Ma liberté, de Serge Reggiani, c'est lui. Milord, d'Edith Piaf, lui aussi. La Longue Dame brune, de Barbara, lui encore. Mieux connu du grand public comme auteur que comme interprète, Georges Moustaki a prêté sa plume à Juliette Gréco, Dalida, Yves Montand, Tino Rossi ou Hugues Aufray. Mais, bizarrement, son répertoire personnel a mieux vieilli que celui de ces ténors de la chanson, dont les disques sonnent aujourd'hui de façon parfois datée. Un peu à la façon d'un Nino Ferrer, Moustaki a bâti une £uvre ouverte au monde et intemporelle, il a débarrassé la chanson française de sa gangue franchouillar...

Ma liberté, de Serge Reggiani, c'est lui. Milord, d'Edith Piaf, lui aussi. La Longue Dame brune, de Barbara, lui encore. Mieux connu du grand public comme auteur que comme interprète, Georges Moustaki a prêté sa plume à Juliette Gréco, Dalida, Yves Montand, Tino Rossi ou Hugues Aufray. Mais, bizarrement, son répertoire personnel a mieux vieilli que celui de ces ténors de la chanson, dont les disques sonnent aujourd'hui de façon parfois datée. Un peu à la façon d'un Nino Ferrer, Moustaki a bâti une £uvre ouverte au monde et intemporelle, il a débarrassé la chanson française de sa gangue franchouillarde. Né à Alexandrie (Egypte), dans une famille de juifs grecs originaires de Corfou, " le métèque " sort, à 74 ans, un nouvel album introspectif, intitulé Solitaire. Georges Moustaki : Certains se sont arrêtés au Métèque, mais d'autres savent que j'ai sorti plus de 20 albums depuis vingt-cinq ans, que je n'arrête pas de parcourir la planète. Si mes chansons rencontrent leur public, tant mieux. Mais le succès n'est pas indispensable à ma satisfaction. La révolution, c'est un futur. Au présent, je n'y crois pas. La révolution est une remise en cause de tout ce qui existe. Elle est la mise en £uvre de tout ce qui nous paraît juste. C'est pour cela qu'elle doit être permanente. Je crois qu'il faut sans cesse réhumaniser notre regard sur le monde. Lui me connaissait, car je suis un vieux dinosaure. Mais moi, je ne le connaissais pas. C'est quelqu'un de chez EMI, ma maison de disques, qui a eu l'idée de nous réunir. Il a vu juste. Je suis très fier du résultat. On n'a pas éprouvé le besoin de beaucoup se parler. Politiquement, nous sommes tous les deux à gauche. Cela suffit pour se sentir en phase. Je suis universellement grec. Je suis grec parce que j'ai des amis en Grèce, parce que c'est un beau pays, parce que j'aime la langue grecque. Il n'y a aucun nationalisme dans ma grécité. Quant à la culture juive, je ne la connais pas. J'ai une sensibilité juive, ça, oui. La tendresse et la dérision, voilà ce que j'aime dans la tradition juive. Ainsi que cette intelligence dans l'humour, cette distance par rapport aux choses. Je peux dire que je suis juif, mais pas que je me sens juif. Il n'existe aucune notion de patrie en moi. Ma patrie, à la rigueur, c'est la Méditerranée. L'Afrique, l'accordéon, le tango, la musique indienne... Tout cela existe dans mes disques. Mais, à aucun moment, cela n'a dominé mon univers musical. J'ai toujours été en conversation avec des musiques de tous les horizons, mais jamais sous influence. Tout à fait. La nostalgie, c'est l'amour du passé. C'est-à-dire ne pas renier ce qu'on a aimé, mais ne pas s'y complaire non plus. Je ne me contente ni du passé ni du présent. C'est une tradition méditerranéenne de se prendre pour un philosophe au café. Il faut garder le sens de la dérision, ne pas trop se prendre au sérieux, mais il est aussi important de continuer à philosopher. Cela fait bouillir les idées, ça donne de la vie aux choses. La philosophie est une parade à l'aliénation, à l'influence un peu autoritaire de tout ce qui nous entoure. CD Solitaire, chez EMI. En concert au centre culturel d'Uccle le 16 septembre. Entretien : François Brabant