La transition au pouvoir a cette fois bel et bien commencé. Les services généraux de l'administration américaine ont, pour la première fois, reconnu, le lundi 23 novembre, la victoire de Joe Biden en qualité de "président élu", permettant à la transition de prendre formellement cours. Si l'annonce a été confirmée - donc avalisée - par Donald Trump, ce qui constitue une surprise de taille, ce dernier s'est encore refusé à reconnaître formellement sa défaite aux élections du 3 novembre, espérant toujours que sa position l'emporte in fine. Celle-ci est pourtant devenue intenable après un épuisement progressif de ses recours en justice. La majorité de ceux-ci ont été jugés totalement infondés par les juridictions locales, comme ce fut le cas en Pennsylvanie ou en Arizona.
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La transition au pouvoir a cette fois bel et bien commencé. Les services généraux de l'administration américaine ont, pour la première fois, reconnu, le lundi 23 novembre, la victoire de Joe Biden en qualité de "président élu", permettant à la transition de prendre formellement cours. Si l'annonce a été confirmée - donc avalisée - par Donald Trump, ce qui constitue une surprise de taille, ce dernier s'est encore refusé à reconnaître formellement sa défaite aux élections du 3 novembre, espérant toujours que sa position l'emporte in fine. Celle-ci est pourtant devenue intenable après un épuisement progressif de ses recours en justice. La majorité de ceux-ci ont été jugés totalement infondés par les juridictions locales, comme ce fut le cas en Pennsylvanie ou en Arizona. Le recomptage exigé par les équipes de Donald Trump en Géorgie et dans le Michigan a par ailleurs confirmé la victoire du candidat démocrate dans ces deux Etats, ce qui a forcé Emily Murphy, la cheffe des services généraux de l'administration, une fonction réputée neutre, à prendre officiellement position et à permettre le déblocage de fonds fédéraux pour l'équipe de transition et la communication de toutes les informations utiles au bon déroulement d'une transition pacifique et dans les formes. La paralysie des dossiers de la sécurité nationale et du combat contre la pandémie de coronavirus inquiétait le plus les observateurs et l'équipe de transition de Joe Biden. Au cours des trois derniers jours ayant précédé l'annonce des services généraux, un nombre croissant de représentants républicains au sein du monde des affaires, de la classe politique et jusque dans sa garde rapprochée avait exhorté Donald Trump à prendre acte de ses revers juridiques et à autoriser une transition apaisée. Il aurait finalement souscrit à cette option après que des membres de son entourage lui ont garanti qu'il ne serait pas forcé de concéder officiellement sa défaite... Après avoir choisi Ron Klain comme chef de cabinet, le président élu Biden a nommé une petite dizaine de membres de son gouvernement. Passé une proximité évidente avec l'ancien vice- président de Barack Obama, le maître mot de ce casting est une diversité en matière de sexe et d'origine ethnique, une rupture nette avec les équipes du président Trump, toujours largement dominées par des individus mâles de peau blanche, à l'exception notable de... ses équipes de communication, en général calquées sur le modèle des présentatrices de Fox News. De ces nominations, on retiendra en priorité quelques noms. Celui d'Antony Blinken, nommé par Joe Biden en qualité de secrétaire d'Etat, soit le poste le plus influent et le plus proche du président pour les affaires internationales. Après un mandat de Donald Trump marqué par une incessante guerre commerciale avec la Chine et par un détricotage quasi systématique des alliances multilatérales, Antony Blinken, 58 ans, ancien conseiller à la sécurité nationale lorsque Joe Biden était vice-président, aura la lourde tâche de restaurer la confiance avec les alliés historiques de Washington, que ce soit sur les dossiers chinois, iranien, ou encore israélo-palestinien. Le futur président a par ailleurs également choisi Jake Sullivan, 43 ans, juriste de formation, ancien proche conseiller de Hillary Clinton, en qualité de conseiller à la sécurité nationale. Dans le même périmètre, Joe Biden a nommé l'ancien candidat à la présidentielle John Kerry, défait par George Bush fils en 2004, comme expert sur le climat. Il devra opérer le retour des Etats-Unis dans l'Accord de Paris sur le climat, une des priorités, après la gestion de la crise du coronavirus, du nouveau gouvernement. John Kerry fera à la fois partie du cabinet de Joe Biden et du Conseil à la sécurité nationale, une preuve de l'importance du dossier climatique pour le futur président. Comme il l'avait promis durant sa campagne, Joe Biden consacre dans son équipe le choix d'une diversité de genres. C'est Avril Haines, une ex-proche collaboratrice et une ancienne agente de la CIA, qui a été sélectionnée pour prendre la tête du renseignement national. Elle n'est pas la seule femme à faire partie de la nouvelle équipe gouvernementale. Ainsi, pour le poste d'ambassadeur des Etats-Unis aux Nations unies, c'est une femme de couleur qui a été désignée en la personne de Linda Thomas-Greenfield. Cette diplomate de carrière a connu diverses expériences à l'étranger et dispose également d'une connaissance pointue de la question des migrants et des réfugiés. C'est également dans ce domaine que s'est constitué une expérience professionnelle de pointe le nouveau secrétaire à la Sécurité intérieure, Alejandro Mayorkas, fils d'immigrants d'origine cubaine et premier Hispanique à occuper ce poste. Il a en effet dirigé les services fédéraux de l'immigration de 2009 à 2013. Enfin, autre personnalité féminine, et non des moindres, à intégrer le futur gouvernement: Janet Yellen, 74 ans, ancienne cheffe de la Réserve fédérale et économiste keynésienne, occupera le poste de secrétaire au Trésor. Elle laisse de sa présidence de la Réserve fédérale américaine entre 2014 et 2018 le souvenir d'une partisane d'une politique monétaire accommodante. Si le gouvernement et l'équipe rapprochée de Joe Biden reflètent clairement une politique volontariste en matière de climat, de relations internationales et de finances, ils consacrent aussi le retour d'une classe politique centriste, issue du sérail, et rompue aux vicissitudes de l'atmosphère parfois pesante régnant à la Maison-Blanche et au Congrès (lire page 68 la critique du livre de Barack Obama). Le pari de l'expérience ou le risque de la suffisance?