Alors que les Assises de l'interculturalité viennent à peine de débuter, la contribution de l'ambassadeur du Maroc au débat général sur l'intégration des migrants et les signes religieux représente une démarche importante, inédite, ancrée dans le réel et inspirée par l'urgence. Car elle concerne les 350000 - chiffre bas - ou 600000 personnes qui, en Belgique, ont des racines au Maroc.
...

Alors que les Assises de l'interculturalité viennent à peine de débuter, la contribution de l'ambassadeur du Maroc au débat général sur l'intégration des migrants et les signes religieux représente une démarche importante, inédite, ancrée dans le réel et inspirée par l'urgence. Car elle concerne les 350000 - chiffre bas - ou 600000 personnes qui, en Belgique, ont des racines au Maroc. Des vrais amis on peut entendre la parole. Samir Addahre, 46 ans, en poste à Bruxelles depuis le début de 2009, n'utilise pas la langue de bois propre aux diplomates. Même en restant dans les limites d'un exercice de style qui ne contrevient à aucune règle de bienséance sur le respect de la souveraineté du pays hôte, l'ambassadeur délivre sans fioritures quelques constats et inquiétudes sur l'évolution de la communauté belgo-marocaine (sa radicalisation...) et sur les tendances au raidissement qu'il perçoit du côté belge (dû à l'échec de ses politiques d'intégration...). Il se refuse à qualifier d' " islamique " le voile qui fait tellement débat. Samir Addahre ne profère pas là une vérité sacrilège ou complaisante à l'égard de l'Occident. Il se situe dans la lignée du roi Hassan II qui, au tout début des " affaires du foulard ", à Creil (France), en 1989, avait rappelé que le port du foulard n'était pas une obligation coranique et que la loi du pays d'accueil s'imposait aux jeunes musulmanes et à leurs familles. Cette première " affaire du foulard " - l'histoire l'a démontré par la suite - avait été montée, puis portée devant les tribunaux par des Frères musulmans. Une confrérie islamiste dont l'ambassadeur du Maroc dénonce, ici, l'influence néfaste, à côté de celle des salafistes et des chiites qui tentent de détourner les Belgo-Marocains de l'islam modéré de leurs parents et grands-parents. Pour autant, il ne juge pas, à titre personnel, qu'interdire le " voile " dans les écoles soit une bonne idée. La reconquête des c£urs et des esprits, il se propose de la mener en collaboration avec les autorités belges. Premier domaine envisagé, primordial, l'éducation, à travers un projet commun de formation des imams. Est-ce là le retour à l' " islam des ambassades " tant décrié, quand le Maroc et la Turquie cogéraient le culte musulman avec la Sûreté de l'Etat, non sans arrière-pensées sécuritaires ? L'ambassadeur se moque des épithètes et vise le résultat : la lutte contre le radicalisme. Il prend également de la hauteur par rapport à la brouille survenue, depuis l'affaire Belliraj ( NDLR : du nom du Belgo-Marocain condamné au Maroc au nom de la lutte antiterroriste), entre cette même Sûreté de l'Etat et le service de renseignement extérieur de son pays, la DGED. Il souhaite que la coopération reprenne au plus vite, dans l'intérêt de la lutte contre le terrorisme au Maroc et en Belgique. Car, dorénavant, le danger ne provient pas seulement de la pauvreté ou de l'absence de perspectives sociales au Maroc. Il naît aussi dans les pays du nord de l'Europe (Belgique, Pays-Bas, Allemagne) où vivent d'importantes communautés marocaines travaillées par des courants radicaux et discriminées. Par sa fonction, Samir Addahre est le porte-parole des intérêts stratégiques du royaume chérifien, tourné avec détermination vers l'Union européenne, qui lui a octroyé avant tout autre pays, en octobre 2008, le " statut avancé " qui lui ouvrira progressivement le marché intérieur européen. Il se sent aussi redevable d'une civilisation très ancienne, à laquelle il est viscéralement attaché et dans laquelle il inclut les valeurs de tolérance et d'ouverture. C'est, enfin, un homme meurtri par les attentats de Casablanca dont a été victime son frère, qui se trouvait, le 16 mai 2003, à la terrasse du restaurant Casa de España et qui est désormais handicapé. MARIE-CéCILE ROYENSamir Addahre opte pour la lutte contre le radicalisme