Des hôpitaux vétustes qui n'ont pas les moyens de se rénover, des départements plombés par la dette, des mairies au bord de l'asphyxie... Depuis la déconfiture, à l'automne dernier, de la banque Dexia, qui alimentait 40 % du marché français des prêts aux collectivités locales, leurs responsables sont de plus en plus nombreux à tirer la sonnette d'alarme. L'enjeu est de taille : comme ces institutions représentent 70 % de l'investissement public et 3 % de la richesse nationale, ce sont la croissance et l'emploi qui sont menacés dans l'Hexagone. Au-delà, le dossier a tout d'une grenade dégoupillée pour le nouveau gouvernement socialiste. Une solution doit être trouvée d'urgence.
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Des hôpitaux vétustes qui n'ont pas les moyens de se rénover, des départements plombés par la dette, des mairies au bord de l'asphyxie... Depuis la déconfiture, à l'automne dernier, de la banque Dexia, qui alimentait 40 % du marché français des prêts aux collectivités locales, leurs responsables sont de plus en plus nombreux à tirer la sonnette d'alarme. L'enjeu est de taille : comme ces institutions représentent 70 % de l'investissement public et 3 % de la richesse nationale, ce sont la croissance et l'emploi qui sont menacés dans l'Hexagone. Au-delà, le dossier a tout d'une grenade dégoupillée pour le nouveau gouvernement socialiste. Une solution doit être trouvée d'urgence. Le chantier, en fait, traîne en longueur depuis des mois. Sa résolution a été retardée par l'élection présidentielle, les bisbilles entre les Etats belge et français - et entre ces derniers et la Commission européenne. " Depuis le retrait de Dexia, personne n'a véritablement repris le flambeau ", constate le consultant Michel Klopfer. Une situation d'autant plus délicate que les autres grandes banques françaises, confrontées à l'obligation de renforcer leurs fonds propres, se montrent également moins allantes. Selon une étude de la banque franco-belgo-luxembourgeoise, il manquerait aux collectivités 6 milliards d'euros pour boucler l'année 2012, et 12,6 milliards pour arriver au bout de 2013. A la Caisse des dépôts (CDC), qui avait pourtant mis en place des lignes de crédit exceptionnelles de 5 milliards pour 2011 et 2012, on constate que la demande demeure cinq fois supérieure au montant que l'institution peut allouer. " La situation est difficile pour beaucoup de municipalités, constate Philippe Laurent, président de la commission des finances de l'Association des maires de France. Mais c'est surtout à la fin de l'année que l'on mesurera l'étendue des dégâts. " Certaines villes, parfois déjà plombées par le remboursement de prêts toxiques, et dont les taux d'intérêt ont explosé, peinent particulièrement à sortir la tête de l'eau. Des exemples ? Faute de crédit bancaire, la commune de Marseille a été contrainte au printemps dernier de se tourner vers les marchés, via un emprunt obligataire de 150 millions d'euros, pour continuer à se financer. La région Aquitaine, de son côté, chercherait - jusqu'à présent sans succès - à emprunter 400 millions d'euros pour la construction d'un réseau de trains. Après la chute de Dexia, un plan avait pourtant été imaginé par l'Etat français, tenu à la fois d'éviter l'effondrement total de la banque, qui constitue une bombe à retardement pour tout le système financier, et de permettre la poursuite du financement des collectivités locales. Le tout avec l'aval des trois Etats concernés, dont la Belgique. Le schéma adopté prévoyait la reprise du portefeuille de Dexia (France) par l'Etat français, la CDC et la Banque postale, tandis qu'une nouvelle banque des collectivités locales devait voir le jour, sous l'égide, cette fois, des deux derniers. Las ! le montage finalement retenu a fait tiquer la Commission européenne. Au-delà des erreurs du passé, celle-ci pointe surtout un plan en contravention avec ses règles en matière d'aide d'Etat : " La Commission estime que l'on ne peut accorder des garanties étatiques prévues par le plan qu'à des entités où seraient cantonnés des actifs toxiques (" bad bank "). Et non pas à un ensemble mélangeant des éléments à restructurer et d'autres à gérer en extinction. "Le chemin à parcourir, avant de dénouer ce dossier, sera donc encore semé d'embûches. D'autant que l'accord de la Commission n'est qu'un préalable : il faudra aussi que la France et la Belgique se mettent d'accord. Ce qui n'est déjà pas le cas sur le duo qui succédera à Pierre Mariani (administrateur délégué) et Jean-Luc Dehaene (président du conseil). Le premier partira finalement sans parachute doré. S'il est entendu que Karel De Boeck occupera le siège de ce dernier, provisoirement, à partir du 1er juillet et jusqu'au début du mois d'août, avant de prendre la direction opérationnelle du groupe, le nom du futur président (français) n'est pas encore arrêté. Pour le nouveau gouvernement français, la capacité de résoudre ce casse-tête fera figure de test grandeur nature de son aptitude à se mouvoir avec souplesse dans les méandres de la crise. Tandis que les discussions se poursuivent entre Paris et la Commission européenne, 70 grandes collectivités locales françaises ont décidé de prendre leur destin en main : elles projettent de lancer sur les marchés une émission obligataire commune de plus de 1 milliard d'euros. En urgence, la Banque postale vient aussi d'annoncer qu'elle mettait sur la table 2 milliards de prêts, à la disposition des collectivités, pour répondre à leurs besoins de liquidités à court terme. De quoi colmater quelques brèches. Mais guère plus. BENJAMIN MASSES-TAMBERGER ET L.V.R.L'effondrement de Dexia constitue une bombe à retardement pour tout le système financier