Peu d'oeuvres contemporaines nous touchent autant que celle de Philippe Cognée (1957, Nantes). Sans doute parce que cette dernière s'approche au plus près d'une certaine visée artistique résumée par Flaubert. Qu'on nous pardonne de rappeler ici cette lettre de 1852 malheureusement déballée à tout bout de champ: "Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c'est un livre sur ...

Peu d'oeuvres contemporaines nous touchent autant que celle de Philippe Cognée (1957, Nantes). Sans doute parce que cette dernière s'approche au plus près d'une certaine visée artistique résumée par Flaubert. Qu'on nous pardonne de rappeler ici cette lettre de 1852 malheureusement déballée à tout bout de champ: "Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c'est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l'air, un livre qui n'aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible." En clair, l'art plus vaste que la vie. Après avoir fait du banal (autoroutes, maisons de banlieue, supermarchés ou rues anonymes) l'objet de son travail, le peintre français pénètre plus avant dans son désir de "revivifier l'image dans une société qui, par sa surconsommation, conduit à son épuisement". Pénètre plus avant? Comprenez "descend un peu plus en lui". C'est à la fois beau et émouvant, un artiste qui croit encore au "pouvoir de la peinture à transcender le quotidien". Plus que cela, c'est nécessaire à l'heure où la Terre semble sortie de son axe. Pour ce faire, Philippe Cognée ne s'est pas contenté de perpétuer une technique rare et précieuse, la peinture à la cire. Pour rappel, ce que l'on nomme aussi peinture à l'encaustique consiste à panacher des pigments avec de la cire d'abeille chauffée. Un mélange qui ne sèche pas mais se solidifie de manière aléatoire en offrant d'intéressants effets de texture. Cette fois, ce substrat matiériste est mis au service de l'ambiance intime de ce lieu de création immobile qu'on nomme atelier. Une table de travail, un chiffon, un réchaud...: ces tableaux sur l'acte de peindre se découvrent tout en retenue, essentiels et quasi monacaux. Sublimes aussi.