On connaît la volonté de la Ville de Bruxelles, et celle de la Région, de réaménager complètement le plateau du Heysel pour y créer, entre autres, un centre de congrès international, une salle de spectacle et un complexe commercial de plus de 100 000 mètres carrés. Il y a quinze jours, le ministre-président de la Région bruxelloise Charles Picqué (PS) et le bourgmestre Freddy Thielemans (PS) dévoilaient d'ailleurs en grande pompe le lauréat, à savoir le bureau d'urbanisme hollandais KCAP, du concours international lancé l'année dernière, qui sera chargé de dessiner les contours de la réurbanisation de cette zone. A terme, le nouveau plateau Heysel devrait, selon les v£ux de la Ville et du gouvernement régional, participer au " rayonnement international de Bruxelles " en permettant la tenue de congrès de plus de 3 500 personnes, soit bien plus que sa capacité actuelle. Le centre commercial permettrait notamment de contribuer au financement de ces nouvelles infrastructures.
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On connaît la volonté de la Ville de Bruxelles, et celle de la Région, de réaménager complètement le plateau du Heysel pour y créer, entre autres, un centre de congrès international, une salle de spectacle et un complexe commercial de plus de 100 000 mètres carrés. Il y a quinze jours, le ministre-président de la Région bruxelloise Charles Picqué (PS) et le bourgmestre Freddy Thielemans (PS) dévoilaient d'ailleurs en grande pompe le lauréat, à savoir le bureau d'urbanisme hollandais KCAP, du concours international lancé l'année dernière, qui sera chargé de dessiner les contours de la réurbanisation de cette zone. A terme, le nouveau plateau Heysel devrait, selon les v£ux de la Ville et du gouvernement régional, participer au " rayonnement international de Bruxelles " en permettant la tenue de congrès de plus de 3 500 personnes, soit bien plus que sa capacité actuelle. Le centre commercial permettrait notamment de contribuer au financement de ces nouvelles infrastructures. Mais selon plusieurs observateurs, les ambitions des édiles bruxellois pourraient être tuées dans l'£uf par un projet concurrent porté par le gouvernement flamand. Un projet, baptisé Uplace Machelen et qui entend créer un vaste complexe de loisirs de 190 000 mètres carrés, dont 55 000 de surfaces commerciales, à dix kilomètres de là, juste de l'autre côté de la frontière linguistique. Voilà plus de deux ans que Bruxellois et Flamands se livrent une concurrence acharnée pour créer chacun, au nord de la capitale, un vaste complexe commercial générateur d'emplois et de rentrées fiscales. Une véritable guerre aux relents communautaires, qui pourrait bien être gagnée par le plus rapide des deux adversaires, même si la partie semble loin d'être gagnée à l'heure actuelle. Il faut dire que le marché est prometteur. L'étude commanditée par le précédent gouvernement bruxellois avait ainsi révélé un potentiel de 1,2 million de clients annuels, en cas de création d'un grand complexe commercial au nord de l'agglomération. " A partir de cette étude, nous avons défini un schéma d'implantation commerciale, explique le ministre de l'Economie Benoît Cerexhe (CDH). Un schéma qui montrait qu'une telle implantation ne viendrait pas porter préjudice aux autres complexes commerciaux déjà existants dans la ville. Le gouvernement flamand a probablement fait la même étude que nous. "Que chaque Région cherche à pousser son projet, c'est un peu le jeu du fédéralisme. Mais ce que Benoît Cerexhe regrette, c'est l'absence de dialogue. " En mai 2009, Charles Picqué et moi-même avons envoyé un courrier à notre homologue Kris Peeters pour lui demander une concertation sur ce dossier. Nous n'avons jamais obtenu de réponse, ce que je regrette profondément. "Faute de concertation, les deux projets évoluent donc parallèlement, suivant des calendriers différents. Et à l'heure actuelle, c'est le projet Uplace à Machelen qui semble avoir une longueur d'avance puisqu'il vient d'obtenir le feu vert du Comité socio-économique pour la distribution. " Le shopping du Heysel a du plomb dans l'aile ", titraient d'ailleurs, dès le lendemain, nos confrères de L'Echo tout en rappelant qu'il n'y a pas de place pour deux projets similaires à un jet de pierre l'un de l'autre. Les promoteurs du projet Uplace tablent sur une ouverture pour la fin 2014, début 2015. Les travaux de réaménagement du plateau du Heysel ne devraient, eux, débuter qu'en 2013 ou 2014, selon le bourgmestre de Bruxelles Freddy Thielemans. Mais gagner une victoire n'est pas gagner la guerre. Car, pour Benoît Cerexhe, les investisseurs préféreront toujours s'implanter à Bruxelles plutôt qu'en Flandre, notamment pour l'atout du bilinguisme. "Ce que nous devons faire, c'est donner rapidement aux investisseurs le signal clair que nous avons toujours la volonté de poursuivre notre projet de création du shopping Heysel comme partie intégrante du projet Neo. La désignation d'un bureau d'urbanisme chargé de cette mission démontre bien notre volonté de poursuivre sur cette voie. " Du côté du secteur associatif, la plate-forme interrégionale pour une politique économique durable (où l'on retrouve notamment Inter-Environnement Bruxelles et le Bond Beter Leefmilieu) s'insurge contre cette partie de Monopoly géant qui se joue au détriment du bon sens et des habitants. "Ces projets de méga-infrastructures risquent d'ébranler l'activité économique existante et l'équilibre des quartiers environnants ", redoutent les associations membres de la plate-forme, qui regrettent elles aussi vivement l'absence de concertation entre les deux Régions sur ce dossier. " Chacun tient dur comme fer à son projet, et notamment les Bruxellois parce que le centre commercial permettra de financer le centre de congrès ", étaye Claire Scohier d'Inter-Environnement Bruxelles. " En l'état actuel des choses, on peut tout à fait imaginer avoir deux complexes commerciaux de grande envergure l'un à côté de l'autre dans les prochaines années. A moins qu'entre-temps une intelligence politique ne parvienne à s'emparer du dossier ! " En juin 2010, L'Echo révélait l'existence d'une étude selon laquelle la zone nord de la ville pourrait accueillir jusqu'à 300 000 mètres carrés de surface commerciale supplémentaire sans perturber le tissu commercial actuel. " Cette hypothèse n'est toutefois envisageable que si ces surfaces commerciales sont complémentaires ", précise l'étude citée par nos confrères. Or, si le projet Uplace se veut plus large qu'un simple espace commercial, Benoît Cerexhe n'est guère convaincu par son éventuelle " complémentarité " avec un grand espace shopping au Heysel. La partie de Monopoly est donc loin d'être gagnée. GRéGOIRE COMHAIREfaute de concertation, les deux projets évoluent parallèlement