Philippe Pierlot est gambiste, probablement l'un des deux ou trois meilleurs du monde, cofondateur du Ricercar Consort dont il est aussi le chef, comptant à son actif foule de productions et d'enregistrements, toujours menés avec le même enthousiasme souriant et paisible. Pourtant, sa décision de créer un label indépendant - lui qui a la confiance du label Ricercar (au point que les noms sont liés) depuis plus de dix ans - est une sorte de coup de gueule. "Nous avons créé Flora à trois, François Fernandez, Rainer Zipperling et moi, pour nous sentir vraiment indépendants et pour pouvoir tout gérer de A à Z, sachant que nous n'aurons à en vouloir qu'à nous-mêmes, si certains projets n'aboutissent pas ou sont interrompus... Je dois convenir qu'avec Ricercar - que je n'ai d'ailleurs pas quitté -...

Philippe Pierlot est gambiste, probablement l'un des deux ou trois meilleurs du monde, cofondateur du Ricercar Consort dont il est aussi le chef, comptant à son actif foule de productions et d'enregistrements, toujours menés avec le même enthousiasme souriant et paisible. Pourtant, sa décision de créer un label indépendant - lui qui a la confiance du label Ricercar (au point que les noms sont liés) depuis plus de dix ans - est une sorte de coup de gueule. "Nous avons créé Flora à trois, François Fernandez, Rainer Zipperling et moi, pour nous sentir vraiment indépendants et pour pouvoir tout gérer de A à Z, sachant que nous n'aurons à en vouloir qu'à nous-mêmes, si certains projets n'aboutissent pas ou sont interrompus... Je dois convenir qu'avec Ricercar - que je n'ai d'ailleurs pas quitté - j'ai toujours été très libre, mais il faut penser que ce n'était pas encore suffisant." En fait, la crise d'indépendance de Pierlot remonte à plusieurs mois: c'était lors de l'enregistrement du superbe Aeternitate pour le jeune label Mirare (René Martin), avec le contreténor Carlos Mena. C'est sans doute à cette occasion que le musicien a éprouvé l'ivresse d'enregistrer à l'impromptu, selon un coup de coeur. "Il faut aussi noter que le Ricercar Consort (ASBL subventionnée) investit des centaines de milliers de francs à chaque enregistrement... Ici, tout a été pris en charge, d'autres projets se sont rapidement concrétisés et le fait d'être demandé par une nouvelle collection ne pouvait qu'être favorable." Flora l'enjôleuseEn plus des labels Ricercar et Mirare, voici donc Flora(nom inspiré par Florence, 3 ans, fille cadette de Philippe et de Brigitte?): "Nous voulons pouvoir nous investir à fond dans la conception de nos productions. Par exemple, François (Fernandez) a le projet d'enregistrer les Partitas de Bach à sa façon, en s'enfermant la nuit dans une église, et en s'enregistrant lui-même, avec une commande à distance. Jamais aucun producteur ne serait d'accord. François le fera donc seul. Pour les Divertimentos de Haydn, nous avons fait nous-mêmes la prise de son, avec l'aide d'un ami violoniste qui nous a aussi aidés pour la technique et le montage." Les perspectives? "Le premier disque nous réunit tous les trois - dans les seules oeuvres de toute la littérature musicale composées pour les trois instruments (baryton (1), alto et violoncelle) - mais nous avons chacun un projet Bach: François, les Partitas et Sonates, Rainer, les Suitespour violoncelle et moi, les Sonates pour viole. Pour financer les enregistrements, chacun consentira un investissement personnel. Comme pour Haydn, nous n'avons pas l'intention de faire imprimer des livrets: rien que le disque glissé dans une fente en carton, et une pochette soignée mentionnant les intitulés. Pour le reste, le mélomane est renvoyé à un site Internet (encore en construction). Quant à la distribution, nous renonçons aux circuits traditionnels: les ventes se feront au concert, par Internet et dans certains magasins, belges et étrangers, avec lesquels nous sommes en contact. Ce n'est pas gagné d'avance mais on va tenter le coup. Nous avons déjà vendu plus de 300 exemplaires du disque de Haydn (qui vient de sortir!); avec 500 exemplaires vendus, nous rentrons dans nos frais..." Mise en commun"Ce que nous avons imaginé pour nous, nous voulons le mettre à la disposition d'autres musiciens: un matériel d'enregistrement, un concept simple de présentation et de distribution, un esprit de liberté. Tout est ouvert (mais chacun des fondateurs a le droit de veto...), pas de look général, plus de barrières, avec, pour seul critère, que chacun puisse faire le produit qui lui ressemble, du moment que le critère de qualité est respecté. Ca change le rapport du musicien au disque, son initiative et sa responsabilité sont accrues, dans tous les domaines. Il est seul, mais libre!"(1) Le baryton est une sorte de basse de viole, à double jeu de cordes, l'un de 20 cordes métalliques résonnant en sympathie avec l'autre, de 6 cordes en boyau (frottées). Martine D. Mergeay