Anne-Marie Lizin, sénatrice et bourg-mestre de Huy, fonce au culot. " Madame Sans Gêne " joue les matamores jusqu'au bout. Dans sa forteresse hutoise, l'allié MR tourne-t-il les talons en réclamant brutalement sa tête ? Lizin s'en moque. " Une démission ? Jamais ! " Figure populaire et solitaire du PS, l'ancienne présidente du Sénat mord encore. Elle a annoncé qu'elle assignerait en justice le député libéral Hervé Jamar, coupable à ses yeux d'avoir transmis à la justice un courrier anonyme qui contenait des " extraits compromettants " de cartes Visa. Lizin et son clan ont déjà intimidé et traduit en justice deux journalistes et les fers de lance de l'opposition, qui demandaient la clarté sur les comptes publics. " Je veux des élections anticipées afin que la population me re...

Anne-Marie Lizin, sénatrice et bourg-mestre de Huy, fonce au culot. " Madame Sans Gêne " joue les matamores jusqu'au bout. Dans sa forteresse hutoise, l'allié MR tourne-t-il les talons en réclamant brutalement sa tête ? Lizin s'en moque. " Une démission ? Jamais ! " Figure populaire et solitaire du PS, l'ancienne présidente du Sénat mord encore. Elle a annoncé qu'elle assignerait en justice le député libéral Hervé Jamar, coupable à ses yeux d'avoir transmis à la justice un courrier anonyme qui contenait des " extraits compromettants " de cartes Visa. Lizin et son clan ont déjà intimidé et traduit en justice deux journalistes et les fers de lance de l'opposition, qui demandaient la clarté sur les comptes publics. " Je veux des élections anticipées afin que la population me rende la majorité absolue ", tranche la bourgmestre, sans rire. Oubliant qu'autour d'elle un vide abyssal s'est formé. Jusqu'au vendredi 21 novembre, le MR de Huy marchait encore sur les traces de Lizin, malgré les casseroles. Des cadors libéraux de Hannut, Herve ou Liège alignaient les cartons jaunes, tandis que les affables échevins hutois gardaient le sourire (et quelques zestes de pouvoir) auprès de la bourgmestre malmenée. Le MR acceptait de petites compromissions, certes : n'est-ce pas Jean-François Hazette, vice-président MR du Centre hospitalier de Huy, qui a minimisé depuis le début les prétendues malversations au sein de cette intercommunale publique, où une enquête judiciaire est ouverte ? Avant que le MR ne sombre dans la schizophrénie, le président Didier Reynders a sifflé la fin de la partie. La première échevine Isabelle Lissens a été priée de brandir le carton rouge à Lizin. Tandis qu'Hervé Jamar, fidèle lieutenant de Reynders, demandera, la semaine prochaine, au ministre wallon des Affaires intérieures, le socialiste Philippe Courard, de sanctionner Anne-Marie Lizin pour " inconduite notoire " : l'usage prétendument abusif d'une carte bancaire de l'hôpital et le refus d'obtempérer aux ordres ministériels. Courard exige, en effet, que Lizin favorise l'accès aux relevés bancaires de ce centre hospitalier, bouclé à double tour par son dernier carré. A la tête d'une coalition cliniquement morte, Lizin n'est plus maître de ses propres troupes. Dans l'arrondissement de Huy-Waremme, des personnalités socialistes proches de la présidence, tels le ministre Marc Tarabella, le patron de fédération Serge Manzato ou le bourgmestre de Marchin Eric Lomba, n'attendent qu'un geste de la hiérarchie pour actionner le couperet. Le président Elio Di Rupo, lui-même, montre son irritation en déclarant publiquement, le lundi 24 novembre, que " s'il y avait la moindre irrégularité, je serais le premier à sanctionner durement ". Comme s'il en brûlait d'envie... A Huy, deux échevines et deux conseillers socialistes sont entrés en dissidence depuis belle lurette, représentant un danger potentiel. Ces anciens proches de la bourgmestre peuvent témoigner de l'embarras causé lors du déclenchement des affaires de Charleroi - " il faut absolument supprimer les cartes de l'hôpital ", aurait-on décidé lors d'une réunion interne -, puis lors des perquisitions menées au c£ur de l'institution hospitalière - " pourvu qu'ils ne tombent pas sur les cartes... ", soufflait à l'époque l'une des personnes visées. Ces cartes sentent le soufre. Qui en avait l'usage ? Ont-elles donné lieu à des dépenses abusives ? Seuls des bouts de vérité sont apportés. Face à la presse, en mai dernier, le cartel d'opposition " Ensemble " (CDH, Ecolo et indépendants) déclarait que ces dépenses de représentation auraient fortement baissé depuis que la bourgmestre Lizin n'occupe plus la présidence de l'hôpital. Lizin, elle, estime que tout est justifiable. Par des missions de " coopération internationale " qui, de 1998 à 2002, l'ont amenée au Kosovo, au Rwanda, au Burundi ou au Japon, a-t-elle déclaré à l'agence Belga. Philippe Engels