Igor et les siens, Français de Rennes, se sont choisi le nom de Dromesko, ce qui signifie "itinérant" en tsigane. Il y a vingt-cinq ans, ils dessinaient les premières toiles d'Aligre, l'un des tout premiers nouveaux cirques, et s'associaient en 1982 avec Bartabas: ainsi naquit le célèbre Zingaro. Mais, dans la tête d'Igor, on aime changer de cap quand tout va trop bien, on veut garder intact l'artisanat de la création. En 1987, il invente la Volière Dromesko, avec de vrais oiseaux, dont des corbeaux et des artistes qui tentent de volerà leurs côtés: autre révolution éblouissante du cirque! De la rencontre d'Igor avec les frères Forman, les maîtres tchèques des marionnettes (fils du cinéaste Milos Forman), la volière se mua en baraque... et g...

Igor et les siens, Français de Rennes, se sont choisi le nom de Dromesko, ce qui signifie "itinérant" en tsigane. Il y a vingt-cinq ans, ils dessinaient les premières toiles d'Aligre, l'un des tout premiers nouveaux cirques, et s'associaient en 1982 avec Bartabas: ainsi naquit le célèbre Zingaro. Mais, dans la tête d'Igor, on aime changer de cap quand tout va trop bien, on veut garder intact l'artisanat de la création. En 1987, il invente la Volière Dromesko, avec de vrais oiseaux, dont des corbeaux et des artistes qui tentent de volerà leurs côtés: autre révolution éblouissante du cirque! De la rencontre d'Igor avec les frères Forman, les maîtres tchèques des marionnettes (fils du cinéaste Milos Forman), la volière se mua en baraque... et garda quelques plumes!La tradition du guignolLa baraque est bien là, tout de bois, avec ses multiples petites fenêtres, ses grandes tablées, son comptoir avec vins et bières, une minuscule scène dans un coin, quelques coffres et armoires, un tréteau réservé aux musiciens, ses lampes un peu jaunes, ses paniers, ses sacs de jute suspendus par-dessus nos têtes... On se pousse du coude, les voisins ne restent pas longtemps inconnus. Igor, le patron, se met à l'accordéon et ses amis hongrois au cymbalum, au violon et à la contrebasse: nostalgie et rythmes tsiganes. Lily, aux cheveux de flamme, la cigarette à la main, pousse la chanson. Un étrange fumet de soupe commence à chatouiller les narines. Mais Lily a perdu Augustin... elle fouille entre les chaises et brandit, soulagée... un rat! Plus tard, un marabout (une sorte de cigogne punk, chauve) vole sans crier gare et claque du bec en parfait comédien! Dehors, des volailles caquettent contre les vitres. De surprises en cris de joie, le ton monte, les bouteilles circulent! Des duettistes en casquette et tablier blanc de soubrette font sans cesse irruption et taillent une bavette de table en table. Un hurluberlu amoncelle un tas de pierres sur la petite scène et s'élance dans une hilarante et absurde métaphysique du "tas" à la Raymond Devos! Le rythme s'emballe, dedans et dehors. Une avalanche d'oignons tombe d'un des paniers dessus nos têtes, les armoires s'ouvrent sur des guignols, des charrettes déboulent, se déploient et révèlent d'autres castelets de marionnettes. Les actions se multiplient d'un coin à l'autre de la barque, les fenêtres deviennent lucarnes magiques avec de petites figurines en mouvements et des alambics loufoques! Les rires éclaboussent tout, l'émerveillement aussi. Ces manipulateurs de marionnettes, alias nos duettistes en casquettes, alias aussi les frères Forman, révèlent leur virtuosité, dans la tradition du guignol comme dans l'étrange poésie de cette grande poupée triste qui bat des cils et s'attable parmi les convives. Moment de grâce absolue! Et puis la soupe déboule, la vraie, plantureuse, revigorante. Et ça fait des grands "slurps", disait notre grand Jacques... Et la nuit sera longue!Entre sourires et larmesC'est ça La Baraque ou cantine musicale, pleine de saveurs, de drôleries, de surprises, de clins d'oeil satiriques, de vague à l'âme, du plaisir du coude à coude! Dès le 28 mai, ils fermeront la baraque pour ouvrir leur halle voisineavec du théâtre presque traditionnel, une histoire construite, des personnages dont une petite fille qui rêvait d'un prince charmant l'emportant sur les bateaux miniatures que construisait son père de marin... Ces Voiles écarlates (1923), conte russe d'Alexandre Grine, a stimulé les délires de la famille de la Baraque. Marionnettes et humains danseront ici une troublante sarabande sur l'aile de la magie, de la poésie, entre sourires et larmes furtives. La Baraque: les 24, 25 et 26 mai; Les Voiles écarlates: du 28 mai au 9 juin. Parking du Grand Manège, à Namur. . Tél.: 081-22 60 26. Michèle Friche