Dans la nouvelle confrontation entre Israël et le Hamas palestinien après les épisodes de 2008-2009, de 2012 et de 2014, l'enchaînement précipité des violences, immédiatement de grande ampleur et sans gradation, a surpris. Certes, le renforcement du contrôle policier de l'accès des fidèles musulmans à l'Esplanade des mosquées à Jérusalem le jour de la dernière prière avant la fin du ramadan, le vendredi 7 mai, était de nature à échauffer les esprits. Certes, la énième démarche de l'extrême droite israélienne visant à déloger des habitants arabes du quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem-Est pour le judaïser progressivement (lire par ailleurs) renvoyait les Palestiniens à leur impuissance à s'opposer à la colonisation. Certes, le terreau de la révolte avait été alimenté pendant quatre ans par la célébration du duo triomphaliste Benjamin Nétanyahou - Donald Trump aux dépens des revendications des Palestiniens de voir Jérusalem sacrée un jour capitale d'un Etat dont le projet même semblait définitivement abandonné. Pouvait-on pour autant prévoir la confrontation qui allait se déchaîner sur Israël et sur la bande de Gaza?
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Dans la nouvelle confrontation entre Israël et le Hamas palestinien après les épisodes de 2008-2009, de 2012 et de 2014, l'enchaînement précipité des violences, immédiatement de grande ampleur et sans gradation, a surpris. Certes, le renforcement du contrôle policier de l'accès des fidèles musulmans à l'Esplanade des mosquées à Jérusalem le jour de la dernière prière avant la fin du ramadan, le vendredi 7 mai, était de nature à échauffer les esprits. Certes, la énième démarche de l'extrême droite israélienne visant à déloger des habitants arabes du quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem-Est pour le judaïser progressivement (lire par ailleurs) renvoyait les Palestiniens à leur impuissance à s'opposer à la colonisation. Certes, le terreau de la révolte avait été alimenté pendant quatre ans par la célébration du duo triomphaliste Benjamin Nétanyahou - Donald Trump aux dépens des revendications des Palestiniens de voir Jérusalem sacrée un jour capitale d'un Etat dont le projet même semblait définitivement abandonné. Pouvait-on pour autant prévoir la confrontation qui allait se déchaîner sur Israël et sur la bande de Gaza? Le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007, en porte la responsabilité. Le soir du 10 mai, le groupe islamiste lance des centaines de roquettes sur Israël dans une offensive aussi brutale qu'inédite (plus de 3 000 tirs en une semaine), provoquant une réplique de longue durée de l'armée israélienne et les pertes civiles que l'on enregistre depuis, quelque 200 morts côté palestinien dont plus de 50 enfants, 10 parmi les Israéliens parmi lesquels 2 enfants. Le contexte intrapalestinien peut expliquer cette fuite en avant. Le Mouvement de la résistance islamique est engagé dans une bataille pour le leadership palestinien avec le Fatah du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, au pouvoir en Cisjordanie. Le 29 avril, celui-ci a annoncé l'annulation des élections législatives qui auraient dû avoir lieu le 22 mai. Le refus d'Israël de permettre de les tenir à Jérusalem-Est est avancé pour justifier cette décision. Mais beaucoup y voient surtout la crainte des dirigeants du Fatah d'être supplantés par le Hamas... Les incidents de Jérusalem apparaissent alors comme une bonne occasion pour le groupe islamiste d'affirmer sa suprématie dans la défense des intérêts des Palestiniens, y compris ceux de Cisjordanie, où il est moins bien implanté. Sur ce contexte politique "propice" se greffe la situation personnelle du chef politique du Hamas à Gaza. Yahya Sinouar a été réélu il y a quelques semaines à son poste mais cette reconduction n'a pas empêché les critiques de l'aile dure du mouvement. Il est reproché à celui qui a été emprisonné pendant près de vingt ans dans des prisons israéliennes pour avoir assassiné des collaborateurs palestiniens de l'Etat hébreu la mollesse de sa stratégie à l'égard de l'armée israélienne, dont des haut gradés apprécieraient son pragmatisme. Frustration du rendez-vous électoral confisqué et réaffirmation du leadership du chef à Gaza ont donc pu motiver le Hamas à surenchérir dans la réaction à "l'humiliation" de Jérusalem. Face à la pluie de roquettes qui s'est abattue sur le sud d'Israël, sur Tel-Aviv, sur les abords des aéroports Ben Gourion et Ramon, à Eilat, et même près de Jérusalem, faisant dix morts en quelques jours seulement, il était acquis que la réplique du gouvernement israélien serait massive. Elle vise officiellement à réduire la capacité de nuisance du Hamas et donc à détruire la moindre infrastructure qui la soutient, dépôts d'armes, matériel militaire, tunnels de contrebande, bureaux... Les autorités israéliennes affirment chercher à réduire au maximum les risques de dommages collatéraux. Mais on peut émettre quelques doutes sur la prégnance de cette intention, même si les combattants islamistes palestiniens n'hésitent pas de leur côté à se fondre dans le tissu urbain et accroissent de facto le risque de bavures. La mort de la famille Al-Tanani, deux parents et quatre enfants, le 13 mai près de Beit Hanoun au nord de la bande de Gaza, celle de deux mères et huit enfants de la famille Hatab le 15 mai dans le camp de réfugiés Al-Shati ou celle encore d'une quarantaine de civils dans la nuit du 15 au 16 mai dans la rue Wehda à Gaza City sont difficilement explicables à ce stade en vertu des lignes de conduite officielles israéliennes. La question se pose également à propos de la destruction quasi systématique de tours de logements ou de bureaux, dont celle qui abritait la chaîne de télé Al-Jazeera et l'agence de presse américaine AP. "Les principes de distinction (entre civils et combattants) et de proportionnalité (de l'avantage militaire escompté et des risques encourus par les civils), que le droit international impose, s'écroulent face à de tels bombardements", a commenté au Monde Hagai El-Ad, le directeur de l'organisation israélienne de défense des droits humains Betselem. "Comment Israël peut-il expliquer que les frapper (les hauts immeubles) constitue une attaque proportionnée, parce qu'il y a supposément des bureaux d'un groupe militant dans ces bâtiments? Il faut se demander si la véritable intention de tels assauts n'est pas de brutaliser la population civile." Ce questionnement moral a pourtant peu de chances de modifier l'orientation de l'opinion de la population israélienne, ébranlée par l'état de guerre dans lequel la replongent les attaques du Hamas. Cette situation conforte le Premier ministre Benjamin Nétanyahou, fragilisé jusqu'à récemment par les poursuites judiciaires pour corruption à son encontre et par son incapacité à former un gouvernement de droite après les législatives du 23 mars que son parti le Likoud avait pourtant remportées. Les lendemains de confrontation risquent cependant de se révéler amers pour celui qui est au pouvoir sans discontinuer depuis douze ans. La crise actuelle a mis en évidence une très inquiétante rupture de la cohabitation froide avec une partie des Arabes israéliens (quelque 20% de la population). Et la régularité des offensives du Hamas palestinien contre son pouvoir devrait à terme questionner la pertinence de sa politique.