Il existe une force qui pousse les gens à remplir des grilles de mots croisés, comme d'autres veulent se faire marin ou entrer au couvent. Ça s'appelle la vocation. Ce soir-là, le Geyser crépitait comme une île de feu dans le gris du quotidien. Le silence était tel qu'on pouvait y entendre le bruit saugrenu d'un tigre dévorant une laitue : l'effet cumulé du laudanum et de la vodka, sans doute (1). Chacun était penché sur la même grille de mots croisés, alors que les espions russes, descendus du toit - une fois n'est pas coutume - remplissaient les verres à qui mieux mieux, en gueulant avec enthousia...