Israël devait être le havre au sein duquel les juifs seraient enfin chez eux, à l'abri des persécutions qui les ont décimés pendant des siècles, culminant dans l'horreur avec le plan d'extermination entrepris par les nazis. C'était le sens de la création de l'Etat hébreu, en 1948.
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Israël devait être le havre au sein duquel les juifs seraient enfin chez eux, à l'abri des persécutions qui les ont décimés pendant des siècles, culminant dans l'horreur avec le plan d'extermination entrepris par les nazis. C'était le sens de la création de l'Etat hébreu, en 1948.Paradoxalement, Israël est aujourd'hui l'endroit du monde où les juifs sont le plus menacés. D'attentat en attentat, les événements des seize derniers mois ont coûté quelque 250 vies à la population israélienne. Même si ce bilan est moins tragique que celui infligé aux Palestiniens (un millier de morts depuis septembre 2000), il est douloureux et alarmant. La peur permanente a fondamentalement changé la vie des Israéliens. Partir travailler, faire ses courses, conduire et aller chercher les enfants, visiter des amis ou simplement se promener: toutes ces démarches qui balisent le quotidien deviennent, là-bas, des épreuves dont nul ne sait s'il en reviendra vivant. Ne parlons même pas des conditions dans lesquelles survivent les Israéliens habitant les colonies implantées en Cisjordanie et dans la bande de Gaza: grillagés en territoire hostile, ils ne doivent leur salut - précaire - qu'à la protection d'une armée sans cesse aux aguets. Cette vie absurde, où l'on finit par perdre le goût de tout, pourrait, devrait susciter des questions. Pourquoi en va-t-il ainsi? Voulons-nous continuer comme cela? Est-ce vraiment une fatalité? Comment faire en sorte que cela cesse? Ces questions, beaucoup d'Israéliens se les posent. Mais seule une minorité leur apporte, aujourd'hui, des réponses lucides. Elles tiennent en quelques mots très simples. 1. Les maux que nous endurons sont le produit du désespoir et de la terreur que nous infligeons à nos voisins palestiniens. 2. Cette tragédie se poursuivra et empirera aussi longtemps que nos voisins ne disposeront pas de l'Etat souverain et viable auquel ils aspirent, à côté du nôtre. 3. La construction de l'Etat palestinien postule l'évacuation complète des territoires qu'Israël occupe illégalement depuis 1967. Les territoires contre la paix: ce principe est la clé de voûte du processus de paix israélo-palestinien entrepris avec les accords d'Oslo en 1993. Seule son application pourra pacifier le Proche-Orient, après que les parties auront su reprendre les négociations dont l'échec, en 2001, a provoqué le soulèvement palestinien. Malheureusement, nous en sommes loin.Israël aveuglé. La paix y est désormais considérée comme un objectif hors de portée, du moins pour le moment. Et le gouvernement, approuvé par une large majorité de l'opinion, n'en prend pas le chemin. Sur les plans militaire et diplomatique, le cabinet d'union nationale agit à court terme et privilégie quatre options. 1. Renforcer techniquement la sécurité des zones les plus exposées d'Israël, notamment Jérusalem. 2. Eliminer physiquement les activistes et une partie des cadres palestiniens. 3. Détruire les infrastructures palestiniennes qui préfiguraient l'édification d'un Etat indépendant (aéroport, port, radio, services de sécurité, mais aussi bâtiments sociaux et habitations). 4. Eliminer - au moins politiquement- Yasser Arafat, en le diabolisant à l'extérieur et en l'humiliant aux yeux des siens. Que l'éviction d'Arafat prive Israël de tout interlocuteur crédible n'inquiète pas le Premier ministre israélien. Car on n'a vraiment besoin d'un partenaire que pour parler de paix. Or tel n'est pas l'objectif d'Ariel Sharon, qui s'est toujours opposé aux accords d'Oslo, et persiste à refuser le démantèlement de la moindre colonie juive en Palestine occupée. Pas question, pour lui, d'accepter un Etat palestinien viable aux côtés d'Israël. Tout au plus concéderait-il une autonomie partielle sur quelques zones de la Cisjordanie et de Gaza. En la négociant, au cas par cas, avec des dirigeants locaux adoubés par Jérusalem. Ce scénario à courte vue, fondé sur la seule confiance de l'Etat hébreu dans sa suprématie militaire, peut paraître surprenant. Car il ne tient pas compte des prévisions démographiques: dans une quinzaine d'années, l'ensemble territorial constitué par Israël et les territoires occupés devrait en effet compter... davantage d'Arabes que de juifs. Ce qui poserait à Israël un problème d'identité et/ou de démocratie, puisqu'une minorité (juive) déciderait alors contre le voeu de la majorité (arabe). Ce problème n'échappe cependant pas à une frange - minoritaire - représentée par l'extrême droite israélienne, qui évoque à mots de moins en moins couverts le "transfert" (en clair: la déportation) des populations palestiniennes hors de la Cisjordanie et de Gaza! L'assurance de Jérusalem découle également de deux facteurs récents. Une grande partie de ses dirigeants considèrent en effet que les attentats antiaméricains du 11 septembre ont conforté la position d'Israël, élargissant considérablement sa liberté d'action. Peut-être ont-ils raison, en tout cas en ce qui concerne leurs relations avec les Etats-Unis. Sharon a-t-il fait mouche en assimilant Yasser Arafat à Oussama ben Laden? Toujours est-il que, depuis quelques semaines, l'attitude de Washington n'a jamais été aussi fidèlement alignée sur celle de Jérusalem.Les Etats-Unis disqualifiés. S'il fallait mesurer l'intensité de cette connivence, manifestée par de nombreuses déclarations de l'exécutif républicain, on retiendrait, entre autres, les propos surprenants tenus par l'émissaire américain au Proche-Orient. S'exprimant devant un important lobby pro-israélien, Anthony Zinni a comparé Arafat au "parrain" d'un réseau "mafieux" et Sharon à un "papa ours" (sic) bienveillant et constructif. L'évolution de Washnington a sans doute le mérite de la clarté, mais elle n'est pas sans conséquences: à l'avenir, les Etats-Unis ne pourront plus prétendre à la position d'"honnête courtier" dont ils se prévalaient, jusqu'il y a peu, pour arbitrer sereinement le contentieux israélo-arabe. La semaine prochaie: erreurs palestiniennes, faiblesse arabe, tâtonnements européen s.