On attendait désespérément un esprit intelligent pour s'indigner de la propension à l'indignation permanente. Le philosophe Laurent de Sutter (qui est aussi critique pour Focus Vif) l'a fait et cela donne le savoureux Indignation totale (L'Observatoire, 144 p.). A travers cinq s...

On attendait désespérément un esprit intelligent pour s'indigner de la propension à l'indignation permanente. Le philosophe Laurent de Sutter (qui est aussi critique pour Focus Vif) l'a fait et cela donne le savoureux Indignation totale (L'Observatoire, 144 p.). A travers cinq sources contemporaines de scandale (l'affaire Weinstein et #MeToo, la publication des caricatures de Mahomet, la reddition d'Alexis Tsipras au diktat budgétaire de l'UE, un accord démenti autorisant l'exploitation d'une rivière californienne par Nestlé, et la mort du petit Syrien Aylan Kurdi sur une plage turque), le professeur de théorie du droit de la VUB dissèque les rouages de l'indignation. Elle est devenue le principal mode de constitution des identités contemporaines. Argumentation et discussion lui servent de combustible plutôt que de parade. Elle est aussi alimentée par la hantise moderne pour les explications cachées. " Nous vivons à l'âge de la rationalité du scandale ", assure Laurent de Sutter. Mais leur multiplication suscite en nous une étrange anesthésie, chaque nouvelle indignation chassant la précédente. D'où ce constat plus que désabusé : " S'indigner, ça ne sert à rien. Pire, sans doute cela contribue-t-il même à laisser la voie libre à tout ce contre quoi l'on s'indigne, dès lors que l'indignation tient lieu de politique chez ceux qui s'y laissent aller avec tant de délectation. "