Jusqu'où va le regard de Jan Fabre ? La question se pose lorsque l'on découvre son dernier accrochage bruxellois. L'artiste flamand expose The Appearance and Disappearance of Antwerp/Bacchus/Christ, une série qu'il a spécialement imaginée pour sa rétrospective au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg en 2016 (1). Dès l'entrée, les images résistent à l'oeil. Lumière naturelle et éclairage artificiel viennent compliquer la perspective. On s'approche, on s'éloigne, on se contorsionne, le corps ruse pour appréhender les silhouettes fugaces qui apparaissent et disparaissent sur fond...

Jusqu'où va le regard de Jan Fabre ? La question se pose lorsque l'on découvre son dernier accrochage bruxellois. L'artiste flamand expose The Appearance and Disappearance of Antwerp/Bacchus/Christ, une série qu'il a spécialement imaginée pour sa rétrospective au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg en 2016 (1). Dès l'entrée, les images résistent à l'oeil. Lumière naturelle et éclairage artificiel viennent compliquer la perspective. On s'approche, on s'éloigne, on se contorsionne, le corps ruse pour appréhender les silhouettes fugaces qui apparaissent et disparaissent sur fond bleu. La cohérence est totale, coincée quelque part entre la fin de la nuit et la levée du jour, pour une tonalité recherchée qui est celle de " l'heure bleue ", ce moment propice à la métamorphose. L'exposition séduit : elle lève le voile sur un Fabre modeste, ver luisant au service des grands maîtres flamands de la peinture. Une vidéo de 20 minutes, Love Is The Power Supreme, montre l'intéressé faisant le tour du musée russe qui l'a accueilli il y a deux ans. L'homme se meut avec difficulté, suant dans une armure qui le gêne pour embrasser toiles et sculptures. L'hommage du vice à la vertu ? Du nain aux géants ? Peut-être : on sait que Jan Fabre excelle dans ce registre. Ce caractère ambigu est également à l'oeuvre dans l'accrochage, qui se plaît à opposer fond et forme. Vus de loin, les tableaux grands formats apparaissent laqués et hautains. De près, on prend la mesure du procédé. Fabre y renoue avec le " Bic Art ", cette pratique adoptée dans les années 1970. Produit de masse par excellence, le stylo-bille accède à un statut supérieur entre les mains de l'artiste. La substance du travail présenté repose sur des tirages Cibachrome recouverts de sept à huit couches d'encre bleue appliquées patiemment, ce dont des rayures témoignent. Les sujets se découvrent en filigrane, des danseurs de sa compagnie Troubleyn adoptant des postures de tableaux de Rubens : allégorie de la ville d'Anvers, Christ souffrant ou Bacchus replet. Trois pièces inédites - des sculptures - complètent le travail présenté. Là aussi, le contraste apparaît entre l'aspect solennel des bustes et leur réalité matérielle. Séduit par cet univers ? On notera que dans la foulée, il ne faut pas rater la série de bas-reliefs que l'artiste présente aux Musées royaux des beaux-arts de Belgique (2). Le sujet ? Les " Queens ", ces reines de la vie de Jan Fabre. Outre celle qui le sera peut-être littéralement un jour - la princesse Elisabeth -, on y retrouve ses collaboratrices qui font advenir son oeuvre au quotidien. Un Fabre en ego mineur, on vous disait...