Pour la troisième fois, le Conseil d'Etat a annulé, par un arrêt du 28 juin, le dispositif qui permet à l'administration wallonne d'octroyer à une série de fonctionnaires universitaires un régime salarial particulier. Il s'agit principalement d'ingénieurs civils et d'informaticiens, mais aussi de médecins, de vétérinaires, de pharmaciens, d'agronomes, de géologues, ou de docteurs en sciences. Au total, 722 personnes (506 statutaires et 216 contractuels) sont concernées.
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Pour la troisième fois, le Conseil d'Etat a annulé, par un arrêt du 28 juin, le dispositif qui permet à l'administration wallonne d'octroyer à une série de fonctionnaires universitaires un régime salarial particulier. Il s'agit principalement d'ingénieurs civils et d'informaticiens, mais aussi de médecins, de vétérinaires, de pharmaciens, d'agronomes, de géologues, ou de docteurs en sciences. Au total, 722 personnes (506 statutaires et 216 contractuels) sont concernées. Un ingénieur civil gagne ainsi chaque mois environ 300 euros net de plus qu'un ingénieur industriel. L'ingénieur civil ne perdra pas cette somme, car le salaire, dans la fonction publique, ne peut pas être diminué. Mais cette différence sera annulée en cas de promotion. Exemple : après quinze ans d'ancienneté, les fonctionnaires de niveau 1 passent automatiquement dans une autre catégo-rie et leur salaire est valorisé d'environ 7 000 euros brut/an. Les ingénieurs, informaticiens, médecins, etc., passeront bien dans la catégorie supérieure, mais perdront dès ce moment leur supplément de salaire et seront alignés sur les autres fonctionnaires. La mesure a déjà été appliquée depuis le mois de juillet, y compris pour les recrutements : les nouveaux engagés ne bénéficient pas de l'échelle spéciale de traitement. Ce supplément de salaire est historiquement justifié par la difficulté de recruter des fonctionnaires hautement qualifiés dans l'administration quand ces métiers sont nettement mieux payés ailleurs, dans le privé notamment, mais aussi dans certaines communes importantes, dans des intercommunales, à la SNCB et même dans d'autres administrations comme celles de Bruxelles-Capitale ou de la Région flamande. Aujourd'hui encore, les métiers d'ingénieur civil ou de programmeur en informatique sont inscrits sur la liste des dix métiers en pénurie et des dix métiers les plus recherchés (selon Références-Vacature de juin 2010). La crainte est donc fondée de voir ces fonctionnaires expérimentés partir vers des horizons plus prometteurs et l'administration éprouver de plus en plus de difficultés à recruter pour certaines fonctions essentielles. L'UPIMET (Union professionnelle des ingénieurs du SPW) ne manque d'ailleurs pas de faire valoir que c'est la continuité même du service public qui est menacée au moment où la Wallonie s'engage dans de gros chantiers : réfection du réseau routier, écluse de Lanaye à la frontière hollandaise, canal Seine-Nord en Hainaut occidental... On comprend pourquoi le ministre des Travaux publics Benoît Lutgen (CDH) dit soutenir ses ingénieurs... Le ministre de la Fonction publique, Jean-Marc Nollet (Ecolo), dit comprendre l'émoi que la remise en question des barèmes provoque auprès de personnes qui ont pu faire le choix de la fonction publique en raison de ceux-ci. Selon lui, il faut remettre à plat tout le système, a-t-il répondu à une question de Willy Borsus, chef de groupe MR au parlement wallon. Le député précisait d'ailleurs que l'arrêt du Conseil d'Etat ne disait pas que les échelles spéciales de traitement étaient discriminatoires, mais que c'était la manière dont elles étaient justifiées qui n'était pas correcte. " L'objectif n'est pas le conflit ", estime pour sa part Luc Mélotte, directeur général du personnel du SPW, qui dit comprendre la position des fonctionnaires mécontents et qui espère " une solution élégante ". Du côté des ingénieurs, on redoute que le travail soit externalisé, confié à des sous-traitants et que l'administration ne soit plus là que pour la paperasseà Et on menace. Les ingénieurs du SPW pourraient désormais, disent-ils, appliquer scrupuleusement le règlement, qui stipule, par exemple, que l'autoroute, pour des raisons de sécurité, doit être fermée en cas d'inspection.. MICHEL DELWICHE