Les écrivains sont des êtres obsédés par la disparition, donc la mémoire. Ils sont capables de consigner les traces les plus infimes d'une existence ; régulièrement, ils ont l'impression de ne pas avoir vécu un événement avant de l'avoir écrit. Née au Mexique en 1983, Valeria Luiselli a commencé à écrire en espagnol ( Des êtres sans gravité, 2013). Elle vit aujourd'hui à Harlem, et elle pense désormais tous ses livres en anglais. Mis à part ce souci récurrent des traces, ses livres ne ressemblent à aucun autre. Dans Histoire de mes dents, elle imaginait l'histoire (hilarante, expérimentale) d'un commissaire-priseur revisitant la vie d'écrivains célèbres à travers celle de leurs prémolaires. L'année dernière sortait en français Raconte-moi la fin. Dans ce récit autobiographique, Luiselli relatait en 126 pages son expérience de traductrice bénévole pour les tribunaux de l'immigration (sa mission consistait à recueillir la voix des enfants sud-américains arrivés seuls à la frontière et soumis à la question rituelle : " Pourquoi êtes-vous venu aux Etats-Unis ? "). Engagé, le texte n'oubliait pas d'être très personnel et sensible. Il questionnait le pouvoir des histoires dans l'écriture et la réécriture forcée de nos destins. On peut voir son nouveau livre, beaucoup plus épai...