Si pour Jacques Lacomblez la rencontre, en 1958, à 24 ans, avec André Breton est fondatrice, il porte déjà en lui la mélancolie et les émerveillements découverts dans les textes, la musique et les peintures des romantiques allemands. Mais les discussions avec le théoricien du surréalisme et son groupe le confortent dans ses intuitions et le nourrissent. Désormais, son but est bien d'" éplucher " le réel afin d'en apercevoir " le fond ".
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Si pour Jacques Lacomblez la rencontre, en 1958, à 24 ans, avec André Breton est fondatrice, il porte déjà en lui la mélancolie et les émerveillements découverts dans les textes, la musique et les peintures des romantiques allemands. Mais les discussions avec le théoricien du surréalisme et son groupe le confortent dans ses intuitions et le nourrissent. Désormais, son but est bien d'" éplucher " le réel afin d'en apercevoir " le fond ". Aujourd'hui comme par le passé, avec ténacité, rigueur et angoisse, l'octogénaire Lacomblez s'aventure dans chaque toile et chaque dessin dans ce " vivant de la surréalité ". Certes, la pénombre, souvent, accompagne le regard du spectateur qui s'égare et s'enfonce, toujours plus loin entre la dispersion des signes apparus. Les uns évoquent une écriture oubliée, les autres, un fragment d'os, une pince ou encore une pointe recourbée et acérée, une vulve, une aile de papillon, un fossile, un minéral enfin. Ce monde de bizarreries assemblées au hasard d'un processus que le hasard provoque, flotte dans un espace ouvert. On ne trouve donc aucune perspective qui rassure, aucun mur de fond sur lequel rebondir mais plutôt des compositions aux parfums de musique a-tonale. Chaque opus s'élabore par étapes successives : depuis le blanc du support, à partir de taches dispersées puis d'empreintes et de traces. Peu à peu, avec la lenteur des premiers copistes, se précise un contour ou une texture en transparence. Du coup, l'oeuvre sauvegarde les étapes qui peu à peu l'ont fait naître, l'apparentant à un organisme aussi insaisissable qu'insolite. Comme celui que fouillait Lacomblez, enfant, dans " le noir " des trous d'eau laissés sur les brise-lames par la marée descendante. Ce demi-siècle de création rappelé dans l'exposition de la galerie Quadri est impressionnant et pourtant, l'artiste bruxellois ne bénéficie pas chez nous de la notoriété qu'il mérite. En cause, son adhésion au surréalisme de Breton plutôt qu'à l'iconoclasme de la branche belge dont il rencontre les principaux représentants (Magritte, Scutenaire et Nougé) alors qu'il n'a pas 20 ans. Max Ernst l'enthousiasme davantage. Et de même Kandinsky, particulièrement ses oeuvres tardives dites biomorphiques ou encore le travail de Servranckx. En 1961, soit quatre ans après avoir été invité par André Breton à son domicile parisien, ce dernier l'inclut dans une des dernières grand-messes surréalistes, Le domaine des enchanteurs, à New York. Depuis, les expositions Lacomblez se sont raréfiées. Mais après tout, comme l'homme l'écrivait dans une lettre, " Il n'y a que les montagnes qui font carrière ! " Jacques Lacomblez. Images de 1951 à 2013, galerie Quadri, 105, avenue Reine Marie-Henriette, à 1190 Bruxelles. Jusqu'au 26 avril. www.galeriequadri.beGuy Gilsoul