des jardins anglais qu'ils proposent, le Belge s'est épris d'un amour soudain pour les fleurs et les couleurs. Le jardin anglais est arrondi, souple et fleuri. Il met l'accent sur l'étalement des plantations, par le biais des plantes vivaces notamment. C'est un espace qu'on laisse vivre et se développer. Il ne demande pas beaucoup d'entretien, ce qui n'est pas pour déplaire. Voilà la tendance actuelle. On l'oppose généralement au jardin français. Le style en est plus austère: de longues allées rectilignes, des haies bien taillées, des boules de buis bien rondes. La Belgique a subi l'influence de ce "jardin de curé", comme on l'appelle familièrement, pendant une période. Ensuite, la mode a privilégié les plantes méditerranéennes. Une autre tendance actuelle concerne les pièces d'eau et les terrasses en bois. Damien Buyse en constate la demande croissante dans sa petite entreprise namuroise. "Le bois est plus chaud pour le regard et au toucher. Marcher pieds nus sur le bois est un plaisir: il est toujours chaud, mais pas trop. Les dalles, elles, sont soit glacées, soit bouillantes." Quant aux plans d'eau, ils sont appréciés pour le bruit apaisant qu'ils produisent. La mare est également un lieu très vivant, où insectes, batraciens et poissons se côtoient allègrement. Pour profiter d'un beau jardin tout au long de l'année, tout le monde s'accorde à dire qu'il faut se mettre au vert dès le premiers jours du printemps. Des dictons vont même plus loin en attestant qu'un printemps fleuri laisse augurer un bel été: "Avril fait la fleur, mai en a les honneurs", ou encore, "En avril, quand lilas il y a, blé il y aura". Hélas, un autre dicton vient perturber ces jolies prémonitions en pointant une conséquence, plus fâcheuse pour l'été, du beau jardin de printemps: "Bourgeon qui pousse en avril met peu de vin dans le baril..." A méditer.Candy Petter