Une observatrice anonyme confie : " Oui, Paul Dujardin est un peu fou. " Pas dans le sens clinique, mais simplement parce que le boss du palais des Beaux-Arts de Bruxelles, 45 ans, est un véritable Niagara d'idées. Ça coule, ça déborde, ça mouille, mais ça produit aussi de l'électricité. Avant de relifter les Beaux-Arts en Bozar dépoussiéré, Dujardin et une bande d'insulaires musicaux lancent en 1989 Ars Musica, tentative de grand nettoyage de la Belgique musicale de papa. Dans les écuries encombrées d'une création passablement hermétique, la bande à Paul fait son Mai 68 revisité, via un mix de nouveaux désirs musicaux et d'un type de management culturel inédit. " Je sortais de l'université avec un bagage sans doute moins politique que celui de Bernard Foccroulle (musicien, futur directeur de la Monnaie entre 1992 et 2007), l'un de mes comparses dans Ars Musica qui, lui, avait connu ...

Une observatrice anonyme confie : " Oui, Paul Dujardin est un peu fou. " Pas dans le sens clinique, mais simplement parce que le boss du palais des Beaux-Arts de Bruxelles, 45 ans, est un véritable Niagara d'idées. Ça coule, ça déborde, ça mouille, mais ça produit aussi de l'électricité. Avant de relifter les Beaux-Arts en Bozar dépoussiéré, Dujardin et une bande d'insulaires musicaux lancent en 1989 Ars Musica, tentative de grand nettoyage de la Belgique musicale de papa. Dans les écuries encombrées d'une création passablement hermétique, la bande à Paul fait son Mai 68 revisité, via un mix de nouveaux désirs musicaux et d'un type de management culturel inédit. " Je sortais de l'université avec un bagage sans doute moins politique que celui de Bernard Foccroulle (musicien, futur directeur de la Monnaie entre 1992 et 2007), l'un de mes comparses dans Ars Musica qui, lui, avait connu Mai 68. On a voulu participer à l'Europe du dialogue d'après-guerre comme le faisait la Documenta ou Avignon : avec l'Expo 1958, la Belgique avait montré qu'elle était un pays d'innovation. Il s'agissait aussi de renouer avec la grandeculture de nos régions du temps des "lowlands'', des dix-sept provinces. " Dujardin, Foccroulle et quelques autres trouvent en Ars Musica l'arme fatale propre à flinguer tous les conservatismes. Le terrain intellectuel a été préparé par quelques snipers comme Gerard Mortier, directeur de la Monnaie. Dujardin : " Nous étions en 1989 dans une Belgique nouvellement fédéralisée et nous tentions d'avoir une vision aussi esthétique que pragmatique. Fondamentalement, on voulait sortir de l'élitisme etmettre les institutions dans le coup en les exposant à leurs responsabilités. On était une sorte de Centre Pompidou de la musique moderne, entre création et désir d'aller vers le public. " Dans la foulée, Ars Musica réanime un lieu asphyxié, Flagey, et tripote un programme où la bande des quatre (Boulez, Boesmans, Berg, Bartok) fait la course en compagnie de jeunes louveteaux. Ensemble, ils dévorent l'agneau des préjugés. Vingt ans plus tard, Ars Musica appartient à la coterie privilégiée des dix festivals internationaux qui comptent en musique contemporaine. " Contemporain ?" Le qualificatif gratouille encore comme un fantasme d'hermétisme et de célébration en vase clos. Le directeur de l'édition Ars Musica 2009, le Français Laurent Langlois, 49 ans, conjugue le mot autrement : " Oui, "contemporain'' fait encore peur. Mais, pour nous, il signifie une certaine énergie créative, ce qui annonce demain. On en a bien besoin. " Pour cet événement qui, en 2009, réunit cinquante concerts dans cinq villes (Bruxelles, Anvers, Liège, Mons et Bruges), le ton est à la modernité tout en en évitant ses pièges notoires. " Il y a bien sûr des écoles - de Xenakis à Boulez - qui ont permis de creuser le sillon et qui, en leur temps, ont fait tabula rasa, mais, aujourd'hui, les plus jeunes compositeurs ont digéré mille influences, du jazz au rock, des Stones aux Beatles, sans oublier le chapitre électronique. "Longtemps, la notion même de plaisir a semblé un péché dans le terreau quasi religieux du contemporain. Langlois, arrivé fin 2007 à Ars Musica, confirme l'option possiblement ludique de l'entreprise : " Prenez un spectacle comme Liquid Room, le 2 avril, au Kaaitheater, à Bruxelles, où les spectateurs seront debout pour un show partagé entre trois podiums, avec une énergie digne du rock. La notion de plaisir est bien là, celle de découverte nourrissante, également. On est désormais dans un éclatement total, ce qui correspond d'ailleurs au zapping dans d'autres domaines. Le contemporain, comme le reste, s'imprègne de l'environnement. C'est pour cela qu'on propose nos soirées au théâtre Marni de Café Ars Musica où le spectateur peut assister à deux ou trois sets courts, chacun durant vingt minutes environ, avec des entractes pendant lesquels on peut prendre un verre. Notre volonté est aussi de créer une confiance entre nous, les spectateurs et les créateurs. " Huit cent mille euros de budget, vingt mille visiteurs attendus dans cinq villes - à des prix généralement démocratiques - l'édition 2009 devrait tenir lesfolles promesses de son ambitieux titre-slogan, Beyond, " au-delà ". Et rester un symbole de cette Belgique unitairequi résiste, c£ur vaillant :incroyable mais vrai, la musique contemporaine sert aussi à cela. Du 10 mars au 10 avril, à Bruxelles, Anvers, Bruges, Liège et Mons, www.arsmusica.be Philippe Cornet