Physiciens et cosmologistes sont en quête d'une "théorie du Tout". Certains nous la promettent. L'espoir est de parvenir à une théorie globale, dont les équations rendent compte de la totalité des phénomènes, qu'ils soient observables, déductibles des observations ou susceptibles d'être observés à l'avenir. Une telle ambition est-elle bien raisonnable ? Ce n'est pas exclu, si l'on songe aux découvertes improbables auxquelles nous avons assisté depuis...

Physiciens et cosmologistes sont en quête d'une "théorie du Tout". Certains nous la promettent. L'espoir est de parvenir à une théorie globale, dont les équations rendent compte de la totalité des phénomènes, qu'ils soient observables, déductibles des observations ou susceptibles d'être observés à l'avenir. Une telle ambition est-elle bien raisonnable ? Ce n'est pas exclu, si l'on songe aux découvertes improbables auxquelles nous avons assisté depuis un siècle: l'espace et le temps sont physiquement liés, notre chère Voie lactée n'est qu'une galaxie parmi des millions, l'atome est fissible et fusible, notre monde a commencé par une explosion primordiale dont on explore les premières fractions de seconde, et nous-mêmes ne sommes, en fin de compte, que de la poussière d'étoiles.Ce n'est pas exclu, donc, mais c'est loin d'être certain et, de toute manière, nous, simples mortels, sommes dans l'incapacité d'en juger. Nous sommes au balcon, regardant un microcosme de scientifiques impénétrables discuter et parfois s'opposer sur des sujets opaques. Que nos chères particules ne soient finalement que des bouts de ficelle, que notre Univers lui-même, avec un grand U, ne soit peut-être qu'un univers parmi une infinité d'autres, créés par autant de big bangs, que nos quatre dimensions en cachent six ou sept autres, plus ou moins repliées sur elles-mêmes, tout cela est très amusant et assez fascinant, mais, au moins pour les Béotiens que nous sommes, à jamais incompréhensible. Est-ce à dire que l'humaine raison, le bon sens de chacun n'a plus droit de cité ? Qu'il faut laisser définitivement à d'autres le privilège d'affirmer comprendre ? Sans doute pas. L'expérience de la théorie de la relativité montre que l'on peut se familiariser peu à peu avec les idées les plus contre-intuitives. Et puis, surtout, comme l'écrit le grand astrophysicien britannique Martin Rees, "les physiciens découvriront peut-être un jour une théorie unifiée qui rendrait compte de toute la réalité physique, mais ils ne seront jamais capables de nous dire quel feu anime leurs équations, ni pourquoi elles s'incarnent dans un cosmos bien réel. A la fin des fins, il restera toujours la question essentielle: comprendre pourquoi diable ce Tout existe.Directeur de la rédaction de La Recherche. Olivier Postel-Vinay