L'euphorie qui a suivi l'attribution d'un prêt de 100 milliards d'euros par le Fonds européen de stabilité financière pour sauver les banques espagnoles a duré exactement deux heures, lundi dernier. Vers 10 heures, la Bourse espagnole commençait déjà à perdre ses gains initiaux et le taux d'intérêt sur dix ans pour alimenter l'Etat espagnol en capitaux prenait à nouveau son envol vers les 7 %. Les marchés en ont manifestement ras le bol de voir les autorités opter, dans le meilleur des cas, pour des replâtrages devant affronter la crise de la zone euro, plutôt que de privilégier les solutions durables, fondamentales.
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L'euphorie qui a suivi l'attribution d'un prêt de 100 milliards d'euros par le Fonds européen de stabilité financière pour sauver les banques espagnoles a duré exactement deux heures, lundi dernier. Vers 10 heures, la Bourse espagnole commençait déjà à perdre ses gains initiaux et le taux d'intérêt sur dix ans pour alimenter l'Etat espagnol en capitaux prenait à nouveau son envol vers les 7 %. Les marchés en ont manifestement ras le bol de voir les autorités opter, dans le meilleur des cas, pour des replâtrages devant affronter la crise de la zone euro, plutôt que de privilégier les solutions durables, fondamentales. Il est à craindre que la crise de l'euro s'étende vite après le désenchantement très rapide provoqué par les mesures de sauvetage des banques espagnoles, abstraction faite des problèmes spécifiques de l'Espagne. Les foyers d'incendie ne manquent pas dans la zone euro. Prenons le cas de Chypre, un petit pays lourdement frappé par la crise grecque. Le président de la banque nationale chypriote n'a pas hésité à réclamer ouvertement des aides financières pressantes à l'Union européenne et au FMI. Le Portugal, lui, fait tout ce qu'il peut pour satisfaire les exigences du premier plan de sauvetage imposé par la troïka (Union européenne, Banque centrale européenne, FMI). Mais la récession qui y va en s'aggravant pèse si lourd dans la balance qu'un second plan de sauvetage devient de jour en jour plus inévitable. Et il y a bien sûr la Grèce et l'Italie. A Rome, Mario Monti fait face à de grandes difficultés. Le plan de réformes lancé par le Premier ministre technocrate rencontre des résistances grandissantes de la part des syndicats et de groupes d'entreprises craignant que leurs privilèges ne soient menacés. Les politiciens au sein de son gouvernement sont plus préoccupés par la préparation des élections du printemps 2013 que par la gestion saine des affaires publiques. Qui plus est, la sévère récession qui touche aussi son pays oblige Monti à adapter constamment ses plans d'économies et d'augmentations d'impôts aux circonstances fluctuantes. La compétitivité internationale des entreprises italiennes est tellement mal en point que la reprise de la conjoncture ne pourra être que faiblarde. Quant à la Grèce, personne ne voit comment les élections de ce dimanche influeront favorablement sur le sort de la population hellène et de la monnaie unique. En cas de victoire de la gauche, la poursuite de la participation d'Athènes à l'euro sera sûrement mise en question. Si la droite triomphe, le deuxième plan de sauvetage sera exécuté tant bien que mal, forçant les autorités à recourir à des expédients. L'incertitude énorme que laissent présager ces deux éventualités va indubitablement ranimer la crise de la zone euro. A moins que des progrès sensibles ne soient réalisés, sans faux-fuyants, dans le sens d'une large union politique, la zone euro continuera à s'engouffrer dans une crise qu'elle s'est créée elle-même. Pour la Belgique et toutes ses entités fédérées, les conséquences en seront fâcheuses, entre autres sur le plan de l'emploi et des finances publiques. Des responsabilités gigantesques reposent donc sur les épaules des dirigeants nationaux et européens qui ont les clés en main pour mettre fin à cette crise profonde sans qu'ils puissent/osent/veuillent les utiliser. Dans tous le cas de figure, l'issue des élections en Grèce ne présage rien de bon