Hanan Challouki, Taha Riani Achhab, Majd Khalifeh... Ces noms à consonance étrangère ne vous disent rien ? Pas étonnant, vu le peu d'intérêt médiatique qu'ils ont suscité. Au vu de leurs récentes prouesses, ces jeunes gens auraient pu faire la Une des quotidiens flamands, ou du moins y être davantage mis en avant. Mais en Flandre, comme ailleurs, les personnes issues de l'immigration apparaissent généralement sur la scène médiatique sous un prisme négatif. Une tendance qui ne favorise pas la cohésion sociale, que de nombreux journalistes voudraient pourtant voir renforcée.
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Hanan Challouki, Taha Riani Achhab, Majd Khalifeh... Ces noms à consonance étrangère ne vous disent rien ? Pas étonnant, vu le peu d'intérêt médiatique qu'ils ont suscité. Au vu de leurs récentes prouesses, ces jeunes gens auraient pu faire la Une des quotidiens flamands, ou du moins y être davantage mis en avant. Mais en Flandre, comme ailleurs, les personnes issues de l'immigration apparaissent généralement sur la scène médiatique sous un prisme négatif. Une tendance qui ne favorise pas la cohésion sociale, que de nombreux journalistes voudraient pourtant voir renforcée. Le 22 janvier dernier, Hanan Challouki et Taha Riani Achhab ont fait leur entrée dans le prestigieux palmarès du magazine américain Forbes, un classement qui répertorie les trente jeunes entrepreneurs, innovateurs et artistes les plus prometteurs d'Europe. Les deux Anversois d'origine maghrébine - vous savez, cette " communauté allochtone " qui vit d'après certains politiques " en apartheid " - ont été récompensés pour leur site mvslim.com et leur agence de communication Allyens, deux projets visant à stimuler l'inclusion et la diversité. De son côté, Majd Khalifeh a obtenu le prix flamand Liberales pour son livre Herboren (Renaître), dans lequel il raconte son parcours de réfugié palestinien. Parti de Damas pour échapper au service militaire sous le régime d'Assad, il a notamment passé deux ans et demi dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile en Belgique. Aujourd'hui, le jeune homme est devenu un journaliste renommé au sein de la rédaction de la VRT. Ces success stories et modèles d'" intégration réussie " sont des exemples parmi de nombreux autres qui demeurent, eux, invisibles. Si le public est généralement friand de belles histoires, les médias semblent encore frileux à l'idée de leur accorder de la place. Dans certains pays pourtant, le " journalisme constructif " a prouvé ses bienfaits. Le concept n'a pas pour but de remplacer les mauvaises nouvelles par des bonnes, mais bien de les compléter par des angles positifs, des récits de personnes inspirantes, des propositions de solutions. Cette forme de journalisme, adoptée notamment par le quotidien britannique The Guardian et le service public danois, s'applique globalement à tous les domaines. A l'heure où le thème de la migration est réduit à la problématique du parc Maximilien, une telle adaptation rédactionnelle serait salutaire, chez nous aussi. Malgré ce que certains en disent, la Flandre demeure relativement épargnée par la vague de xénophobie qui ronge dangereusement le Vieux Continent. Mais, comme partout, les réseaux sociaux aident à la propagation d'idéologies extrémistes et commentaires douteux, que les rédactions ont tendance à relayer à tout-va. Preuve récente : l'élection de Miss Belgique, qui a provoqué, au nord du pays, des réactions racistes sur les origines asiatiques de la belle. S'il est important de tirer la sonnette d'alarme lorsque les limites sont dépassées, les médias traditionnels pourraient toutefois se montrer plus sélectifs face aux trolls, notamment quand leurs messages s'avèrent, comme ici, moins nombreux qu'il n'y paraît. L'énergie et le temps épargnés serviraient à étayer les faits, recouper les informations ou se munir de chiffres pour contrer les idées reçues. Déterminer les vrais problèmes et mettre en lumière ceux qui n'en sont pas. Alors le " quatrième pouvoir " pourra, peut-être, ouvrir la voie à une société moins polarisée.