Que nous racontent ces dessins, sculptures et vidéos jouant avec intelligence du caractère des différents espaces du premier étage du musée Ianchelevici ? Pour approcher la première oeuvre, sitôt la volée d'escalier franchie, il faut s'agenouiller. La pièce posée sur le sol mesure moins de 50 cm de haut. Elle représente un personnage en réduction qui pourrait ressembler à n'importe qui pourvu qu'il soit chauve et grassouillet, qu'il ait dégrafé son pantalon et qu'il soit torse nu. Face à lui, un visage remplissant toute la surface d'un écran vidéo débite à grande vitesse des mots sans queu...

Que nous racontent ces dessins, sculptures et vidéos jouant avec intelligence du caractère des différents espaces du premier étage du musée Ianchelevici ? Pour approcher la première oeuvre, sitôt la volée d'escalier franchie, il faut s'agenouiller. La pièce posée sur le sol mesure moins de 50 cm de haut. Elle représente un personnage en réduction qui pourrait ressembler à n'importe qui pourvu qu'il soit chauve et grassouillet, qu'il ait dégrafé son pantalon et qu'il soit torse nu. Face à lui, un visage remplissant toute la surface d'un écran vidéo débite à grande vitesse des mots sans queue ni tête. Le ton est donné, expressionniste. Le propos se précise dans la grande salle principale. A gauche, une suite de dessins. Ils renvoient à l'année 1997 qui, pour l'artiste, fut décisive. Il avait alors 32 ans et revenait d'un séjour de trois mois en Inde et au Tibet. Qu'y avait-il vu ? Qu'avait-t-il découvert si loin de Palma de Majorque, sa ville d'origine ? Un séisme mental. D'une part, l'illusion à laquelle il s'accrochait : le pouvoir de la parole. D'autre part, la réalité de la finitude. Bref, le grand thème de la vanité. Quand il rentre au pays, il détruit toutes ses oeuvres anciennes, s'entoure de murs vides et blancs et, au fusain, dessine une série d'autoportraits ayant pour titre La Mort du peintre - il se représente en gisant - dont ceux montrés ici. C'est aussi à ce moment-là qu'il opte pour la sculpture. Ou plus justement pour une pratique du moulage sur corps à partir de quelques modèles (un voisin de palier, des amis, son père). Le metteur en scène entre dans l'arène. Choisissant particulièrement les poses (le plus souvent, celles d'un homme aussi décidé que buté et impuissant), il va en dématérialiser la masse taurine par l'usage exclusif du blanc répandu sur tout le corps et les vêtements. Mais surtout, il va l'éblouir en recourant à l'usage de néons sur lesquels son personnage s'écrase quand il ne les reçoit pas sur la tête. Assis debout, visant un mur ou suspendu entre le mur et une poutrelle, cet anti-héros lutte mais on le sait vaincu. Roig renchérit avec une vidéo presque insupportable. Dans le flou et l'inversion des lumières (l'image apparaît en négatif), on voit le visage d'un homme qui parle abondamment à un autre visage. Il l'a pris entre ses mains, se penche jusqu'à presque l'embrasser. L'autre ne réagit pas. Le fond sonore est musical. Est-ce un mourant ? Un compagnon, une épouse dont on assisterait à l'agonie ? Non, l'homme parle au moulage de son propre visage... Notons que cette exposition est réalisée grâce aux seuls collectionneurs belges qui, précédant la notoriété de Roig (il prépare actuellement une exposition aux Etats-Unis), avaient vu et reconnu sa farouche singularité. Bernardi Roig. L'oeil du connaisseur, Musée Ianchelevici. 21, Place Communale, à La Louvière. Jusqu'au 26 mai. Du mardi au vendredi de 11 à 17 heures, samedi et dimanche de 14 à 18 heures. www.musee.ianchelevici.be GUY GILSOUL