Il savait qu'il prononçait un discours historique. Il a donc pris le temps d'expliquer le long mûrissement des revendications catalanes et les entraves mises à leur concrétisation par les gouvernements successifs à Madrid et par le Tribunal constitutionnel espagnol. Il a aussi voulu rassurer ses - encore - compatriotes en assurant que " nous ne sommes pas des délinquants, des fous ou des putschistes ". Mais il n'a pas pour autant dérivé de l'objectif poursuivi par le gouvernement régional, que le résultat du référendum du 1er octobre a conforté selon lui : " La Catalogne s'est donné le droit d'être un Etat indépendant " sous forme d'une république, a scandé le président de la Generalitat Carles Puigdemont, au soir du mardi 10 octobre devant un parlement divisé à l'image de la société. Pour démontrer le sens des re...

Il savait qu'il prononçait un discours historique. Il a donc pris le temps d'expliquer le long mûrissement des revendications catalanes et les entraves mises à leur concrétisation par les gouvernements successifs à Madrid et par le Tribunal constitutionnel espagnol. Il a aussi voulu rassurer ses - encore - compatriotes en assurant que " nous ne sommes pas des délinquants, des fous ou des putschistes ". Mais il n'a pas pour autant dérivé de l'objectif poursuivi par le gouvernement régional, que le résultat du référendum du 1er octobre a conforté selon lui : " La Catalogne s'est donné le droit d'être un Etat indépendant " sous forme d'une république, a scandé le président de la Generalitat Carles Puigdemont, au soir du mardi 10 octobre devant un parlement divisé à l'image de la société. Pour démontrer le sens des responsabilités qui anime tous les Catalans, auxquels il s'est souvent référé, le chef du gouvernement régional a cependant annoncé la suspension de la déclaration formelle d'indépendance, de quoi donner une chance au dialogue, à des médiations internationales peut-être. Ce discours n'incline cependant pas à l'optimisme vu l'intransigeance exprimée jusqu'à présent par Madrid. Le 4 octobre, Carles Puigdemont avait fait montre de la même disposition au lendemain d'un cinglant discours du roi Felipe VI (lire page 62) et le Premier ministre Mariano Rajoy lui avait opposé une fin de non-recevoir. Une troisième voie est pourtant possible si les deux parties acceptent réellement de dialoguer. En l'état actuel, le régime d'autonomies qu'organise la Constitution espagnole de 1978 autorise des approfondissements du statut réservé à la Catalogne. Le Pays basque, par exemple, dispose de la capacité de lever un impôt régional dont il restitue une part à Madrid. Une révision constitutionnelle - la Belgique en est friande - est aussi envisageable sans mettre en péril l'unité de l'Etat. Bref, les pistes existent pour autant que les politiques, de part et d'autre, aient la volonté de les explorer. Carles Puigdemont et le gouvernement régional, en ne posant pas encore de geste définitif de rupture, ont sans doute voulu prendre en considération les deux avertissements lancés aux indépendantistes forcenés ces derniers jours, ceux de la rue et des banques. Le dimanche 8 octobre, de 350 000 à 950 000 Catalans opposés à une sécession ont défilé à Barcelone. Un succès dans une région où " s'est construit un récit nationaliste qui a muselé toute voix critique ", selon l'ancien professeur de droit constitutionnel Francesc de Carreras interrogé récemment par Le Monde. Mais, à l'image de la classe politique, les anti-indépendantistes sont eux-mêmes divisés entre tenants du refus de discussion formulé au gouvernement catalan par le Parti populaire et les partisans d'une voie médiane négociée qui fédérerait une majorité de détracteurs du statu quo. Certains manifestants du 8 octobre puisaient aussi leur motivation dans la crainte de la récession économique que fait peser le processus d'indépendance sur la Catalogne. L'attitude de l'Union européenne est apparue significative à beaucoup sur les difficultés à redouter d'un cavalier seul. Aucun Etat européen n'a osé se désolidariser du Premier ministre espagnol dans son bras de fer avec Barcelone, même si ses méthodes interpellent. Traduisez : la Catalogne a beau répondre à beaucoup de critères d'adhésion, surtout économiques, il lui faudra pourtant remplir le fastidieux parcours d'intégration demandé à tout nouveau candidat à l'Union européenne, avec l'épée de Damoclès supplémentaire que constituera la capacité de nuisance d'un vénérable membre, même affaibli, comme l'Espagne. Dans ce contexte, le transfert hors de Catalogne des sièges des banques Sabadell et Caixa, annoncé fin de la semaine dernière, a dû avoir l'effet d'un coup de semonce. Mais celui-ci ne fera sans doute que retarder l'inéluctable course vers l'indépendance catalane sauf à envisager que les actuels dirigeants, à Madrid ou à Barcelone, cèdent le flambeau à des responsables davantage disposés au dialogue à la faveur d'élections anticipées. PAR GÉRALD PAPY