Ce n'est pas encore fichu, mais c'est bien parti. En tout cas, les élus du peuple français n'y croient plus. Ils l'ont acté noir sur blanc, ils l'ont clamé au sein de leur Assemblée nationale : la Belgique est une affaire en voie d'extinction. La question n'est plus de savoir si elle survivra, mais quand et comment elle disparaîtra.
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Ce n'est pas encore fichu, mais c'est bien parti. En tout cas, les élus du peuple français n'y croient plus. Ils l'ont acté noir sur blanc, ils l'ont clamé au sein de leur Assemblée nationale : la Belgique est une affaire en voie d'extinction. La question n'est plus de savoir si elle survivra, mais quand et comment elle disparaîtra. La République se fait du souci pour son petit voisin du nord à la santé chancelante. Au point d'avoir envoyé deux de ses représentants en immersion dans le poto-poto belge. En pleine crise politico-communautaire, Robert Lecou (UMP - Hérault) et Jean-Pierre Kucheida (PS - Pas-de-Calais) sont allés remuer le linge sale que francophones et Flamands étaient occupés à laver en famille. Deux déplacements à Bruxelles et les confessions d'une quarantaine d'interlocuteurs (personnalités politiques actives ou à la retraite, politologues, hommes d'affaires, journalistes, diplomates, francophones et flamands) ont forgé l'intime conviction des deux missi dominici dépêchés par Paris : les jours de la Belgique, telle qu'elle survit aujourd'hui, sont comptés. Déroulé sur une centaine de pages, " un panorama assez sombre " [sic] de la situation belge. Le pouls qui a été pris du pays est faible. C'est celui d'un Etat au bout du rouleau, qui a épuisé ses dernières cartouches pour maintenir le " brol ". " Le processus d'éloignement n'est probablement pas arrivé à son terme ", acte sobrement dans son rapport la mission parlementaire d'information. Qui avoue ignorer toujours à quelle sauce le lion Flamand compte dévorer la Belgique : " Une interrogation subsiste sur le projet politique final des forces flamandes. " La conclusion qui s'impose reste un modèle de prudence diplomatique. Mais une formule sonne le glas : " Nul ne saurait prétendre ranimer une "âme belge " qui n'apparaît plus que par éclipses. " Quelle résurrection, après la phase terminale ? Motus sur un plan B français. Le moment pour la République n'est pas venu de se déboutonner en public, de coucher sur le papier ses états d'âme et ses intentions envers les Wallons ou les Bruxellois, le jour où... C'est aussi une question de lucidité : " Nos interlocuteurs wallons n'ont pas exprimé le souhait de rejoindre la France ", constate le co-rapporteur Kucheida. Les écrits restent, les paroles volent. En commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, les langues se sont brièvement déliées. Et les oreilles des Flamands ont sifflé. Egoïstes, oublieux que " la prospérité passée de la Wallonie a été bénéfique pour la Flandre ". Et puis surtout, jamais contents : " Ils ne pourront être satisfaits que si le cordon belge est coupé ou, tout au moins, largement distendu ", s'est lâché Jean-Pierre Kucheida. Mais le député n'ose s'avancer sur le moment du retrait de la prise : la Belgique, " ça va durer ce que ça va durer... " Wait and see. En attendant : pauvres francophones de Flandre, victimes de " comportements parfois inacceptables, proches de l'exaction ", dixit Kucheida. Le ton est monté en séance. Peu aimable pour les nordistes de Belgique. " Fasciste ", la Flandre et ses méthodes en matière de langue. " Fasciste ", une frange de la N-VA de Bart De Wever : l'anathème a jailli de la bouche des parlementaires français les plus en verve sur la question belge. A Paris, on franchit plus vite les frontières qu'en Belgique. Le rapport parlementaire est consultable sur le site de l'Alliance Wallonie-France. PIERRE HAVAUXLa Belgique ? " Ça va durer ce que ça va durer... "