Il a la forme et l'allure d'un oeil humain, ce premier oeil bionique en 3D au monde: nommé EC-Eye (oeil électrochimique), il mesure deux centimètres de diamètre et est doté d'une rétine, d'une lentille et de nano- capteurs. Cette prothèse oculaire plus vraie que nature, mise au point par des chercheurs des universités de Hong Kong et de Berkeley, pourrait être opérationnelle d'ici cinq à dix ans. Son objectif est ambitieux: équiper des robots humanoïdes mais aussi rendre ou donner la vue aux aveugles. Pas moins. Grâce à des nanocapteurs imitant et dépassant les capacités des cellules photoréceptric...

Il a la forme et l'allure d'un oeil humain, ce premier oeil bionique en 3D au monde: nommé EC-Eye (oeil électrochimique), il mesure deux centimètres de diamètre et est doté d'une rétine, d'une lentille et de nano- capteurs. Cette prothèse oculaire plus vraie que nature, mise au point par des chercheurs des universités de Hong Kong et de Berkeley, pourrait être opérationnelle d'ici cinq à dix ans. Son objectif est ambitieux: équiper des robots humanoïdes mais aussi rendre ou donner la vue aux aveugles. Pas moins. Grâce à des nanocapteurs imitant et dépassant les capacités des cellules photoréceptrices humaines, elle offrirait une vision dix fois plus fine que celle de l'oeil humain et permettrait même de détecter le spectre infrarouge. En clair: elle rendrait non seulement possible une vision en bien plus haute résolution que la nôtre, mais permettrait aussi de voir dans le noir. Bien sûr, il s'agit encore d'un prototype à la résolution et au champ de vision limités. Toutefois, l'EC-Eye constitue déjà une prouesse technique remarquable. La rétine de l'appareil, en forme de demi-sphère, est dotée d'une membrane en tung-stène et en aluminium. Le tout est maintenu par un support en silicone et polymères. Dans la coque en aluminium constituant le "globe oculaire": un liquide ionique. Pour remplacer les bâtonnets et les cônes qui servent de photorécepteurs à l'oeil, les chercheurs ont utilisé des nanofils (un nanomètre est un million de fois plus petit qu'un millimètre) de perovskite, un matériau minéral aux propriétés photosensibles. Ces nanofils sont reliés à un faisceau de fils en métal liquide faisant office de nerf optique. L'idée est de placer directement ces prothèses dans les orbites oculaires du visage. Avant de connecter les nanofils de pérovskite aux nerfs des aveugles, des tests doivent encore être réalisés, afin de mesurer la biocompatibilité et d'éviter le risque de rejet. Pour l'heure, après neuf ans de recherche, le dispositif a seulement réussi à envoyer des signaux visuels de quelques pixels à un ordinateur. C'est peu, mais malgré tout prometteur. Autre écueil: le coût considérable de cette technologie qui inclut un processus de gravure par faisceau d'ions focalisé (FIB), technique de plus en plus utilisée en biologie. Les prothèses oculaires disponibles aujourd'hui ne ressemblent absolument pas à des yeux. Il s'agit plutôt, comme Argus II, d'un dispositif évoquant des lunettes. Equipé d'une caméra, d'une radio et d'une rétine artificielle consistant en une plaque implantée dans l'oeil, ce système ne permet pas aux aveugles de voir, mais il améliore la vision de patients souffrant de troubles de la vision liés à l'âge ou à une rétinite pigmentaire. Il transmet des images à l'implant qui relaie les informations vers le nerf optique qui les véhicule ensuite jusqu'au cerveau. Dans les années 1970, le colonel Steve Austin avait un oeil bionique dans la série de science-fiction L'Homme qui valait trois milliards. Avec l'EC-Eye, on n'en a jamais été aussi proche.