Jeudi 12 mars 2009, 16 h 39 GMT. Branle-bas de combat dans la Station spatiale internationale (ISS) : un fragment de satellite se rapproche dangereusement. La veille encore, penchés sur leurs écrans du réseau de détection, les responsables de la Nasa et les militaires américains du Joint Space Operations Center (JSpOC) se voulaient rassurants : l'objet incriminé ne présentait qu'une très faible probabilité de risque. Mais un correctif est tombé quelques heures plus tard, suivi d'une alerte " rouge ". Les trois astronautes s'engouffrent en vitesse dans la capsule Soyouz arrimée à l'ISS. Ils doivent absolument disposer, en cas de collision, d'un moyen de retour vers la Terre. Catalogué " 25090 PAM-D " par les autorités américaines, le débris (12 cm) est finalement passé au large. Mais pas les inquiétudes. Car ce scénario, qui n'a rien d'un exercice, se répète de plus en plus souvent.
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Jeudi 12 mars 2009, 16 h 39 GMT. Branle-bas de combat dans la Station spatiale internationale (ISS) : un fragment de satellite se rapproche dangereusement. La veille encore, penchés sur leurs écrans du réseau de détection, les responsables de la Nasa et les militaires américains du Joint Space Operations Center (JSpOC) se voulaient rassurants : l'objet incriminé ne présentait qu'une très faible probabilité de risque. Mais un correctif est tombé quelques heures plus tard, suivi d'une alerte " rouge ". Les trois astronautes s'engouffrent en vitesse dans la capsule Soyouz arrimée à l'ISS. Ils doivent absolument disposer, en cas de collision, d'un moyen de retour vers la Terre. Catalogué " 25090 PAM-D " par les autorités américaines, le débris (12 cm) est finalement passé au large. Mais pas les inquiétudes. Car ce scénario, qui n'a rien d'un exercice, se répète de plus en plus souvent. Une dizaine d'équipages de navettes ont déjà dû déclencher des man£uvres d'évitement similaires. Le space junk, comme disent les Américains en évoquant le dépotoir qui s'étend dans la proche banlieue de la Terre, est devenu un véritable casse-tête pour les ingénieurs et les astronautes. Etages supérieurs de lanceurs, outils divers, caméras, voire éclats de peinture : au total, ce sont aujourd'hui quelque 12 500 objets dépassant 10 centimètres de diamètre - donc repérables par radar - qui sont officiellement recensés, flottant aux abords des boulevards circumterrestres. En fait, ils seraient plutôt 18 000, mais le catalogue diffusé par l'armée américaine n'en affiche qu'une partie, secret-défense oblige. S'y ajoutent une multitude d'autres, plus petits mais tout aussi inquiétants (voir l'encadré page 77 ). Ce fléau était au centre des conversations entre les experts des 11 principales agences spatiales réunis du 25 au 27 mars à Darmstadt (Allemagne), au sein du Comité de coordination des débris spatiaux (IADC). Un cénacle où l'on phosphore sur la meilleure façon d'éviter les collisions et sur les moyens de nettoyer les orbites trop fréquentées (voir l'encadré ci-dessous). " Le groupe se veut force de proposition auprès des Nations unies ", fait valoir un de ses animateurs européens, le Français Christophe Bonnal, de la direction des lanceurs du Centre national d'études spatiales (Cnes). Parmi ses préconisations, sanctuariser les zones orbitales congestionnées en les déclarant " patrimoine de l'humanité ". Les ténors de la conquête spatiale, inquiets de la multiplication des incidents, évoquent, eux, la création d'une instance internationale de régulation. Ces derniers mois, les Etats membres de l'Esa ont voté un financement de 50 millions d'euros, destiné à mettre au point un projet global de surveillance de l'espace qui pourrait être opérationnel aux alentours de 2018. Il est temps d'agir, car les dégâts sont considérables. " Lancée à 10 kilomètres par seconde, une simple bille d'aluminium de 1 gramme dégage une énergie cinétique capable d'exploser n'importe quel blindage en Kevlar, énonce Fernand Alby, responsable des activités débris au Cnes. Un objet, même minuscule, qui percute un satellite, c'est une centaine de nouveaux projectiles fabriqués. " Résultat : les antennes du télescope spatial Hubble transpercées d'impacts, ou des navettes endommagées dont il faut changer les hublots après chaque mission. Le moindre bidule devient ainsi une arme fatale, dont l'espérance de vie peut être très longue, selon l'orbite où il croise. A 800 kilomètres d'altitude, on l'estime à deux siècles ; en orbite géostationnaire (36 000 km), son cycle de vie est infini. " A raison de 60 à 80 lancements par an, ce sont plus de 220 objets divers qu'on introduit chaque année dans l'espace ", rappelle Alby. Conséquence : le nombre de débris croît de façon exponentielle. Et, avec lui, la tâche dévolue aux vigies de l'espace. Observation, détection, vérification : c'est la mission du Centre d'orbitographie opérationnelle (COO), installé sur le campus toulousain du Cnes pour suivre les trajectoires des ordures spatiales. Six ingénieurs se relaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour vérifier et prévoir à sept jours ce qui, là-haut, pourrait venir intercepter la course des Helios, Spot et autres satellites essentiels dont ils ont la charge. L'an dernier, l'équipe a déclenché 344 alertes, dont une douzaine classées " risque potentiel ". " Seuls deux risques "avérés" ont justifié une man£uvre ", précise François Laporte, directeur du centre. Tout ici est passé au peigne fin. Calculé à l'aune des probabilités. En commençant par une phase d'acquisition des données où intervient Graves - Grand Réseau adapté à la veille spatiale - un système radar géré par l'armée. La tâche est d'autant plus difficile que la précision des mesures reste limitée au kilomètre. Lorsque se profile 1 risque de collision sur 1 000, on sort le grand jeu, en mobilisant les radars de poursuite du Monge, à Brest, ou du Tira, en Allemagne. " Pour une efficacité relative, confesse Laporte. Nous n'intervenons que sur les débris détectables. "Nicholas Johnson, patron du bureau des débris spatiaux de la Nasa, propose de retirer de la circulation entre 5 et 20 " gros objets ". " On va devoir pratiquer l'esquive ", résume, en guise de stratégie, le général James Cart-wright, chef d'état-major adjoint des armées des Etats-Unis. En 2007, les militaires chinois ont franchi un pas dans la guerre des étoiles en tirant un missile pour dégommer volontairement leur antique satellite météo Feng-Yun 1-C, en engendrant du même coup un nuage de 2 500 déchets. Grave, pour un pays qui prétend respecter le code de bonne conduite de l'IADC. Gravissime, de son côté, le télescopage, le 10 février dernier, de deux satellites, l'américain Iridium 33 et le russe Cosmos 2251. Leur explosion, au-dessus de la Sibérie, à 800 kilomètres d'altitude, est une première. Car personne n'a rien vu venir. Ce n'est qu'une fois l'Iridium disparu de leurs écrans de contrôle que les opérateurs de ce satellite privé de télécommunications se sont inquiétés. Trop tard. Le Space Surveillance Network nord-américain n'a pu que confirmer. Négligence ? Le Space Track, ce document diffusé par la Défense américaine, qui donne des recommandations aux opérateurs de satellites, avait un seuil d'alerte très bas. Pour éviter la multiplication d'alertes intempestives, les responsables d'Iridium auraient choisi d'ignorer ces signaux. On en est toujours à établir le décompte des fragments dispersés par le choc : 159 pour l'Iridium, 355 pour le Cosmos... richard de vendeuil