Dans la grande salle, l'enfant a enfilé son manteau, rabattu le capuchon et il court sans fin. Jairo, du Nicaragua, est arrivé à Bruxelles, le 20 février dernier, sans chaussures. Il regagnera bientôt son village. Là-bas, il décrira cette ville par où il est passé, ces maisons bizarres, à plusieurs étages et avec des vitres aux fenêtres, cette drôle d'électricité, ces rues où les gens paniquent pour un rien, comme par exemple quand on apprend à faire de la trottinette en roulant à contresens sur la chaussée. Désormais, Jairo pourra raconter Bruxelles: il y a trois semai...

Dans la grande salle, l'enfant a enfilé son manteau, rabattu le capuchon et il court sans fin. Jairo, du Nicaragua, est arrivé à Bruxelles, le 20 février dernier, sans chaussures. Il regagnera bientôt son village. Là-bas, il décrira cette ville par où il est passé, ces maisons bizarres, à plusieurs étages et avec des vitres aux fenêtres, cette drôle d'électricité, ces rues où les gens paniquent pour un rien, comme par exemple quand on apprend à faire de la trottinette en roulant à contresens sur la chaussée. Désormais, Jairo pourra raconter Bruxelles: il y a trois semaines, il a bénéficié d'une opération cardiaque aux cliniques universitaires Saint-Luc. Grâce à ce traitement radical, il pourra mener une vie "normale". Jairo fait partie de cette soixantaine d'enfants venus, depuis cinq ans, subir de lourdes interventions chirurgicales dans notre pays. Une aventure rendue possible grâce à la Chaîne de l'espoir. "Cette association destinée aux enfants des pays moins favorisés est née en France, avant de se développer en Grande-Bretagne, puis ici, où elle est nationale et pluraliste, explique son président, le Pr Jean Rubay, cardiologue pédiatrique aux cliniques Saint-Luc. Son premier objectif: faire venir des jeunes gravement malades et les opérer lorsque c'est impossible là où ils vivent, faute de moyens techniques et financiers ou de compétences médicales. Mais, très vite, nous avons compris qu'il faut aussi agir sur place." Plusieurs fois par an, des spécialistes partent donc opérer au Congo, au Burkina Faso, au Venezuela, au Vietnam ou ailleurs. Chirurgiens cardiaques, orthopédistes, plasticiens, anesthésistes: ils emportent le matériel. Ils consacrent aussi leur temps à favoriser le développement de structures hospitalières adaptées aux nécessités locales. "Opérer sur place un maximum d'enfants, cela ne représente souvent qu'une goutte d'eau dans une mer de besoins, assure le Dr Robert Elbaum, orthopédiste à l'hôpital de Jolimont, qui repartira bientôt en mission au Sénégal. Ce qu'il faut donc, également, c'est parvenir à créer, sur le terrain, un échange de techniques et une formation adaptée aux praticiens locaux. Cela dit, intervenir sur un enfant dans son pays d'origine coûte de 5 à 10 fois moins cher qu'en Belgique." Tous les soins et déplacements sont à charge de l'association. En Belgique, des familles accueillent bénévolement les enfants. Aucun problème sur ce plan: l'ASBL croule sous les propositions. Souvent associée à des projets de solidarité en sa faveur, elle vit des dons. Mais elle regrette à demi-mot que les entreprises ne soutiennent pas plus largement de tels projets, comme cela se fait dans d'autres pays. En moyenne, un enfant pris en charge en Belgique "coûte" 6 330 euros (dont près de 5 000 euros en frais d'hospitalisation). Les patrons belges auraient-ils moins de coeur que les médecins?Rens.: 02-264 43 08 ou par GSM: 0478-60 50 98.Pascale Gruber