Pourquoi la RTBF relève la tête

La crise, une bonne affaire. La tempête financière, qui a suivi de longs mois d'instabilité politique, a réveillé l'intérêt des citoyens pour l'actualité. Les journaux télévisés ont vu leurs audiences nettement augmenter, et l'émission radio Matin première attire désormais 320 000 auditeurs, en moyenne.
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La crise, une bonne affaire. La tempête financière, qui a suivi de longs mois d'instabilité politique, a réveillé l'intérêt des citoyens pour l'actualité. Les journaux télévisés ont vu leurs audiences nettement augmenter, et l'émission radio Matin première attire désormais 320 000 auditeurs, en moyenne. Le service public moins touché. Alors que les dépenses publicitaires mondiales devraient augmenter de 4 % en 2008 et en 2009, l'Europe de l'Ouest se contentera, cette année, d'une hausse de 1,6 %, indiquait récemment Le Figaro. C'est habituel : en période de crise, les entreprises sabrent d'abord dans les dépenses variables, comme la pub. Voilà qui ne donne guère l'euphorie aux chaînes privées, telle RTL-TVI, dont les rentrées dépendent exclusivement de la publicité. A priori, les effets de la crise devraient donc être moins douloureux pour la RTBF, qui repose sur un socle de financement public. L'effet Jacqmin. En juin dernier, la RTBF a nommé Jean-Pierre Jacqmin à la direction de l'information et des sports, à la fois pour les supports radio, télé et Internet. Trop tôt pour dresser un bilan, bien sûr. Toujours est-il que Boulevard Reyers, depuis quelques mois, un vent de dynamisme semble souffler. Des exemples ? Le call-center ouvert pour l'opération " 10 millions d'épargnants " ; un Mise au point spécial sur la crise, diffusé exceptionnellement en soirée ; une journée thématique " Vivre avec la récession ", imaginée avant même l'apparition de la crise financière... " On a suffisamment reproché à la RTBF de toujours avoir un temps de retard. Là, nous avons eu un temps d'avance, et je le revendique ", se félicite Jean-Pierre Jacqmin. " Depuis mon entrée en fonction, en 1993, j'ai entendu parler d'innombrables effets censés profiter à la RTBF, ironise pour sa part Stéphane Rosenblatt, directeur des programmes de RTL-TVI. Il y a eu soi-disant un effet Philippot, un effet Bigot, un effet Bus des régions, un effet relookage du JT, un effet Magellan. Maintenant, un effet Jacqmin. En attendant, nous restons leaders. " Un frémissement au niveau des audiences. La progression la plus spectaculaire concerne le 12 minutes : celui-ci recueille actuellement un peu plus de 6 % des parts de marché, pour 3,2 % lors de la saison 2005-2006. Quant au JT de 19 h 30, il atteint une audience moyenne de 470 000 spectateurs : presque 18 000 de plus que l'année dernière. Depuis la rentrée, le JT de la RTBF a même devancé à deux reprises celui de RTL-TVI, ce qui n'était plus arrivé depuis... belle lurette. Une identité mieux assumée. Le 6 novembre, parmi le top 10 des audiences réalisées en Belgique, on trouvait les habituels journaux télévisés, un match de foot (Standard-Séville), des séries, des divertissements et... un documentaire sur la guerre 1914-1918. Diffusé en prime time sur la Une, Le Bruit et la fureur a attiré près de 270 000 spectateurs. Nettement plus que LaRoue de la fortune (225 000), la Star Academy (213 000) et Plus belle la vie (134 000) ! Certains y voient la preuve que la RTBF peut " performer " tout en proposant des programmes à la fois fédérateurs et didactiques. Bref, en rendant service au public. RTL-TVI reste leader, même en temps de crise. Lors de la crise financière, les audiences de tous les JT ont augmenté, tant ceux de RTL-TVI que de la RTBF. Mais le service public n'a pas réussi à tirer parti de cette actualité pour rattraper une partie de son retard sur la chaîne privée. " En temps de crise, quand le téléspectateur cherche une valeur-refuge, une valeur-confiance, il continue de privilégier RTL-TVI, lâche perfidement Stéphane Rosenblatt. Si je ne travaillais pas pour RTL-TVI, voilà ce dont je m'étonnerais : la RTBF n'incarne plus cette valeur-refuge. " L'esprit challenger. Se reposer sur ses lauriers, ce n'est pas trop le style de la maison RTL-TVI, où l'on vante jusqu'à plus soif les mérites de la " mentalité challenger ". Tous les employés ont reçu un e-mail de félicitations pour le travail abattu lors des élections américaines. De fait, pour " gagner " le scrutin présidentiel, RTL-TVI a sorti la grosse artillerie. Résultat : le soir du 4 novembre, son JT a engrangé 730 000 téléspectateurs (presque 200 000 de plus que celui de la RTBF). Même sur le terrain de la politique internationale, qui constituait jusqu'il y a peu le bastion du service public, RTL-TVI domine désormais outrageusement. Pas d'effondrement sur le marché de la pub. " On a senti un gros coup de froid ", reconnaît Denis Masquelier, directeur général d'IP, régie publicitaire de RTL-TVI. Avant de tempérer aussitôt : " Les chiffres pour octobre et novembre ne sont pas en recul par rapport à l'année dernière. Je constate un réflexe de prudence chez nos clients, mais ils ne nous ont pas infligé un recul de 5 ou 10 %, comme on aurait pu s'y attendre. " Le creux de la vague est passé. Entre les départs remarqués (Arnaud Reymann et Kathryn Brahy, entre autres), les déchirements internes pour l'attribution du JT et la disparition de la radio Mint, suite au nouveau plan de fréquences, l'année 2008 n'a pas été la plus calme qu'ait vécue RTL-TVI. " On a connu un coup de mou, c'est vrai. Mais il se situe maintenant derrière nous ", témoigne un caméraman-monteur de la chaîne. Un coup d'avance. Chez RTL-TVI, on a beau jeu de rappeler que les solutions actuellement développées par la RTBF - concentration de la prise de décision, meilleure communication entre les rédactions, stratégie Internet - sont celles mises en £uvre par la chaîne privée... depuis plusieurs années déjà. François Brabant