A lea jacta est. Cette fois, le sort en est jeté. Terminés, les joutes verbales, les arguments trop caricaturaux et l'agressivité des candidats aux élections régionales et européennes du 7 juin (agressivité jamais vue, soit dit en passant...). Dimanche soir, on sera enfin fixé. Sur cette question qui agite la ville et la campagne depuis de longs mois : affaibli, le PS peut-il se maintenir au pouvoir cinq années supplémentaires, lui qui domine la Belgique francophone depuis 1988 ? Dans leur vie active, plusieurs ministres socialistes n'ont rien connu d'autre que " ça ", le pouvoir et ses lambris.
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A lea jacta est. Cette fois, le sort en est jeté. Terminés, les joutes verbales, les arguments trop caricaturaux et l'agressivité des candidats aux élections régionales et européennes du 7 juin (agressivité jamais vue, soit dit en passant...). Dimanche soir, on sera enfin fixé. Sur cette question qui agite la ville et la campagne depuis de longs mois : affaibli, le PS peut-il se maintenir au pouvoir cinq années supplémentaires, lui qui domine la Belgique francophone depuis 1988 ? Dans leur vie active, plusieurs ministres socialistes n'ont rien connu d'autre que " ça ", le pouvoir et ses lambris. " C'est la première chose qu'il faudra regarder, anticipe Vincent de Coorebyter, directeur général du Centre de recherche et d'information socio-politiques (Crisp). Comment réagira le parti socialiste s'il devait subir une lourde défaite en Région wallonne ? Le PS pourrait perdre son statut de premier parti, comme aux élections fédérales de 2007, où la victoire du MR était toutefois restée sans conséquence : les libéraux auraient alors la main. Mais si le PS voit s'écarter de lui un tiers de ses électeurs, même en restant n° 1 d'une courte tête, il pourrait aussi choisir spontanément l'opposition. " Un scénario rappelant l'attitude du CVP de Jean-Luc Dehaene, en 1999, mais dont on parle si peu. Parce que la société belge s'est habituée à la permanence des " rouges ". Parce que le PS lui-même donne l'impression de vouloir continuer à gouverner, coûte que coûte. " S'il faut aller dans l'opposition, pas de problème, on ira, assure la députée montoise Joëlle Kapompolé. Je serais déçue, vu le bon bilan de nos ministres, mais cela ne me fait pas peur du tout. De toute façon, il faut continuer à balayer devant notre porte, à assainir le parti. Il y a un travail de rénovation à mener en profondeur. " Dans les rangs socialistes, Joëlle Kapompolé paraît bien seule à s'exprimer de façon aussi nette. Même la participation au gouvernement fédéral, alors que les camarades du SP.A ont choisi l'opposition, n'est remise en question que par une poignée de socialistes. Alain Mathot, député fédéral et bourgmestre de Seraing, est l'un des rares à évoquer publiquement la sortie du gouvernement fédéral. " Non, le PS n'est pas infréquentable, mais il ne peut plus fréquenter un MR à la dérive. (...) Décidons de ne pas fréquenter le MR s'il se retrouve dans la majorité, tant à la Région qu'au fédéral ", écrit-il sur son site Internet. Si le parti socialiste devait basculer dans l'opposition, qui changerait alors le plus radicalement ? La Wallonie, souillée par les " affaires ", promise à une cure énergique de bonne gouvernance... ou le PS, paradoxal bénéficiaire de l'alternance retrouvée ? Elio Di Rupo sur le départ, les " barons " poussés naturellement à la retraite, le renouveau viendrait enfin, sous la houlette de Laurette Onkelinx ou de Rudy Demotte. A condition de poser les bonnes questions : comment tirer les leçons des scandales ? Où va la gauche, si mal en point partout en Europe ? Quels combats doit-elle désormais porter ? Bien sûr, le pari serait immense : le PS devrait en peu de temps se dénicher de nouveaux idéologues, reconvertir ses gestionnaires et consoler ses nombreux " clients ". " Redevenir un parti normal ", ricane-t-on chez les partenaires wallons du CDH, associés pour le meilleur et pour le pire. En Belgique francophone, l'autre vraie rupture du 7 juin est attendue dans le camp écologiste. La montée en puissance des verts est annoncée dans tous les sondages. Reste à tenir la distance jusqu'à l'instant fatidique et à résister aux attaques libérales (" Ecolo, c'est le rage taxatoire "). Au pire, le parti incarné par le populaire Jean-Michel Javaux devrait approcher son score historique de 1999 (18 % à Bruxelles comme en Wallonie). A ce niveau, un différentiel de 2 petits pour cent pourrait constituer un monde de différence. " Au-delà des 20 %, Ecolo marquerait les esprits, commente Vincent de Coorebyter. Il crèverait son plafond de 1999. Il triplerait quasiment son score de 2004, et gagnerait ainsi de nombreux sièges au parlement wallon. Il s'imposerait comme un parti qui pèse sur l'échiquier politique. En un mot, il serait incontournable. " De Coorebyter comme de nombreux politologues estiment même qu'Ecolo pourrait alors choisir lui-même ses partenaires de coalition, après le 7 juin. Une révolution mentale inimaginable il y a un an à peine. Pour l'heure, Ecolo menace le PS à la fois sur sa gauche et sur sa droite. Les verts rallient des électeurs centristes lassés de la toute-puissance socialiste, des affaires, de la prolifération des structures publiques, d'une économie qu'ils jugent bridée par l'idéologie PS. Ils attirent aussi des déçus du socialisme, qui jugent le PS pas assez à gauche et lui reprochent toutes les concessions faites en vingt ans au sein des différents gouvernements. Ce n'est peut-être pas anodin si on retrouve plusieurs syndicalistes CSC ou FGTB sur les listes vertes, jugées plus proches sur un certain nombre de dossiers (le pacte des générations, la " chasse " aux chômeurs, les expulsions de sans-papiers, la libéralisation de La Poste, etc.). Ecolo pêche donc des voix tous azimuts. Une force, mais aussi une faiblesse. Il faudra convaincre sur la durée tous ces nouveaux venus. S'il doit choisir entre le MR et le PS, Ecolo pourrait être confronté à un dilemme identitaire conditionnant l'avenir du parti pour les dix prochaines années. Bernard Wesphael, tête de liste à Liège, résume le dilemme : " Je suis confronté chaque jour à des gens qui me disent : vous devez me promettre de ne pas vous allier avec le PS, sinon je ne vote pas pour vous. Et d'autres qui me disent : si vous choisissez de gouverner avec le MR, vous trahissez la gauche. "Le choix d'Ecolo pourrait être résumé comme ceci : soit il estime que la bonne gouvernance est aujourd'hui l'enjeu essentiel et que le renvoi du PS dans l'opposition constitue un programme en soi, ce qui conduirait à une alliance avec le Mouvement réformateur. Soit il privilégie la question sociale et se tourne vers le PS, même défait. Dans un cas comme dans l'autre, nul doute que cela fera des déçus parmi les électeurs et les militants d'Ecolo. Ces tensions traversent aussi le panel de lecteurs du Vif/L'Express que nous avons sondés : 50,3 % de ceux qui comptent voter Ecolo se déclarent opposés à une alliance avec le MR (voir nos infographies). Peut-on imaginer des coalitions différentes à Bruxelles et en Wallonie ? Exemple : 1. un " olivier " en Région bruxelloise, alliant comme aujourd'hui le PS, Ecolo et le CDH (aux côtés des trois principaux partis flamands) ; 2. une formule dite " jamaïquaine " ou " namuroise " en Région wallonne, unissant le MR, Ecolo et le CDH. La logique fédérale autorise, voire encourage cette différenciation. A chaque Région son autonomie, ses spécificités. C'est d'ailleurs ce qu'on observe concrètement : en 1995, en 1999, puis en 2004, le gouvernement bruxellois a toujours eu une coloration politique peu ou prou différente de celle de son homologue wallon. Suspense, toutefois : l'élection du 7 juin 2009 pourrait confirmer la tendance à la convergence des choix politiques au centre et dans le sud du pays - à Bruxelles, la domination libérale n'y est plus aussi nette que jadis. Et puis, si les francophones veulent rester unis face aux revendications institutionnelles flamandes (telle la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde), n'ont-ils pas intérêt à éviter le grand écart entre Bruxellois et Wallons ? Au MR... comme au PS, en tout cas, on affiche encore une volonté farouche d'être au pouvoir partout, si possible. Ecolo, lui, reste insondable. Le CDH paraît fataliste : " Nous devrons à nouveau suivre le mouvement ", souffle un député. A tout prendre, l'idéal dans cette Belgique chahutée ne serait-elle pas la mise en place de gouvernements symétriques à tous les niveaux de pouvoir ? Cela faciliterait en tout cas la vie du gouvernement fédéral de Herman Van Rompuy et constituerait la meilleure garantie d'une réforme de l'Etat équilibrée. On risque d'être loin du compte... Pour l'heure, une seule coalition aurait une toute petite chance d'obtenir la majorité tant au fédéral que dans les trois Régions : une tripartite réunissant libéraux, chrétiens (ou humanistes) et écologistes. En Flandre, les tendances paraissent moins nettes, et le jeu moins clivé, que du côté francophone. Les résultats prédits par les sondages sont mouvants. De l'un à l'autre, les scores des populistes de la Lijst Dedecker, des écologistes de Groen ! et des nationalistes de la N-VA varient du simple au double. Le scrutin du 7 juin devrait toutefois livrer trois enseignements clairs. Un. Quoi qu'il arrive, le paysage politique flamand apparaîtra morcelé. Pas moins de 7 partis devraient obtenir des parlementaires. A cette dispersion, il faut encore ajouter les quelques pour cent que grappilleront deux autres formations, petites mais pas non plus groupusculaires : le SLP, parti social-libéral créé suite à une énième recomposition de l'aile progressiste de l'ex-Volksunie, et le PVDA, parti marxiste et populiste, qui présente sur ses listes la s£ur du Premier ministre Herman Van Rompuy. Deux. Au nord du pays, il sera impossible de former un gouvernement sans les chrétiens-démocrates du CD&V et les libéraux de l'Open VLD. Leurs projets politiques, du reste, se ressemblent comme deux gouttes d'eau : ils misent sur l'innovation, prônent le développement à tout crin des infrastructures (y compris routières) et tablent sur le secteur logistique pour pérenniser la prospérité flamande. Le CD&V se présente par ailleurs en position de force, à l'image de son slogan Sterk in moeilijke tijden (" Fort en des temps difficiles "). Il offre une image de stabilité, à l'inverse de tous les autres partis flamands, dont la campagne a été parasitée par des remous internes ou des questionnements identitaires. Bref, on voit mal ce qui pourrait empêcher Kris Peeters de rempiler comme ministre-président. Trois. Les socialistes flamands risquent de subir un revers cuisant, un de plus. En 1999, ils avaient réalisé le plus mauvais score de leur histoire, à peine plus de 15 %. Dix ans plus tard, le SP.A menace de plonger vers des abîmes plus profonds encore, 13 ou 14 %. Tout ça dans une ambiance délétère, symbolisée par les remontrances publiques que les vétérans Louis Tobback et Freddy Willockx ont adressées à Freya Van den Bossche, qui se voyait déjà ministre dans le prochain gouvernement, et l'avait fait savoir urbi et orbi. Cette débâcle prévisible du SP.A coïncide avec le nouveau coup de barre à droite que la Flandre s'apprête à subir dimanche. " L'électorat de gauche reste déboussolé, analyse Eric Corijn, sociologue à la VUB. Pendant ce temps-là, Filip Dewinter (Vlaams Belang) vocifère contre les immigrés, Jean-Marie Dedecker (LDD) critique l'establishment et Bart De Wever (N-VA) grogne contre les Wallons. Ces grandes gueules de la droite radicale pourraient aller pêcher des voix auprès d'un public traditionnellement de gauche. " Dans le nord du pays, une accentuation de la vague populiste est à craindre. " Ah, si les médias expliquaient aussi bien la politique que le foot ! souffle Eric Corijn. La population ne serait pas aussi triste, coupée de ses représentants... "PHILIPPE ENGELS ET FRANÇOIS BRABANT; Ph. E. et F.B.