A la suite des élections législatives grand-ducales, on aurait pu supposer que les pourparlers entre chrétiens-sociaux (CSV) et socialistes (LSAP), qui se sont partagé le pouvoir pendant cinq ans, soient bouclés en un rien de temps. Il n'en a rien été : il a fallu patienter six semaines avant que le nouvel accord de coalition soit signé et la répartition des portefeuilles, approuvée. Au départ, la situation semblait pourtant claire : avec 26 sièges sur 60 à la Chambre des députés, les chrétiens-sociaux comptent deux fois plus de représentants que les socialistes et sont en position de force pour dicter le ton au sein de la coalition. La crise économique a toutefois brouillé les prévisions pour les c...

A la suite des élections législatives grand-ducales, on aurait pu supposer que les pourparlers entre chrétiens-sociaux (CSV) et socialistes (LSAP), qui se sont partagé le pouvoir pendant cinq ans, soient bouclés en un rien de temps. Il n'en a rien été : il a fallu patienter six semaines avant que le nouvel accord de coalition soit signé et la répartition des portefeuilles, approuvée. Au départ, la situation semblait pourtant claire : avec 26 sièges sur 60 à la Chambre des députés, les chrétiens-sociaux comptent deux fois plus de représentants que les socialistes et sont en position de force pour dicter le ton au sein de la coalition. La crise économique a toutefois brouillé les prévisions pour les cinq ans à venir, sans oublier les rivalités internes : au CSV, il a fallu canaliser les ambitions nées de la victoire confortable du 7 juin, tandis qu'au LSAP il ne fallait pas apparaître, aux yeux de l'opinion publique, comme le simple valet du puissant partenaire de coalition. Le formateur, Jean-Claude Juncker (CSV), a obtenu en fin de compte un savant dosage, avec un gouvernement comptant au total quinze ministres, dont neuf chrétiens-sociaux et six socialistes. Le CSV cède à son partenaire le Travail et l'Emploi, dont le socialiste Nicolas Schmit, ancien diplomate qui fut notamment en poste auprès de l'UE à Bruxelles, assumera la difficile charge en temps de crise. Transfert identique pour l'Agriculture, qui était fermement ancrée chez les chrétiens-sociaux depuis la Seconde Guerre mondiale et dont hérite un nouveau venu chez les socialistes : Romain Schneider, son actuel secrétaire général. Dans le même temps, le CSV récupère les Transports et l'Environnement, placés sous la responsabilité de l'étoile montante du parti, Claude Wiseler, qui récupère aussi les Travaux publics et l'Aménagement du territoire dans le cadre d'un superministère du Développement durable. Dans les pays voisins - notamment en Wallonie -, on notera avec intérêt la création du ministère de la Grande Région, attribué à Claude Halsdorf (CSV), qui devient en outre ministre de l'Intérieur et de la Défense. Le Grand-Duché vient d'achever avec succès sa présidence de dix-huit mois à la tête de la Grande Région ; l'existence d'un tel ministère constitue dès lors un signal fort à l'intention de ses partenaires régionaux. Un autre changement qui devrait beaucoup intéresser la Belgique est la nouvelle répartition des charges entre le chef du gouvernement et son dauphin, Luc Frieden : ce dernier se voit confier les Finances et garde le Budget dans ses attributions. Quant à Jean-Claude Juncker, il demeure Premier ministre et prend sous ses ailes le Trésor, histoire de rester aux commandes de l'Eurogroupe jusqu'à la fin de son mandat. Les deux hommes seront par conséquent en première ligne lorsqu'il s'agira de défendre la place financière et de traiter des questions fiscales. Trois nouvelles têtes entrent au gouvernement : outre le socialiste Romain Schneider, les chrétiens-sociaux ont décidé de confier à Marco Schank le Logement et à Françoise Hetto-Gaasch les Classes moyennes, le Tourisme et l'Egalité des chances. Cette dernière nomination constitue une surprise, l'ancienne animatrice de RTL étant encore une novice en politique, même si elle a réalisé un excellent score aux élections. C'est la preuve que le CSV réussit à se renouveler au moment où le doyen, Fernand Boden, quitte le gouvernement après y avoir passé trente ans : un record dans une démocratie parlementaire qu'il sera difficile à battre. Laurent Moyse