" S'il y a polémique, il gagne à tous les coups "

Patrick Charlier, directeur adjoint du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme : " Personne n'échappe à la plume caustique de Philippe Geluck. Une première lecture rapide peut donner l'impression d'un essai provocateur de mauvais goût et vulgaire, jouant sur les stéréotypes. Mais en le lisant plus attentivement, je dois avouer qu'il y contient des choses amusantes et une série de messages sous-jacents. Lorsqu'il se demande si l'on peut rire des musulmans, par exemple, il fait bien la distinction, humoristiquement, entre les intégristes et ceux qu'il appellent les "soft'' auxquels les premiers créent des problèmes. En se demandant si l'on peut rire des Noirs, il rappelle quand même que ceux-ci ont combattu pendant la guerre pour défendre nos libertés. Est-ce une incitation à la haine, à la discrimination ou à la violence en vertu de la loi ? A mon avis, non ! Nous sommes là pleinement dans la liberté d'expression. Le seul risque serait que certains utilisent des extraits du texte sortis de leur contexte, avec des intentions malveillantes, pour harceler et discriminer. Mais ce serait à ces derniers de rendre des comptes, pas à l'auteur ni à son éditeur. Maintenant, il est évident que Philippe Geluck interpelle, provoque et qu'il devra peut-être rendre des comptes à certains qui s'estimeraient blessés. Ce sera à lui de voir comment réagir : soit en s'excusant, en reconnaissant qu'il a été trop loin, soit en affirmant sur le ton de l'humour que cela démontre la ...

Patrick Charlier, directeur adjoint du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme : " Personne n'échappe à la plume caustique de Philippe Geluck. Une première lecture rapide peut donner l'impression d'un essai provocateur de mauvais goût et vulgaire, jouant sur les stéréotypes. Mais en le lisant plus attentivement, je dois avouer qu'il y contient des choses amusantes et une série de messages sous-jacents. Lorsqu'il se demande si l'on peut rire des musulmans, par exemple, il fait bien la distinction, humoristiquement, entre les intégristes et ceux qu'il appellent les "soft'' auxquels les premiers créent des problèmes. En se demandant si l'on peut rire des Noirs, il rappelle quand même que ceux-ci ont combattu pendant la guerre pour défendre nos libertés. Est-ce une incitation à la haine, à la discrimination ou à la violence en vertu de la loi ? A mon avis, non ! Nous sommes là pleinement dans la liberté d'expression. Le seul risque serait que certains utilisent des extraits du texte sortis de leur contexte, avec des intentions malveillantes, pour harceler et discriminer. Mais ce serait à ces derniers de rendre des comptes, pas à l'auteur ni à son éditeur. Maintenant, il est évident que Philippe Geluck interpelle, provoque et qu'il devra peut-être rendre des comptes à certains qui s'estimeraient blessés. Ce sera à lui de voir comment réagir : soit en s'excusant, en reconnaissant qu'il a été trop loin, soit en affirmant sur le ton de l'humour que cela démontre la raison d'être de son livre. A mon sens, la meilleure chose serait de ne pas réagir. Une procédure en justice n'aurait pas beaucoup de sens. S'il y a polémique, il gagne à tous les coups. " " Devrions-nous éviter de rire des handicapés sous prétexte qu'ils sont particulièrement susceptibles ? Non ! Halte au chantage ! Et leur esprit étriqué ne nous fera pas céder. Ce serait trop facile. Déjà qu'ils ont obtenu des places de parking réservées et ne se gênent pas pour se garer sur celles pour personnes valides, ça suffit. " François Massoz-Fouillien, porte-parole de la Rainbow House Brussels : " La partie réservée à l'homosexualité nous alerte sur plusieurs dangers indépendants de l'auteur. Philippe Geluck ne peut pas être qualifié d'homophobe, Mais il est aussi conscient qu'il n'est pas responsable des éventuels effets sur les lecteurs, qui pourraient ne pas saisir les intentions de l'auteur ou, pire, prendre son contenu pour ce qu'il est : une moquerie au premier degré que l'on peut qualifier de mauvais goût, elle-même sans doute voulue par l'auteur, qui reprend ici tous les stéréotypes contre lesquels la communauté LGBTQI tente de lutter depuis des décennies. Il n'y a pas de formes de compassion, de nuances, ni de cadres qui cadenasseraient l'interprétation du lecteur. La communauté LGBTQI n'est pas encore totalement reconnue dans ses droits, qui restent une question sensible comme le démontre l'actualité. Dans ce contexte, ce texte appelle très probablement à la " décontraction ", ce qui est une très bonne chose, mais il n'utilise peut-être pas les bonnes cartes pour faire passer l'idée et risque d'indigner la communauté LGBTQI qui se sentirait directement concernée. Enfin, ce texte risque de donner aux lecteurs, qui ne prêteraient pas totalement attention au décalage implicite du contenu, le sentiment qu'il est possible, puisque Philippe Geluck le fait, d'exprimer des jugements peu nuancés et donc potentiellement homophobes. Nous éprouvons beaucoup de compassion pour Philippe Geluck mais nous pensons aussi qu'un esprit aussi éclairé que le sien aurait peut-être dû prendre la peine de nous solliciter... Et au premier degré, cette fois... " " Oui, car il faut bien avouer que des bonshommes qui font des petites mines et des femmes qui roulent des mécaniques et des cigarettes, c'est quand même très rigolo. " Tommy Scholtes, porte-parole de la Conférence épiscopale : " Lorsque l'on se demande si l'on peut rire de tout, il y a plusieurs choses dont il faut tenir compte : les principes fondamentaux de la liberté d'expression et de la liberté de la presse, c'est évident, mais aussi le sens de l'humour et la capacité d'autodérision. Lorsque l'on caricature et que l'on se moque d'autrui, on risque d'entraîner une blessure. En outre, ce qui est privé reste par définition privé : on ne rit pas du chagrin, de l'amour, des relations intimes... En ce qui concerne le sacré et le religieux, je ferais là aussi cette distinction. Les lieux (églises, temples, mosquées...) sont publics mais ce que les gens y font relève de l'ordre du privé. Je n'aime pas que l'on se moque de l'eucharistie, c'est quelque chose que les croyants jugent importants. Il faut éviter aussi la généralisation d'un particularisme. J'aime l'humour piquant, mais j'ai trouvé que l'on avait été trop loin avec les caricatures de Mahomet. Je ne souhaite pas porter un jugement sur le livre de Philippe Geluck parce que juger, c'est arrêter le dialogue. Mais oui, il y a des moments où je me demande où il veut aller. A-t-il réellement pesé ce que cela pourrait provoquer ? Les réactions que cela pourrait entraîner ? Il dit avoir "évidemment'' le droit de rire des religions, mais de quel droit s'arroge-t-il le fait de le faire sans aucune nuance ? Il est dans la provocation et s'il estime que c'est de l'humour, moi cela ne me fait pas toujours rire. Je considère que la liberté d'expression s'arrête là où les autres peuvent être blessés. Et dans ce cas-ci, le risque existe. " " Nous ne remercierons jamais assez les catholiques d'être revenus à de meilleurs sentiments envers ceux qui les tiennent par la barbichette en les menaçant d'une tapette s'ils pouffent. Et Dieu sait si dans l'église, on n'aime ni les tapettes ni les pouffes, même si on en est ou si on les fréquente. "Isabelle Praile, vice-présidente de l'Exécutif des musulmans de Belgique : " J'ai envie de dire que seule la question en guise de titre me fait rire. Et si l'inspiration ne vient pas à Philippe Geluck pour la réponse, je l'invite à donner sa langue au chat... Cela dit, ce livre ouvre la porte à plein de questionnements. Je perçois l'humour comme un moyen pour détendre, faire oublier les soucis du quotidien, libérer de certaines souffrances. Au niveau des principes musulmans, l'humour est une nécessité, c'est une liberté inaliénable. Mais le rire doit tenir compte des sensibilités de l'autre, il faut éviter de l'utiliser comme une moquerie afin que cet autre ne se sente pas humilié. Nous sommes en Belgique, dans une société plurielle. Il n'est pas nécessaire de catégoriser les gens sur la base de leur ethnie ou de leur appartenance religieuse en pratiquant l'essentialisation, c'est même contre-productif. L'objectif principal, ce doit être le vivre ensemble, la cohésion sociale. Dans ce contexte, chacun doit admettre qu'il abandonne une part de son absolu. Est-ce le cas à partir du moment où l'on se retrouve à rire tout seul et que l'autre pleure ? Faut-il vraiment s'amuser au détriment de certaines personnes ? Faut-il utiliser l'humour comme une arme ? Quel est l'effet escompté d'une telle démarche ? Il ne faut pas s'étonner alors que certains soient blessés et usent de leur droit à l'expression que personne ne peut leur ôter. En tant que femme, enfin, je vois dans ce livre une approche assez machiste à laquelle certains musulmans et autres pourraient se référer - M. Geluck aussi, sans doute... - qui ne voient dans la femme qu'une façon d'assouvir sa sexualité. " " A tes risques et périls. "Par Olivier Mouton