Non, Mia De Vits ne sera pas assistante sociale. Bien qu'elle en ait caressé le projet, jadis, cette femme de 52 ans s'apprête à y renoncer, vraisemblablement pour toujours. A l'issue du prochain congrès de la FGTB (Fédération générale du travail de Belgique), le 1er juin prochain, elle s'installera en effet dans le fauteuil de la présidence, succédant à ce poste à Michel Nollet. Ce sera une première: à ce jour, jamais une femme n'avait pris les rênes d'un syndicat, en Belgique.
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Non, Mia De Vits ne sera pas assistante sociale. Bien qu'elle en ait caressé le projet, jadis, cette femme de 52 ans s'apprête à y renoncer, vraisemblablement pour toujours. A l'issue du prochain congrès de la FGTB (Fédération générale du travail de Belgique), le 1er juin prochain, elle s'installera en effet dans le fauteuil de la présidence, succédant à ce poste à Michel Nollet. Ce sera une première: à ce jour, jamais une femme n'avait pris les rênes d'un syndicat, en Belgique. Si Mia De Vits est incontestablement ambitieuse, il y a peu de chances, en revanche, pour qu'elle ait jamais imaginé se retrouver à ce poste. "Il doit s'agir pour elle d'une véritable consécration, estime Wilfried Beirnaert, ancien directeur à la FEB (Fédération des entreprises de Belgique), car, dans cette course, elle cumulait d'emblée plusieurs handicaps." Certes. Femme - ce qui ne constitue pas précisément un atout dans un syndicat majoritairement masculin - Mia De Vits est issue d'un milieu ouvrier et chrétien. Mais pas de gauche. Elle est, en outre, titulaire d'un diplôme en sciences sociales, qu'elle a décroché à la KUL (Université catholique de Leuven). Soucieuse d'offrir quelques cautions à ceux qui, au sein de la FGTB, doutaient plus ou moins ouvertement de la sincérité de son engagement, Mia De Vits n'a pas ménagé ses efforts, en début de carrière, pour prouver qu'elle avait pris ses distances par rapport à son éducation catholique, entre autres. "Lors des premières négociations que j'ai menées avec elle, elle avait le souci de s'affirmer très clairement dans ses prises de position syndicales, témoigne Wilfried Beirnaert. Il était manifeste que ses différents handicaps l'obligeaient à se positionner avec force pour gagner en la crédibilité." Avec le temps, la majorité de ces voix soupçonneuses se sont tues. Et Mia De Vits a gravi un à un les échelons du syndicat socialiste. Entrée au service d'études de la FGTB en 1973, nommée secrétaire nationale en 1983 puis secrétaire générale en 1989 et présidente de la FGTB flamande en 1995, elle aura effectué un parcours exemplaire sans disposer, d'emblée, du profil traditionnel des grands syndicalistes. De fait: elle n'a jamais travaillé en usine ni grandi avec les militants. En revanche, elle connaît l'appareil syndical comme sa poche. Intelligente et volontaire ("bulldozer et technocrate", traduisent ceux qui l'apprécient peu), travailleuse jusqu'à frôler le perfectionnisme, Mia De Vits dispose d'une connaissance pointue des dossiers économiques et sociaux qu'elle est amenée à traiter, alimentée notamment par l'expérience accumulée sur les bancs du Conseil national du travail. "Elle a l'art de rendre compréhensibles les choses les plus complexeset de les communiquer simplement", insiste Donald Wittevrongel, président de la FGTB textile.Le sens du compromisDure dans la discussion, elle fait néanmoins preuve d'un sens aigu de la négociation. "Mia a vraiment l'intuition nécessaire pour rechercher et trouver les équilibres et les pistes de compromis entre toutes les parties, notamment avec les employeurs", explique Urbain Destrée, président de la FGTB wallonne pour quelques semaines encore. Son sens du compromis affiché en dehors de la FGTB n'est, semble-t-il, pas toujours de mise à l'intérieur de la maison: Mia De Vits est parfaitement capable d'affrontements, par ailleurs inévitables, en interne. "Quand elle se bloque, il faut vraiment mettre beaucoup de poids dans la balance pour la faire changer d'avis, explique un proche: dans ce cas, elle est plus sensible aux rapports de force qu'aux arguments logiques." Ceux qui l'entourent se sont peu à peu habitués à ses colères, que l'on dit fréquentes et vives. Son autoritoritarisme a tôt fait de lui coller à la peau, au point que certains n'ont pas hésiter à l'appeler la "Thatcher du 42 rue Haute ", en référence à l'adresse du siège de la FGTB. "Autoritaire? Elle est plutôt déterminée, tempère un président de centrale. C'est absolument nécessaire pour diriger une grande organisation comme la nôtre." Ce caractère bien trempé ne prive cependant pas Mia De Vits de la capacité de changer d'avis, ni d'être parfaitement loyale. Lorsque les membres de son organisation ont démocratiquement pris une position différente de la sienne, elle défend celle-là à 150 %. "Elle accepte d'être battueet elle respecte le jeu démocratique", résume l'un des chefs de file du syndicat. Comme lors des épisodes du Plan global et du Contrat d'avenir pour l'emploi, avalisés par la direction de la FGTB et refusés par la base. Dans quelques semaines, Mia De Vits succédera donc à Michel Nollet, un personnage haut en couleur, attachant jusque dans ses maladresses, proche des militants et prompt à jouer de son charme pour obtenir gain de cause. C'est peu dire que ces deux présidents successifs affichent des personnalités bien différentes. A l'évidence, Mia De Vits fait n'a pas la chaleur humaine de son prédécesseur. Qualifiée de froide par d'aucuns et considérée comme difficile à approcher, la prochaine présidente de la FGTB n'en a pas moins conquis le coeur de ses interlocuteurs les plus proches, convaincus que cette femme n'a pu faire l'économie d'une épaisse carapace, indispensable à la fonction, voire à sa survie. "Ce n'est pas la même femme au travail et en dehors,résume un ténor de la FGTB. Le métier de responsable syndicale est dur. Comme en sport ou en politique, on n'y montre pas ses émotions. Dans ce milieu, les tendres ne tiennent pas le coup. Mia De Vits est une femme sensible. Elle craint juste de se montrer vulnérable." Est-ce la dureté de ce monde qui l'a poussée, un jour, à envisager de quitter le syndicat pour vivre d'autres aventures professionnelles dans les coulisses de l'Europe? En petit groupe et en confiance, Mia De Vits peut parfaitement se montrer chaleureuse. Même si ce n'est pas elle qui assure le rôle de boute-en-train, elle aime rire, jusqu'aux éclats, comme elle aime le bon vin et l'art, notamment africain. Passionnée par les voyages - elle emporte toujours des guides lorsqu'elle est en mission professionnelle à l'étranger - elle s'intéresse aussi à la culture, au sens large, et elle pratique régulièrement le vélo. Parfaite bilingue, très populaire en Flandre, respectée à Bruxelles et en Wallonie, Mia De Vits est viscéralement attachée aux outils de la cohésion fédérale, au premier rang desquels figure la sécurité sociale. Partisane d'un syndicalisme réaliste plutôt que de combat, elle n'en a pas moins pris dernièrement ses distances avec le parti socialiste flamand (SP.A) - elle siège au bureau du parti, avec voix consultative - le jugeant trop peu à gauche. Dormez, braves gens: quels que soient ses origines et son parcours, Mia De Vits est et reste militante. Et engagée, jusqu'au bout des ongles. Laurence van Ruymbeke