Il y a quelque chose d'anormal dans ce pays. Vous recevez un appel téléphonique du chef de cabinet du roi, vous vous rendez au palais royal et vous en ressortez formateur. Je suis revenu dans mon bureau en me demandant comment j'allais entamer cette mission. Voilà, littéralement, comment cela se passe. " Il n'avait aucune envie de fanfaronner, Yves Leterme (CD&V), durant cet été 2007. " Monsieur 800 000 voix ", le grand vainqueur du scrutin fédéral de juin, n'éprouve qu'une immense solitude, à la veille de relever ce qui se révélera un impossible défi : mettre sur pied un gouvernement fédéral.
...

Il y a quelque chose d'anormal dans ce pays. Vous recevez un appel téléphonique du chef de cabinet du roi, vous vous rendez au palais royal et vous en ressortez formateur. Je suis revenu dans mon bureau en me demandant comment j'allais entamer cette mission. Voilà, littéralement, comment cela se passe. " Il n'avait aucune envie de fanfaronner, Yves Leterme (CD&V), durant cet été 2007. " Monsieur 800 000 voix ", le grand vainqueur du scrutin fédéral de juin, n'éprouve qu'une immense solitude, à la veille de relever ce qui se révélera un impossible défi : mettre sur pied un gouvernement fédéral. Ce n'est pas pour s'apitoyer sur son sort que les députés entendent Leterme conter sa douloureuse expérience, en ce jour de janvier 2008. Ecolo lui demande des comptes sur ses actes d'ancien négociateur en chef. Jean-Marc Nollet est à l'attaque. Sur le tapis : 80 000 euros déboursés pour financer deux études sur la prolongation du nucléaire, commandées dans le privé lors des négociations gouvernementales de l'orange bleue. Le député Ecolo met le doigt sur la faille : " Il n'est pas normal ou acceptable que des négociateurs utilisent de l'argent public comme s'ils avaient déjà été nommés ministres et alors qu'ils n'ont encore reçu aucune confiance de la part des députés de la Chambre. Vous vous permettez des gestes en marge de la légalité. " Bien embêté pour répondre, celui qui est alors devenu ministre du Budget sous l'intérimaire Verhofstadt, justifie comme il peut la régularisation de la dépense dans le budget de l'Etat. C'est que la chose n'allait pas de soi : Freya Van den Bossche (SP.A), son prédécesseur au Budget en affaires courantes, a calé pour couvrir la somme, tout comme l'Inspection des Finances. Leterme plaide les circonstances atténuantes : " Le roi m'avait dit que je pouvais faire appel à tous les moyens disponibles pour former un gouvernement. En réalité, j'ai dû tout régler moi-même. " Et comme il est sage de tirer les leçons de toute situation bancale, l'homme propose : " J'ai l'intention, en concertation avec certains de mes collègues, de proposer très rapidement, via un arrêté royal, un statut pour un formateur ou un informateur concernant les moyens matériels dont il peut disposer pour travailler. " Pas bête, l'idée. Paroles en l'air. L'actuel Premier démissionnaire préfère d'ailleurs ne plus revenir sur le sujet. Le v£u de Leterme est resté pieux. Informateur, préformateur, clarificateur, conciliateur : tout ce petit monde s'active depuis des semaines dans le flou le plus total. Sans balises quant à la manière dont ils peuvent matériellement mener leur mission. Un droit ne se discute pas : celui de recourir aux services de l'Etat. Que la Banque nationale et le Bureau du Plan planchent sur le sujet, rien à redire. Pour le reste, c'est la débrouille : des experts qui ne comptent pas leurs heures pour cogiter bénévolement à la demande des partis, des cabinets ministériels en affaires courantes mobilisés par les négociateurs, des locaux mis à disposition par le Parlement. Lors de la crise de 2007, la chancellerie du Premier ministre avait tout de même payé une note, en allongeant 134 316 euros pour financer la formation du gouvernement fédéral. La mésaventure d'Yves Leterme avait pourtant donné des idées à certains. " L'orthodoxie budgétaire serait parfaitement respectée si un budget était prévu pour la formation d'un gouvernement ", selon le député MR François-Xavier de Donnea. Constituer une provision gouvernementale à liquider en cas de crise politique : au train où vont les choses, ce ne serait plus un luxe superflu. PIERRE HAVAUXtout ce petit monde s'active dans le floule plus total