Il existe, à l'autre bout de la planète, une île d'une quarantaine de kilomètres carrés où la terre appartient à tous. Un lieu où l'on se nourrit de ce qu'offre la nature, de la chasse et de la pêche, dont le produit est partagé équitablement. Ici, l'argent a peu d'importance mais personne n'a faim ni ne couche dehors.
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Il existe, à l'autre bout de la planète, une île d'une quarantaine de kilomètres carrés où la terre appartient à tous. Un lieu où l'on se nourrit de ce qu'offre la nature, de la chasse et de la pêche, dont le produit est partagé équitablement. Ici, l'argent a peu d'importance mais personne n'a faim ni ne couche dehors. Ce lieu, c'est Rapa Iti, une des îles habitées les plus méridionales du globe, située à 1 200 kilomètres de Tahiti et à 16 300 kilomètres de Paris. Appartenant à l'archipel des Australes, en Polynésie française, ce confetti perdu en plein Pacifique est encore largement préservé des influences extérieures et de la mondialisation, en grande partie grâce à son éloignement géographique. En outre, le relief tourmenté de cet ancien cratère volcanique empêche qu'on y construise un aérodrome ; les rares liaisons se font donc par mer. Toutes les six semaines, au mieux, un cargo mixte ravitaille Rapa. C'est également là l'unique moyen de s'y rendre ou d'en repartir. L'île ne possédant pas d'écoles secondaires, ce bateau devient même le principal " transport scolaire " pour les enfants de 10 ans et plus. A cet âge, ils quittent Rapa Iti, souvent pour la première fois de leur vie, afin de poursuivre leurs études en internat, à 700 kilomètres de leur famille. Ils y resteront jusqu'en troisième année, avant de devoir ensuite s'inscrire au lycée à Papeete, à 1 200 kilomètres de leur île. Ils rentrent alors chez eux trois à quatre fois par an, pour les vacances, après une traversée maritime de plusieurs jours. A mille lieues du nôtre, le mode de vie des 512 habitants de Rapa Iti, leur solidarité et leur respect de l'environnement sont autant d'invitations à réfléchir au fonctionnement et au rythme toujours plus fous des sociétés occidentales.