Le bras de fer continue entre Madrid et Barcelone, entre le Premier ministre Mariano Rajoy, inflexible dans sa volonté de ramener la Catalogne frondeuse dans le giron espagnol, et le président destitué de l'exécutif régional catalan Carles Puigdemont, toujours animé par son rêve pacifique d'indépendance. Mais il se déroulera désormais à distance, celle qui sépare Madrid de la capitale de l'Europe. C'est " la prudence, la sécurité, la modération " et " le souci de ne pas exposer ses concitoyens à la violence " qui, selon ses dires lors d'une conférence de presse en catalan, en castillan et en français le mardi 31 octobre, ont poussé le leader indépendantiste et cinq de ses ministres à installer une sorte de gouvernement en exil à Bruxelles. Pas la volonté de demander un illusoire asile politique à la Belgique, pas la bienveillance à son égard d'une N-VA membre du gouvernement belge. La nouvelle donne catalane n'en constitue pas moins une solide source d'embarras pour le Premier ministre Charles Michel (lire page 66).
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Le bras de fer continue entre Madrid et Barcelone, entre le Premier ministre Mariano Rajoy, inflexible dans sa volonté de ramener la Catalogne frondeuse dans le giron espagnol, et le président destitué de l'exécutif régional catalan Carles Puigdemont, toujours animé par son rêve pacifique d'indépendance. Mais il se déroulera désormais à distance, celle qui sépare Madrid de la capitale de l'Europe. C'est " la prudence, la sécurité, la modération " et " le souci de ne pas exposer ses concitoyens à la violence " qui, selon ses dires lors d'une conférence de presse en catalan, en castillan et en français le mardi 31 octobre, ont poussé le leader indépendantiste et cinq de ses ministres à installer une sorte de gouvernement en exil à Bruxelles. Pas la volonté de demander un illusoire asile politique à la Belgique, pas la bienveillance à son égard d'une N-VA membre du gouvernement belge. La nouvelle donne catalane n'en constitue pas moins une solide source d'embarras pour le Premier ministre Charles Michel (lire page 66). D'autant que le séjour de Carles Puigdemont ne s'annonce pas nécessairement de courte durée. Le président destitué du gouvernement catalan affirme ne pas vouloir se dérober à la justice espagnole. Mais il estime que celle-ci n'offre décidément pas les garanties de neutralité qui lui assureraient un traitement équitable. Il en prend pour illustration l'annotation dont le procureur général espagnol José Manuel Maza aurait agrémenté l'argumentaire développé le 30 octobre afin de justifier les poursuites à son encontre pour rébellion, sédition et malversation : " Plus dure sera la chute. " " Désir de vengeance et non de justice ", dénonce-t-il. Ce n'est donc pas demain que Carles Puigdemont regagnera son fief indépendantiste de Gérone, dont le club de football promu en Ligua cette année a défait - savoureux symbole et maigre consolation - le prestigieux Real de Madrid le dimanche 29 octobre. " Nous condamner à trente ans de prison, ce serait en finir avec l'idée d'Europe, et nous le payerions tous ". Carles Puigdemont soigne son image de démocrate en appelant à un sursaut des institutions de l'Union européenne au nom des valeurs qu'elle est censée défendre, " la démocratie, la liberté, la non-violence, l'accueil ". Voilà le premier accroc sérieux à la reprise en main de la Catalogne que Mariano Rajoy avait opérée assez habilement jusque-là. A Barcelone, l'affrontement craint n'a pas eu lieu. Les fonctionnaires acquis à la cause indépendantiste n'ont pas mené de grandes actions de désobéissance civile. Le chef destitué de la police locale des Mossos d'Esquadra a appelé les policiers à se plier aux ordres venant de Madrid. Et des centaines de milliers de Catalans ont défilé le 29 octobre en faveur du maintien de la région dans l'Espagne... Cette stratégie mesurée doit beaucoup au rôle modérateur du Parti socialiste espagnol de Pedro Sanchez. C'est lui qui, il y a plusieurs semaines déjà, a lancé, au sein du Parlement fédéral, un chantier de réforme de la Constitution que les élus commenceront à défricher au printemps prochain. " Une porte ouverte à l'espoir ", selon le leader du PSOE. C'est lui qui, plus récemment, a dissuadé Mariano Rajoy de mettre sous tutelle la radio-télévision catalane TV3, qui serait apparue comme une violente atteinte à la liberté d'expression. C'est lui encore qui a convaincu le gouvernement, qu'il soutient de l'extérieur, de convoquer rapidement de nouvelles élections régionales. Leur tenue le 21 décembre garantit le caractère éphémère de la période d'exception ouverte par l'activation de l'article 155 de la Constitution, la suspension du statut d'autonomie, et balise le retour à la " normalité démocratique ". Ceci est d'autant plus avéré que tous les partis catalans ont fini par accepter d'y participer, y compris les formations séparatistes, de la Candidature d'unité populaire (CUP) d'extrême gauche à la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) en passant par le Parti démocrate de Catalogne (PDeCat) de M. Puigdemont. Depuis Bruxelles, celui-ci a d'ailleurs mis au défi le gouvernement de Madrid et le " Bloc du 155 " du nom des formations ayant approuvé l'activation de l'article 155 de la Constitution, le Parti populaire, le Parti socialiste et le centriste Ciudadanos, de respecter les résultats des urnes comme " nous, nous les avons respectés ". Allusion au résultat du référendum d'indépendance du 1er octobre (90,18 % de votes favorables pour une participation de 42,38 %) plus sans doute qu'à celui des dernières élections régionales de 2015. Elles avaient certes offert une majorité en sièges aux partis indépendantistes mais pas une majorité en voix ; ce qui, selon certains spécialistes, aurait dû retenir les séparatistes d'enclencher le processus d'indépendance (lire page 68). Le positionnement des indépendantistes sur les élections relève de toute façon d'un jeu dangereux sur le fil de la cohérence politique : participer à un scrutin convoqué par Madrid dans le cadre d'une suspension d'autonomie contestée ne tient-il pas de la trahison de l'élan de la déclaration d'indépendance ? Les séparatistes ont jugé qu'il était plus utile de ne pas abandonner leur représentation politique au sein de l'institution régionale. Une victoire symbolique pour Mariano Rajoy ? Le leader de la droite espagnole s'est peut-être aventuré ce faisant sur un terrain très instable. Difficile en effet de dire à ce stade qui, des indépendantistes ou des " unionistes ", a le plus de chance de tirer un profit électoral des dramatiques développements récents. La mobilisation dominicale des militants, d'habitude silencieux, du maintien dans l'Espagne et la prédominance supposée de ceux-ci parmi les abstentionnistes du scrutin de 2015 inclinent à pronostiquer un sursaut pro-unité. La détermination du gouvernement Rajoy et du Parti socialiste, leur indifférence présumée aux revendications catalanes, la violence exercée in fine par la police espagnole le jour du référendum suggèrent a contrario un accroissement des ralliements à la cause séparatiste. L'issue de ce scrutin crucial dépendra aussi des événements qui risquent encore d'alimenter les tensions intra-espagnoles d'ici au 21 décembre. Car si on a jusqu'à présent pu éviter l'affrontement violent, rien ne présage pour autant d'un apaisement durable, pas plus à Madrid, à Barcelone qu'à Bruxelles. PAR GÉRALD PAPY" La participation des indépendantistes aux élections du 21 décembre interroge leur cohérence politique "