Il paraît que les gens en ont marre des partis. Ce sera donc un mouvement. Né dimanche dernier, le 24 mars, le Mouvement réformateur (MR) a officiellement enterré la fédération PRL-FDF-MCC. Place, désormais, à un grand rassemblement "centriste".
...

Il paraît que les gens en ont marre des partis. Ce sera donc un mouvement. Né dimanche dernier, le 24 mars, le Mouvement réformateur (MR) a officiellement enterré la fédération PRL-FDF-MCC. Place, désormais, à un grand rassemblement "centriste".Que la vieille garde se rassure : à ceux qui déplorent la disparition de l'appellation "libérale", Louis Michel, promu "chef de file gouvernemental", garantit que "le combat pour l'essentiel n'a pas changé". Que les timorés ne s'inquiètent pas : le président Daniel Ducarme promet "le respect des convictions de chacun". Que les francophones de la périphérie dorment à l'aise : Olivier Maingain (FDF) veille au grain. Et que les chrétiens hésitants n'hésitent plus : Gérard Deprez (MCC) leur propose de rejoindre "les forces réformatrices du centre". Libéraux, francophones, chrétiens, centristes, réformateurs, et on en passe : dans sa chasse à l'électeur, le MR abandonne le rateau édenté au profit de l'aspirateur survolté : en avant toutes ! Et le programme ? Ah oui, le programme... On en reparlera cet été. Mais la voie est déjà tracée : ce sera celle du "libéralisme public" (!). Un concept chèvre-choutiste qui annonce l'équilibrisme auquel se condamne dès à présent le MR, du moins s'il veut satisfaire toutes ses composantes. Ce soudain oecuménisme ne doit pas tromper : il est purement stratégique, comme Isabelle Philippon et Philippe Engels l'ont analysé la semaine dernière dans ces pages. Conscients de leur succès très relatif aux dernières élections, les libéraux ont besoin d'alliés pour réaliser leur ambition avouée : devenir le premier parti (pardon, mouvement) francophone. Surtout en Wallonie, où un bleu trop voyant a toujours suscité de tenaces allergies. Pour rafler des voix au parti socialiste et, surtout aux Ecolos et au PSC, mieux vaut dès lors adopter un langage plus polissé, un centrisme sans aspérités, capable de séduire les uns, les autres et les distraits. Ne sont-ils d'ailleurs pas de plus en plus nombreux à trouver que, finalement, "ils tiennent tous le même langage..." ?Or c'est bien là que le bât blesse. Si la stratégie du MR est électoralement logique, elle n'en soulève pas moins une question de fond : pour glaner des voix, faut-il vraiment aseptiser le discours politique, en polir les aspérités, lui nier toute personnalité ? La question dépasse évidemment le cas du MR. Nos voisins français, eux, ont déjà répondu : leur désintérêt marqué pour la campagne présidentielle s'explique, en bonne partie, par la similitude des programmes des deux présidentiables. Y compris sur des thèmes tels que la sécurité ou les pensions. Alors, vous savez, Jacques Jospin ou Lionel Chirac...Ce lissage du discours politique, là-bas comme ici, ne relève pas du hasard. Les temps ont changé. Les combats aussi. Adieu aux clichés : il y a belle lurette que l'on peut rouler en Mercedes et voter socialiste, prendre le tram et voter libéral, ou rouler à vélo sans voter écolo. Et c'est tant mieux : des idéaux autrefois mal partagés -liberté, égalité...- forment aujourd'hui un pot commun à toutes les formations démocratiques. Enfin, notre système électoral à la proportionnelle tempère, de facto, les prises de position trop tranchées. S'il est vrai que l'on imagine mal un autre régime dans ce pays, il est tout aussi évident que les ennemis d'un jour savent qu'il peuvent être les partenaires du lendemain. Tiens, un arc-en-ciel...Il y a cependant de la marge, et une fameuse, entre le nécessaire rapprochement des points de vue et le nivellement des débats par le plus grand dénominateur commun. L'appauvrissement croissant du langage politique (toujours ce souci de ne heurter personne) finit par vider de leur contenu les idées les plus nobles en les passant au vernis insipide du consensus mou. Dernier concept à la mode : l'humanisme. Il est vrai que, depuis Erasme, il a servi bien des causes. Alors, une ou deux fois de plus... Or toutes les idées ne se valent pas. Les militants pour une autre mondialisation en sont persuadés. Les défenseurs de l'entreprise individuelle aussi. Tout comme les partisans de l'école publique. Ou de la médecine libérale. Ou de l'énergie nucléaire... Soyons clair : il ne s'agit pas de plaider ici pour un retour aux ostracismes virulents et aux anathèmes injurieux d'antan. Pas davantage que de regretter le temps des idéologies : défendues sans nuances, elles ont fait le lit de trop d'extrémismes. Inutile, aussi, de raviver les plaies mal cicatrisées des clivages politiques et philosophiques à la belge. En revanche, passer ses idéaux au rouleau compresseur du seul enjeu électoral mine lentement, mais surement, la démocratie en favorisant au mieux le zapping électoral, au pis la démission citoyenne. Et les réveils sont parfois douloureux... Car le Mouvement réformateur se place, quoi qu'il en dise, sur la droite de l'échiquier politique. Ce qui est son droit le plus strict. Dommage qu'il le taise. Dommage, aussi, que le discours et les actes du camp d'en face ne soient guère plus roboratifs. En effet, si les hommes et les femmes politiques adhèrent dans l'ensemble aux mêmes fondements culturels, ils n'ont pas pour autant les mêmes priorités. La démocratie s'enrichit de débats passionnés et passionnants, mais elle meurt lentement de la confusion des genres. Non, décidément, toutes les idées ne se valent pas.