A la veille des attentats antiaméricains du 11 septembre, le chef de la diplomatie iranienne, Kamal Kharazi, se trouvait à Bruxelles. Deux semaines plus tard, le ministre belge des Affaires étrangères Louis Michel emmenait au Proche-Orient une mission européenne qui passait par l'Iran. L'an prochain, peu après la visite que le président Mohammed Khatami effectuera en Belgique (l'invitation vient d'être officiellement acceptée), Guy Verhofstadt se rendra à Téhéran. Ce sera la première fois, depuis la révolution islamique de 1979, qu'un Premier ministre belge voyagera en terre persane. Enfin, le 7 décembre dernier, le président de la Chambre, Herman De Croo, s'est envolé pour le pays des ayatollahs, dans le cadre d'une mission parlementaire, vivement encouragée par Louis Michel.
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A la veille des attentats antiaméricains du 11 septembre, le chef de la diplomatie iranienne, Kamal Kharazi, se trouvait à Bruxelles. Deux semaines plus tard, le ministre belge des Affaires étrangères Louis Michel emmenait au Proche-Orient une mission européenne qui passait par l'Iran. L'an prochain, peu après la visite que le président Mohammed Khatami effectuera en Belgique (l'invitation vient d'être officiellement acceptée), Guy Verhofstadt se rendra à Téhéran. Ce sera la première fois, depuis la révolution islamique de 1979, qu'un Premier ministre belge voyagera en terre persane. Enfin, le 7 décembre dernier, le président de la Chambre, Herman De Croo, s'est envolé pour le pays des ayatollahs, dans le cadre d'une mission parlementaire, vivement encouragée par Louis Michel.Bref, tout semble aller pour le mieux entre Bruxelles et Téhéran. Excepté cette "petite" affaire de plainte déposée, au printemps 2000, devant la justice belge contre l'ancien président iranien Hachemi Rafsandjani, pour crimes contre l'humanité. De cette mini-crise, que le gouvernement Verhofstadt a, dès le début, tenté de minimiser, il n'a nullement été question lors du court séjour oriental des parlementaires belges. Ni les Iraniens ni les Belges ne l'ont évoquée. "Mister Croo", comme l'ont involontairement nommé certains de ses hôtes, a seulement rappelé, devant les journalistes, qu'un projet était en préparation au Parlement belge pour amender la loi du 10 février 1999 sur la compétence universelle de la Belgique concernant les crimes contre l'humanité. Car c'est une véritable entreprise de charme que le président de la Chambre a effectué en Iran, se faisant davantage diplomate que parlementaire, notamment avec les représentants conservateurs du pays. Bien sûr, il n'a pas manqué de leur parler des droits de l'homme et de la femme. Devant Rafsandjani, il a souligné le pouvoir de décision capital que ce dernier détient aujourd'hui, malgré son échec aux dernières élections législatives. En effet, l'ancien président iranien dirige le Conseil de discernement, une instance d'arbitrage très controversée, chargée de trancher les conflits entre les diverses institutions de l'Etat. Ce Conseil, placé au-dessus des trois pouvoirs - exécutif, législatif, judiciaire - et dominé par les conservateurs a, depuis février 2000, systématiquement empêché le parlement réformateur, de faire son travail: 60 % des projets de lois du Majlis élu ont été bloqués ! Pour le reste, très sensible à l'hospitalité iranienne, De Croo s'est bien gardé de donner des leçons de démocratie, expliquant, à l'issue du voyage, que sermonner ou dédaigner les religieux conservateurs du pays aurait mis les réformateurs en porte à faux, tant les relations sont tendues entre les deux". Il a, par ailleurs, tenu à souligner les évolutions en marche: "Le sort de la femme est tout de même meilleur ici que dans d'autres pays musulmans." On a également pu constater les ambitions européennes de la mission belge, présidence de l'Union européenne oblige: "L'Iran est en train de s'ouvrir et l'Europe peut devenir un pas de porte essentiel pour les Iraniens", a déclaré Herman De Croo.Voile et Strip-teaseLes députés qui l'accompagnaient - Yves Leterme (CD&V), Muriel Geerkens (Agalev), Yvan Mayeur (PS), Yolande Avontroodt (VLD) et Denis D'Hondt (PRL) - ne semblaient pas tous partager l'enthousiasme de leur président. Notamment, les femmes parlementaires qui n'ont pu serrer la main d'aucun homme et ont dû porter le voile, dans les lieux publics, durant tout le séjour. Concernant l'affaire Rafsandjani, Muriel Geerkens a aussi précisé que, pour les écologistes, il était hors de question de changer la loi de février 1999. Enfin, certains députés paraissaient se surveiller constamment, guettant le regard des journalistes. Le syndrome Strip-tease ? En effet, l'émission grinçante de la RTBF consacrée à un voyage parlementaire en Corée du Nord, l'année dernière, a marqué les esprits au sein du Parlement. Près de Téhéran, devant le mausolée de l'imam Khomeini, où la délégation belge était invitée à déposer une gerbe de fleurs, Yvan Mayeur s'est arrêté, refusant de participer à cet hommage rendu à un dictateur. "On a déjà assez donné en Corée du Nord, avec Willy Burgeon !" s'est exclamé le socialiste. Le protocole iranien ne lui en a pas tenu rigueur... Thierry Denoël